Nos nouveaux amis, les robots !

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L'autre grand volet du développement de la robotique concerne la robotique de services dont le marché est estimé à 100 milliards d'euros pour 2025 par la Commission européenne - dont 26 milliards de dollars pour l'an prochain.
L'autre grand volet du développement de la robotique concerne la robotique de services dont le marché est estimé à 100 milliards d'euros pour 2025 par la Commission européenne - dont 26 milliards de dollars pour l'an prochain. (Crédits : Reuters)
Capables de parler, d'écouter, de bouger, voire de danser et de chanter, ils ont aussi le don d'ubiquité, animent des émissions de télé et sont également capables de jeux sexuels. Ne vont-ils pas devenir trop encombrants? Déjà, on parle de leur accorder un statut et des droits... Allons-nous les aimer ou les détester? Ou seulement les supporter, vu qu'on nous annonce qu'ils vont aussi « piquer » nos emplois. Dans beaucoup de métiers...

Acteurs, hôtesses d'accueil, chauffeurs de bus ou de taxi, compagnons ou compagnes sexuelles... Dès que l'on parle de robotique, notre imaginaire s'affole ! Il faut dire que la machine créée par l'homme lui ressemble tellement que l'on peut s'y tromper. À titre d'exemple, les « actroïdes », robots humanoïdes ultraréalistes du japonais Kokoro Company et du britannique Creative Robotics tournent dans des pubs ! Mais lorsque l'Homme prend la place du Démiurge, il fait peur. Surfant sur cette vague, les études anxiogènes font toujours un carton. Celle de l'université d'Oxford, parue en 2013, prévoit que 47 % des emplois aux États-Unis pourraient être détruits par le robot et l'intelligence artificielle d'ici à dix ou vingt ans (voir graphique). Il s'agit surtout d'emplois moyennement qualifiés : réceptionnistes, vendeurs en magasin, agents en sécurité, chauffeurs de taxi... Encore plus effrayante, l'étude de Roland Berger, parue fin octobre, annonce la disparition de 3 millions d'emplois en France d'ici à 2025, en raison de la robotisation. Le taux de chômage atteindrait 18 %, et l'automatisation toucherait de plein fouet les métiers de la norme - comptables, juges, avocats -, mais aussi toute tâche exécutable via un algorithme.

Même les journalistes seront concernés... Mais cette vision négative n'est pas partagée par tous. À l'instar d'Internet et du smartphone, pourquoi le robot n'améliorerait-il pas aussi le sort de l'humanité, des entreprises, de l'emploi et de la société civile ? Au moins pour une fois, essayons de voir les choses sous un autre angle, celui de la « robolibération », la libération de l'homme par le robot. Selon le cabinet britannique d'analyse du marché Metra Martech, la France ne compte, fin 2013, que 32300 robots industriels installés, contre 59000 en Italie et 167600 en Allemagne. Autrement dit, plus l'industrie se robotise, plus elle devient compétitive et puissante. « L'industrie française gagnerait à se robotiser davantage », estime Jean Tournoux, délégué général du Syndicat des machines et technologies de production (Symop) qui rassemble 250 entreprises regroupant 16000 salariés pour un chiffre d'affaires global de 2 milliards d'euros.

UNE RÉVOLUTION CULTURELLE EN ENTREPRISE

Face à ce constat, le Symop mène le programme Robot Start PME qui, depuis cette année et pour l'an prochain, vise à aider 250 entreprises à s'équiper de leur premier robot. Un effort salutaire lorsqu'on sait qu'à peine 5 % des robots se trouvent dans les entreprises de moins de 50 salariés et 12 % dans celles de moins de 300 salariés. Et que se passe-t-il lorsque le robot débarque dans un atelier ? Pour CFT Industrie, une usine de 14 personnes (1,7 M€ de CA 2014) basée à Saint-Lubin-de-la-Haye (28) et spécialisée dans la fabrication d'articles métalliques soudés, le jeu en vaut la chandelle. Son premier robot de soudage illustre une véritable renaissance après une liquidation judiciaire. « J'ai racheté la société en 2011 pour la développer, car ses salariés ont un fabuleux savoir-faire », reconnaît Antoine Honoré qui, d'emblée, installe de nouvelles machines et met en place un management participatif, une réorganisation complète des flux de production, ainsi que la mise aux normes de l'usine en matière de sécurité et santé au travail. Forte d'une stratégie commerciale musclée, CFT Industrie investit alors 600000 euros dans des cabines de peinture et des machines-outils, et 200000 euros dans un bras articulé six axes de chez Yaskawa.

« Les ouvriers étaient les mieux placés pour choisir le robot », reprend Antoine Honoré, qui en a profité pour mettre en oeuvre un programme de certification ISO 9001 (assurance de la qualité). Les ventes n'ont alors cessé de progresser. Il fallait livrer ! « Au début, nous avons produit à la main au rythme de quatre chariots hospitaliers à l'heure. Épuisant. Avec le robot, nous sommes passés à douze ! », décrit Christophe Le Clech, ouvrier soudeur qui, avec deux autres collègues, a suivi un stage d'une semaine chez Yaskawa pour devenir programmateur du robot. Une montée en compétence nécessaire, car, au décollage des ventes de chariots, s'ajoute la production de pièces pour paniers de tondeuses à gazon. Il faut donc reprogrammer la machine pour chaque type de pièce. « Nous pensons doubler le chiffre d'affaires ces deux prochaines années », calcule Antoine Honoré qui voit ses clients ravis d'être livrés en temps et en heure avec des produits compétitifs et de qualité.

