Haine sur internet : l’UE menace les géants américains

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D'après la Commission européenne, Facebook, Twitter, YouTube et Microsoft ne respectent pas le code de conduite qu'elles ont signé en mai dernier sur la modération rapide des contenus haineux.
D'après la Commission européenne, Facebook, Twitter, YouTube et Microsoft ne respectent pas le "code de conduite" qu'elles ont signé en mai dernier sur la modération rapide des contenus haineux. (Crédits : Carlos Garcia Rawlins)
La Commission européenne estime que Facebook, Twitter, YouTube et Microsoft, qui avaient signé un code de bonne conduite en mai dernier pour retirer les contenus haineux de leur plateforme en moins de 24 heures, ne respectent pas leur engagement. La commissaire à la Justice Vera Jourova dégaine l’arme de la législation.

Facebook, Twitter, YouTube (qui appartient à Google) et Microsoft sont prévenus. Si la méthode douce ne marche pas, l'Europe dégainera son arme ultime: la législation. C'est ce qu'a annoncé la Commission européenne dimanche soir. Dans une interview au Financial Times, la commissaire à la Justice, Vera Jourova, reproche aux géants américains de ne pas agir assez vite pour retirer de leur plateforme les messages haineux d'incitation au terrorisme. Par conséquent, elle menace de les y forcer par la loi:

"Si Facebook, YouTube, Twitter et Microsoft veulent me convaincre, ainsi que les autres ministres, que l'approche non-législative peut fonctionner, ils devront agir vite et faire de gros efforts dans les prochains mois".

Non-respect du "code de bonne conduite" signé en mai dernier

Vera Jourova s'appuie sur un rapport de ses services. Celui-ci estime que ces entreprises ne respectent pas le "code de conduite" qu'elles ont signé en mai dernier. Régulièrement accusés de laisser se propager les incitations à la haine et au terrorisme sur la Toile, notamment depuis les attentats de novembre 2015, Facebook, YouTube, Microsoft et Twitter s'étaient engagés à effectuer leur travail de modération des contenus en moins de 24 heures.

Dans ce code de conduite en douze points, les quatre géants du Net s'engageaient à réagir "dès la réception d'un signalement valide" par un internaute ou une organisation, et à "supprimer ou rendre inaccessibles" tout contenu haineux, notamment tout ce qui relève du racisme et de l'apologie du terrorisme.

Le document prévoyait aussi de renforcer les liens entre ces entreprises privées et des organisations issues de la société civile, pour promouvoir ensemble un "contre-discours", qui est l'un des piliers de la stratégie de lutte contre la haine sur internet.

Seuls 40% des contenus haineux retirés en 24 heures

"Dans les faits, ces entreprises prennent beaucoup plus de temps et n'atteignent pas leurs objectifs. Elles n'examinent que 40% des signalements en moins de 24 heures", dénonce le rapport. Le chiffre montre à plus de 80% au bout de 48 heures, mais ce délai est jugé trop long par la Commission européenne.

Si Facebook, Twitter, YouTube et Microsoft faillissent à leur mission dans tous les pays, ils sont particulièrement négligents dans une poignée d'entre eux. Ainsi, en France et en Allemagne -où la modération des contenus par les plateformes sur internet est déjà inscrite dans la loi-, le taux de retrait des messages haineux est de 40% en 24 heures. Mais en Autriche, il tombe à 11%. La palme revient à l'Italie, avec un misérable 4%.

Le code de bonne conduite était contesté dès le début

Les ministres de la Justice de l'Union européenne doivent se réunir à Bruxelles jeudi prochain pour discuter du rapport. Ils devraient laisser encore quelques mois aux entreprises pour s'améliorer, avant de passer par la voie législative, ce qui sera long.

Si l'Union européenne a raison de se montrer intransigeante dans un contexte où la radicalisation se fait surtout via Internet, et d'insister sur l'élaboration d'un contre-discours avec les experts compétents, certains acteurs de la lutte contre la haine avaient mis en garde contre les "zones d'ombres" du texte dès sa signature.

Ainsi, SOS Racisme, SOS Homophobie et l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) dénonçaient dès le 31 mai le "flou" sur la composition des équipes de modération, et sur leurs méthodes pour identifier des contenus haineux et choisir la réponse appropriée.

Pour la modération des contenus comme pour le droit au déréférencement, la Commission laisse les entreprises concernées décider quelles sont les requêtes valides. Cela revient donc à laisser à des entreprises privées la capacité de fixer où sont des limites de la liberté d'expression, bien qu'elles doivent collaborer avec des experts pour le faire. Ce fait pose problème aux organisations de la société civile, qui ne verraient pas d'un mauvais œil une action de Bruxelles de manière moins concertée et davantage pro-active sur ce sujet.

