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Stratégie - La Tribune AURAAgro-alimentaire - La Tribune AURA

Embargo russe : « des conséquences indirectes catastrophiques »

Maxime Hanssen

Publié le 25 août 2014 à 09:42 - Mis à jour le 25 août 2014 à 15:32

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En Rhône-Alpes, les conséquences du boycott russe seront davantage indirectes, notamment par l'afflux de produits sur le marché français, qui risque de faire chuter les prix. Les mesures d'aides promises par l'Europe ne satisfont pas la profession.

Au début de la saison, la chambre d'agriculture de Rhône-Alpes était optimiste pour la saison d'été. Mais c'était sans compter sur une météo moribonde qui n'a pas incité à la consommation et une guerre des prix qui fait rage. Selon une étude réalisée par Familles Rurales, la baisse des prix est déjà de 12 % pour les fruits, et de 3 % pour les légumes. Et l'embargo Russe fait craindre le pire aux agriculteurs rhônalpins, via des conséquences indirectes.

Pertes nettes limitées

En 2013, les importations russes de produits agroalimentaires ont rapporté 737 millions d'euros au secteur français, même si une part minime de ce chiffre était assurée par des producteurs rhônalpins. La perte nette est donc limitée, « même si certains camions n'ont pas pu partir », assure Jean-Louis Ogier, directeur rhônalpin de la Coordination Rurale, un syndicat agricole.

En effet, « les producteurs commerçant directement avec la Russie sont marginaux » explique Henri Mazenod, un exploitant basé à Saint-Paul-en-Jarez. Mais, « les conséquences sont indirectes et non moins catastrophiques », assure Jean-Louis Ogier. Les pommes et les poires sont principalement visées, dont la production oscille entre 100 000 et 150 000 tonnes annuelles en Rhône-Alpes.

Emmanuel Damange, directeur de la Fédération nationale des producteurs de fruits met cependant en garde : « il est très difficile de compiler l'ensemble des effets induits par un tel embargo. De nombreux éléments sont à prendre en considération. »

Etals saturés

Parmi ces éléments, la décision de la Russie, en interdisant notamment à l'UE d'exporter certains de ses produits sur son marché, risque d'engendrer une abondance de fruits et légumes sur le marché français et régional. Des produits, comme les pommes polonaises (1er fournisseur de la fédération), devaient être initialement écoulés en Russie.

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« L'embargo va entraîner un reflux de marchandise sur notre marché intérieur. L'augmentation de l'offre va tirer les prix vers le bas », analyse Eric Thebault, directeur de la Fédération Régionale des Syndicats d'Exploitants Agricoles de Rhône-Alpes (FRSEA).

L'afflux sur les étals impose également des problèmes logistiques et des coûts supplémentaires, d'autant plus que l'embargo arrive au moment de la cueillette. « On ne peut pas écouler notre marchandise. Pendant la recherche d'autres débouchés, il faut stocker, conserver au frais, ce qui nécessite la location de réfrigérateurs en plus », se désole Jean-Louis Ogier, également producteur de Poire à Seyssuel (Isère), et conscient que ses produits sont périssables.

« On ne produit pas pour détruire »

Certains agriculteurs décident carrément de ne pas récolter.  « La récolte de l'hectare est alors égale à 0 » témoigne Eric Thebault, directeur de la FRSEA. D'autres sont obligés de donner, voire de détruire leur production : « On ne produit pas pour détruire, c'est absurde », s'alarme Henri Mazenod. « Outre le côté économique, c'est désastreux sur le moral du producteur et des salariés », poursuit-il.

Pour faire face à cette situation de crise, l'Union européenne a annoncé le 18 août, le déblocage d'une enveloppe de 125 millions d'euros, sur les 420 millions d'euros du fonds destiné à protéger le secteur agricole.  « L'idée est de réduire les quantités mises sur le marché pour que les prix ne chutent pas à un niveau de crise », explique le communiqué de la Commission européenne.

L'aide européenne : « Une broutille »

Le but est  d'augmenter de 5 % à 10 % le volume des produits pouvant être retirés des marchés puis, d'indemniser les producteurs à hauteur de 50 % à 100 %, si le produit est commercialisé sous une autre forme, n'est pas récolté ou est distribué gratuitement. Une mesure pour laquelle s'est félicité le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll.

Mais les agriculteurs rhônalpins restent méfiants à propos de ce dispositif européen. « C'est un minimum car la crise est profonde.  Mais ce n'est pas grand-chose », explique Eric Thebault. « C'est une broutille sur un marché de plusieurs milliards d'euros », renchérit Henri Mazenod. Surtout, les agriculteurs rhônalpins craignent de ne pas bénéficier de cette manne. « La France, et donc notre région, ne seront pas forcément visées », prédit Frédéric Fieux,  chef du service FranceAgriMer Rhône-Alpes.

« Manger Français »

Grands fournisseurs de légumes et de fruits à la Russie, la Pologne, la Lituanie, la Belgique et les Pays-Bas seront les principaux bénéficiaires de ce soutien. La France, moins touchée par l'embargo, en profitera un peu moins.

À lire également

  • Rhône-Alpes pourrait produire plus
  • Rhône-Alpes compte 39 000 fermes
  • La Russie impose un embargo sur des produits alimentaires européens et américains

Pour survivre, le message d'Eric Thebault, directeur de la FRSEA Rhône-Alpes est clair : « Il faut manger français ». Une pétition en ligne, "Sauvons notre Agriculture et le Manger français", sur le modèle polonais, a déjà recueilli 1 437 signatures.

Maxime Hanssen

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