RELOCALISER LA PRODUCTION AVEC L'AIDE DES « COBOTS »

« Les robots classiques sont certes très performants, mais ils sont "sourds et aveugles". Pour ne pas blesser les humains qui sont autour, il faut les mettre en cage »,souligne Raja Chatila, directeur de recherche à l'Institut des systèmes intelligents et de robotique (Isir). Depuis quelques années, se développent des « cobots » (mot-valise de l'anglais collaborative robot), des robots très compacts qui collaborent avec l'homme. Bardés de capteurs et de logiciels intelligents (anticollision, mise en arrêt rapide de la machine dès qu'on la touche...), ces robots apprennent les gestes qu'ils devront exécuter en étant accompagnés à la main. Nul besoin de s'y connaître en programmation. Certains ont deux bras et une sorte de tête qui les fait presque ressembler à des humanoïdes, et leur prix démarre à partir de 30000 euros. Rethink Robotics, Universal Robotic Inc. et Kawada Industries ont ouvert le marché il y a quelques années. Aujourd'hui, des ténors comme ABB et son YuMI, Kuka avec son LBRiiwa, ou encore Yaskawa avec son Motoman, leur ont emboîté le pas. « Avec ces robots, qui sont très doués pour réaliser des tâches complexes, l'homme reste dans l'atelier. Au lieu de détruire l'emploi, les cobots peuvent, au contraire, en relocaliser pour fabriquer de petites séries de produits complexes pour une distribution tendue », poursuit Raja Chatila. De quoi intéresser aussi des architectes, designers, artistes ou artisans...

DES PRIX À LA BAISSE, SOUS LA BARRE DES 10000 EUROS

À 100000 ou 200000 euros, les niveaux de prix très élevés des bras articulés traditionnels (ABB, Fanuc, Kuka, Staübli, Yaskawa...) restent un frein pour la TPE ou la PMI. « Mais les prix baissent. Les projets de robotisation commencent à 30000 ou 40000 euros, études comprises », constate Jean Tournoux du Symop. Certaines sociétés asiatiques proposent des bras articulés de manutention capables de porter moins de 10 kg, sous la barre des 10000 euros ! Une bonne nouvelle, car la manutention représente 50 % à 70 % des usages robotiques. Et notamment la dépalettisation de charges lourdes. À cet égard, c'est une start-up toulousaine, Térèo Système, et non pas asiatique, qui est en train de casser les prix de la robotique lourde jusqu'à 300 kg pour moins de 15000 euros. « Au lieu d'utiliser des moteurs électriques, nous recourons à l'hydraulique. Nos composants sont ultrastandard. Et pour baisser encore davantage les prix, nos systèmes de contrôle-commande, qui donnent une précision de 0,5 mm, sont développés à partir de logiciels libres », commente Jean-Francois Legendre, le dirigeant qui compte livrer ses premiers robots de manutention, soudage, perçage et découpe début 2015. Térèo Système va plus loin en s'apprêtant à populariser la robotique connectée avec Robotsjs.org, sa plate-forme cloud, qui délivre un système d'exploitation libre pour robots, Robot JS, et propose un magasin pour applications robotiques. La start-up veut accélérer la dissémination du robot pas cher avec Robotic-Cloud. com, son agrégateur de sites de vente de composants robotiques.

100 MILLIARDS POUR LES SERVICES À LA PERSONNE

L'autre grand volet du développement de la robotique concerne la robotique de services dont le marché est estimé à 100 milliards d'euros pour 2025 par la Commission européenne - dont 26 milliards de dollars pour l'an prochain. À cet égard, le vieillissement de la population mondiale constitue un puissant moteur de développement, sachant qu'en 2060, les plus de 65 ans représenteront un sixième de la population. Une cible que vise la robotique d'assistance aux personnes âgées. En France, trois entreprises sont sur les rangs avec des prototypes plus ou moins matures. Tout d'abord, Aldebaran Robotics avec Romeo, un humanoïde en plein développement. Citons aussi Robosoft, dont le robot compagnon Kompaï attend d'être industrialisé. Au Japon, Softbank, l'opérateur de téléphonie mobile qui a racheté Aldebaran, compte déployer 4500 humanoïdes Pepper pour animer ses agences commerciales. Il s'agit de qualifier la demande des clients qui font la queue afin de les pré-orienter vers le bon guichet. Et si l'attente est trop longue, de chanter et danser du Michael Jackson !

ROBOTS À TOUT FAIRE À PRIX ABORDABLE

Quant au français Blue Frog Robotics, son petit assistant Buddy de 50 cm est simplement monté sur deux roues. Téléopérable à distance, ce robot multifonction est pourvu notamment d'un détecteur de chutes et d'un système de reconnaissance de médicaments.