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Commentaires
a écrit le 06/12/2016 à 11:10 :
"L'UE menace les géants américains" et surtout le font savoir, mais rien ne sera fait!
a écrit le 06/12/2016 à 9:20 :
OU commence la haine ? ..... qui peut se poser en maitre - validateur de ce concept ?
Si ce terme est aussi dévoyé que ceux de "racisme " ou "démocratie "a l'heure actuelle , on peut revoir les dictionnaires de fond en comble §
a écrit le 05/12/2016 à 23:47 :
L'UE est beaucoup mois empressée d'arrêter la fraude fiscale qu'elle permet aux multinationales, alors qu'elle nous montre avec sa censure des médias qu'elle en aurait les moyens si elle le voulait.
Réponse de le 06/12/2016 à 12:40 :
l'UE fait ce que les pays membre veut qu'elle fassent.
Beaucoup l'oubli, si l'UE ne fait pas, c'est que ce pays et les autres ne le veulent pas.
Faut pas espérer que l'UE soit mieux que la tentative de faire un parlement incorporant les colonies dans les années 60, si personnes ne fait d'efforts.
a écrit le 05/12/2016 à 18:05 :
On oublie en occident trop souvent la Liberté de parole qui permet de dire des vérités souvent bien sur qui ne plaisent pas, comme si on avait pas assez d'organismes de censures .
Réponse de le 05/12/2016 à 22:19 :
Ne confondons pas liberté d'expression avec la liberté d'aller à l'encontre des loi. La loi s'appliquent à tous sans distinction et ce n'est pas négociable.
a écrit le 05/12/2016 à 14:29 :
Un algorithme ne fera jamais aussi bien un travail de modération qu'un humain, on peut très bien insulter quelqu'un, le détruire sans utiliser de vulgarités.

Par ailleurs l'humain va s'adapter aux stratégies du troll dont c'est le métier et qui a intérêt a évolué lui aussi, tandis que la machine elle se laisse contourner sans difficulté.

Ces géants du net en comprimant la masse salariale pensant tout savoir sur tout se sont largement plantés et il est dommage qu'ils continuent de le faire.

La haine et la cruauté n'ont pas besoin de gros mots.
a écrit le 05/12/2016 à 14:25 :
Moi je trouve que 40% c'est énorme, je ne suis même pas sûr que la NSA qui surveille les informations de populations entières arriveraient à mieux, ces géants proposent des produits gratuits, du coup utilisés par des milliards de personnes, soit chaque jour, des centaines de millions d'informations nouvelles.
Comment arriver à traiter un tel volume de manière optimale, alors je sais bien que ces géants se font de l'argent avec notre utilisation de leur produit, mais au vue du nombre de personnes qu'il faudrait pour le faire de manière optimale, les produits qu'elles proposent deviendrait payant, à cause des milliers ou dizaines de personnes à employer, pour faire même boulot que les censeurs en Chine.
Que faire, mettre un système de mots-clefs ? ça ne marche pas, le mot-clef sans sa phrase na pas de sens, déjà que quand facebook censure par son algo automatiquement des images de seins dans les campagnes du cancer du seins ça fait des scandales, qu'est-ce que ça va être si on étend le procédé à tout.
Après si on découvre un procédé capable d'analyser de manière réelle phrase et image sans erreur, va t'on encore avoir besoin d'humain, une fois ce niveau technologique atteint...
Réponse de le 05/12/2016 à 15:31 :
Relisez:
""...dès la réception d'un signalement valide" par un internaute ou une organisation..."
a écrit le 05/12/2016 à 14:17 :
Le contraire m'aurait étonné. Il est évident que les géants des réseaux sociaux n'allaient pas pouvoir réagir efficacement face aux nombres de propos nauséabonds que l'on puisse trouver dans les commentaires sur internet. Et cela pour une raison simple : LA QUANTITE ASTRONOMIQUE DE MESSAGES A CONTOLER ! En effet pour pouvoir gérer tout les messages de haines dans un délai de 24 heures, il serait probablement nécéssaire de multiplier leur personnel dédiés au contrôle au moins par 10 ! Bref cela n'est pas gérable pour eux. Déjà qu'ils ont du mal à supprimer tout les comptes djihadistes sur Twitter. Le Bon Coin et Ebay connaissent le même problème avec toute les arnaques en lignes qui sont publiés à cadence industrielle tout les jours.
Réponse de le 05/12/2016 à 15:32 :
Relisez:
""...dès la réception d'un signalement valide" par un internaute ou une organisation..."

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