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Plutôt discret, lorsqu'il était ministre de l'Economie, sur la lutte contre la radicalisation en ligne et sur la délicate question du chiffrement des communications par certaines messageries privées utilisées par les terroristes, Emmanuel Macron a enfin précisé sa pensée. Dans une conférence de presse d'une quarantaine de minutes qui s'est tenue lundi 10 avril, le candidat d'En Marche! à la présidentielle a détaillé ses mesures phares contre le terrorisme, notamment sur Internet.
Le co-favori des sondages aux côtés de Marine Le Pen part d'un constat :
C'est pourquoi Emmanuel Macron veut avoir « une discussion franche » avec les grandes plateformes comme Google, Apple, Facebook, Twitter « et plusieurs autres ». L'objectif ? « Retirer ces contenus sans délai ». Et de poursuivre : « Je souhaite que ces entreprises aient sur ce point une obligation absolue de résultats, sans pouvoir opposer je ne sais quelle impossibilité technique ou principe de liberté ou de neutralité. »
Problème : si Emmanuel Macron a raison de pointer du doigt la réalité de la propagande sur Internet, il se contente de proposer... ce qui existe déjà. La loi sur la confiance dans l'économie numérique (LCEN), datant de 2004, impose aux hébergeurs de retirer les contenus faisant l'apologie du terrorisme. De même, la loi antiterrorisme de 2014 permet aux forces de l'ordre d'user d'un « pouvoir de blocage » et de déréférencement pour supprimer l'accès aux sites utilisés par les djihadistes.
De plus, contrairement à ce que suggère Emmanuel Macron, les géants du Net comme Facebook, Twitter et Google (qui détient YouTube) ne sont pas déconnectés de ces enjeux. Ils ont déjà rencontrés à plusieurs reprises le gouvernement depuis les attentats de janvier 2015. Tous mènent aussi leurs propres actions pour lutter contre la propagande terroriste. Twitter, par exemple, a annoncé en août 2016 avoir fermé 360.000 comptes en un an. Par ailleurs, Facebook, Twitter, YouTube et Microsoft ont signé en mai 2016 un code de bonne conduite avec l'Union européenne, qui les engage à supprimer les contenus haineux en moins de 24 heures.
En réalité, Emmanuel Macron n'adresse pas le vrai problème, à savoir la volonté des géants du Net de vraiment agir au-delà des effets d'annonce, et, surtout, leur capacité et leur légitimité pour repérer, évaluer et supprimer rapidement les contenus problématiques, tout en respectant la liberté d'expression. Ainsi, la Commission européenne a dénoncé en décembre dernier le « non-respect » du fameux code de bonne conduite, et menacé par la loi les entreprises concernées de les forcer à s'impliquer davantage. De son côté, l'Allemagne a eu moins de patience : le gouvernement d'Angela Merkel a fait approuver, mercredi 5 avril, un projet de loi pour infliger jusqu'à 50 millions d'euros d'amende aux réseaux sociaux rechignant à lutter contre les contenus haineux et les fausses informations.
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L'autre grand chantier d'Emmanuel Macron concernant l'utilisation d'Internet par les terroristes est d'attaquer le chiffrement de bout en bout des données, une technique qui permet de crypter les communications pour rendre le contenu indéchiffrable par un tiers. Ce qui pose problème aux services de police et de renseignement.
Le constat est le suivant :
Emmanuel Macron compte donc, « dès l'été », prendre une « initiative majeure et coordonnée » au niveau européen et aussi avec l'Otan. Il s'agit d'imposer aux entreprises pratiquant le chiffrement de bout en bout (on pense notamment à iMessage d'Apple, Facebook Messenger, WhatsApp, Telegram ou encore Signal) « un système de réquisition légale », sur le modèle des interceptions mises en places pour les opérateurs télécoms. Autrement dit, les forcer à fournir les « clés de déchiffrement » aux forces de l'ordre.
Le candidat se situe ainsi dans la continuité de l'ancien ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui avait attaqué le chiffrement après les attentats de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray en juillet 2016. Et surtout des députés de droite Eric Ciotti, Philippe Goujon et Laurent Wauquiez, qui ont cosigné en mars dernier une proposition de loi visant à renforcer les obligations des « intermédiaires ».
Mais une telle proposition est surprenante à plus d'un titre. Tout d'abord, comme l'a montré le conflit Apple/FBI début 2016, forcer une entreprise à casser le chiffrement et à donner des informations sur ses clients est un casse-tête juridique et même constitutionnel, impliquant à la fois le droit commercial et les principes fondamentaux de liberté d'expression. Mais rien de trop difficile pour Emmanuel Macron, qui pense qu'une initiative coordonnée, « européenne et internationale », permettrait de lever ces freins. Le candidat assure que « plusieurs dirigeants européens » partagent son point de vue, sans toutefois préciser lesquels. Il ne faudra pas, en revanche, être pressé. Une action d'une telle ampleur prendrait de nombreuses années.
Emmanuel Macron fait aussi preuve d'un étonnant amateurisme technique. Il souhaite forcer les entreprises à fournir le contenu chiffré, mais c'est techniquement impossible : celles-ci n'ont pas accès aux clés de chiffrement, qui se trouvent sur les terminaux des utilisateurs. C'est le principe même du chiffrement de bout en bout.
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Enfin, le candidat d'En Marche! a choisi d'ignorer le consensus à l'œuvre chez les experts informatiques. Ceux-ci ne cessent de répéter qu'affaiblir le chiffrement en créant, par exemple, des « portes dérobées » destinées uniquement aux forces de l'ordre pour espionner une poignée d'individus, reviendrait à créer une vulnérabilité qui exposerait l'ensemble des utilisateurs.
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