« Il peut même aider la personne âgée à se relever en cas de chute », fait valoir Roland Hasselvander, le cofondateur de l'entreprise.

En quête d'investisseurs, cette start-up issue du Criif (Centre robotique intégrée d'Île-de-France), membre de la Silver Valley, compte aujourd'hui six personnes. Parmi les lauréats du Concours mondial de l'innovation, Blue Frog Robotics a déjà effectué une première levée de fonds auprès de Robot Capital. Ce qui lui a permis de développer le prototype final de Buddy qui sera commercialisé à la mi-2015 à un prix oscillant entre 500 et 1000 euros, selon ses fonctionnalités. Buddy se présente en effet d'abord comme un robot familial pour les loisirs, l'éducation des enfants et la sécurité de l'habitat.

L'an prochain, le marché mondial de la robotique personnelle devrait peser 8 milliards d'euros grâce à la seule vente de robots aspirateurs et tondeurs (800 000 unités prévues) et de robots ludiques. À l'instar de Jessiko, un poisson robot lumineux de 22 cm de long créé par Christophe Tiraby, ingénieur et fondateur de l'entreprise Robotswim. Grand prix de la ville de Paris, la start-up propose en mode locatif des animations clés en main avec la livraison d'un aquarium où ses robots poissons évoluent en banc (une première mondiale) sous la férule de ses techniciens animateurs. « Le public adore, car il peut même interagir avec nos poissons robots via une application dédiée téléchargeable sur smartphone », explique le chef d'entreprise qui vend aussi des installations pour la décoration de lieux prestigieux. Dans un second temps, Robotswim a pour ambition de se lancer dans la réalisation de robots poissons pour le grand public. Il s'agira alors de compagnons de nage avec lesquels on pourra jouer dans l'eau.

MACROPROJETS ET INCUBATEURS

Du robot ludique au robot ange gardien, il n'y a qu'un pas que franchit un autre français, Partnering Robotics, avec son robot mobile Diya One. Bardé de capteurs pour la surveillance des lieux et de l'air, il intègre même une solution pour lutter contre la pollution particulaire, chimique et biologique. Mais de manière focalisée, puisqu'il a pour vocation de créer une bulle d'air assainie autour des personnes. « L'appareil devrait être vendu l'an prochain aux entreprises à un prix d'environ 5 000 euros. Les particuliers pourront même l'avoir en location pour quelques euros par mois », projette Ramesh Caussy, président et fondateur de l'entreprise. Plutôt que de détruire l'emploi, la robotique va surtout aider à accélérer la réalisation de macroprojets urbains, comme le Grand Paris. Tel est, du moins, l'avis de Patrick Viceriat, directeur expert du pôle tourisme, loisirs et culture d'Artelia, une société française d'ingénierie de 3 500 personnes :

« Si l'on veut réaliser rapidement 41 stations de RER et 110 km de lignes, construire des milliers de logements, des parkings et aires de livraisons pour les véhicules autonomes... il faudra recourir à la robotique. Voire inventer certaines formes de robots, explique-t-il. C'est l'occasion de bâtir un écosystème de start-up pointues, d'incubateurs, de pôles de compétitivité où se retrouvent les donneurs d'ordres, les industriels et les start-up. »

Pour accélérer cette évolution, au moins deux fonds d'investissement se sont créés en France, Robolution Capital et Robot Capital. « Nous aidons les porteurs de projets avec un incubateur de 250 m2 dans le Ier arrondissement de Paris, doté d'un fab lab, d'une société d'ingénierie, et de conseils (avocats, comptables...). Les robots produits seront distribués sur Robotshop.com, le leader de la vente de robots sur Internet », précise Alexandre Ichaï, ancien hacker, entrepreneur en série et patron de Robot Capital, qui compte accueillir six start-up d'ici à 2015 et prospecte déjà pour ouvrir un second incubateur de 500 m2 à proximité du premier.

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Commentaires
a écrit le 22/11/2014 à 16:12 :
Comment ça marche, l'économie ,avec les robots?
Réponse de le 22/11/2014 à 16:20 :
Très bien:
- ça commence par un chômage de masse.
- comme beaucoup plus de chômeur => pas d'achat
- comme pas d'achat => on produit moins
=> on fabrique moins de robot ou on les arrêtent...
Bel avenir...
Réponse de le 22/11/2014 à 18:44 :
c'était pas plutôt le programme des délocalisations ?
Pour les robots il faut les produirais , les programmer, les entretenir ce qui génère des emplois qualifiés.
Mais les français préfèrent délocaliser dans les zones a bas couts.
Les Allemands ont fait le choix de la robotique et eux ils produisent en Allemagne !
Réponse de le 22/11/2014 à 23:38 :
@Ahbon

L'industrie allemande est tellement robotisée qu'elle embauche massivement des pauvres sous-qualifiés d'Europe de l'Est dans ses usines...
Réponse de le 23/11/2014 à 7:03 :
1°-Les robots consomment de l'énergie et rejettent du CO2.
Réponse de le 24/11/2014 à 6:41 :
2°-Les robots produisent des richesses que nous consommerons.

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