STMicroelectronics subit encore de plein fouet la crise des semi-conducteurs
latribune.fr
STMicroelectronics, bénéficiaire en 2023 malgré des troisième et quatrième trimestres en recul, connaît un net ralentissement depuis le début de l'année.
Sarah Meyssonnier
Le fabricant franco-italien de composants électroniques a affiché une baisse de 67,8% de son bénéfice net sur un an, au troisième trimestre. Un effondrement de ses revenus dû à la faiblesse de la demande de l'industrie, notamment automobile.
La période est difficile pour STMicroelectronics. Le fabricant franco-italien de composants électroniques a terminé son troisième trimestre avec un bénéfice divisé par trois (-67,8%), à 351 millions de dollars, après avoir abaissé ses objectifs annuels au précédent trimestre.
Son chiffre d'affaires a, quant à lui, baissé de 26,6% par rapport à l'année précédente, à 3,2 milliards de dollars. Enfin, sa marge brute recule de près de 10 points de pourcentage pour atteindre 37,8%.
Pour autant, il s'agit d'un résultat « en ligne » avec sa « fourchette de perspectives financières », a précisé STMicroelectronics dans un communiqué jeudi. Le cabinet Oddo BHF a même évoqué dans une note des résultats « au-delà des attentes » du marché.
Reste que les investisseurs ont peu apprécié cette publication. Vers 10h40, le cours de son action perdait 2% avant de remonter à -1,24%, à 25,44 euros, dans un marché parisien en baisse de 0,82%. Depuis le début de l'année, STMicroelectronics a donc vu son titre perdre près de la moitié de sa valeur en Bourse (-43%).
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Une année difficile
STMicroelectronics, bénéficiaire en 2023 malgré des troisième et quatrième trimestres en recul, connaît un net ralentissement depuis le début de l'année. Une situation notamment liée à la « faiblesse persistante du marché industriel » dans le domaine des microcontrôleurs, a précisé le PDG Jean-Marc Chéry dans un communiqué. Sur ce segment, l'entreprise a vu son chiffre d'affaires baisser de 43,4% au dernier trimestre. Et le groupe français n'est pas le seul à souffrir. Toutes les sociétés de semi-conducteurs industriels comme Infineon, Texas Instruments ou encore Melexis sont confrontées à la faiblesse des marchés industriels.
Parmi les gros clients de puces, se trouvent les groupes automobiles. Or les revenus du fabricant liés à l'industrie automobile ont baissé de près de 20%. Et pour cause, si les ventes de voitures restent stables depuis le début de l'année, titillant les 8 millions d'unités, celles-ci demeurent très inférieures à la période d'avant-Covid. Surtout, les volumes de ventes de voitures électriques neuves sont en retrait de près de 6% de janvier à septembre, pour une part de marché de 13,1%, selon l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA). Celle-ci demeure inférieure à celle de l'année précédente, qui s'élevait à 14%.
L'ACEA met cette baisse sur le compte de l'Allemagne, où les ventes de voitures électriques se sont effondrées, fin 2023, lorsque le gouvernement a mis un terme aux aides à l'achat. « Nous devrions assister à une croissance mensuelle constante et substantielle, en particulier à ce moment crucial du développement de cette technologie, expliquait le lobby, le 22 octobre. Au lieu de cela, la part de marché des voitures électriques depuis le début de l'année est inférieure de près de 1% à celle de l'année dernière ».
2025 aussi sous de mauvaises auspices
A cause de ce contexte défavorable, après avoir revu ses perspectives à la baisse en juillet, l'entreprise maintient des objectifs annuels dans « la partie inférieure de la fourchette indiquée au trimestre précédent ». Et les difficultés devraient se poursuivre en 2025.
«Sur la base de notre carnet de commandes actuel et de la visibilité actuelle en matière de demande, nous anticipons une baisse du chiffre d'affaires entre le quatrième trimestre 2024 et le premier trimestre 2025 bien supérieure à la saisonnalité normale», a indiqué son PDG ce jeudi.
Pourtant, STMicroelectronics ne s'avoue pas vaincu. L'entreprise a déclaré qu'elle s'engageait sur la voie d'une baisse de ses coûts, dans le cadre d'un « nouveau projet d'entreprise » qui devrait aboutir à une évolution de son « implantation industrielle ».
Sans toutefois préciser où ces économies seraient effectuées, STMicroelectronics a indiqué que ces coupes devraient conduire d'ici fin 2027 à une réduction des coûts annuels de plusieurs centaines de millions de dollars.
A cause de l'environnement difficile, certains fabricants de puces en sont même venus à rétropédaler sur leurs investissements. C'est notamment le choix fait par le fabricant américain de semi-conducteurs Wolfspeed et le sous-traitant automobile allemand ZF qui ont annoncé le 23 octobre suspendre leur projet d'usine de puces en Allemagne. « Le projet n'est pas abandonné, mais Wolfspeed reporte l'investissement à une date indéterminée, en fonction de l'évolution de la situation du marché », a déclaré la cheffe du gouvernement régional de Sarre, Anke Rehlinger lors d'une conférence de presse. Elle a notamment donné comme raison le fait que « l'industrie automobile traverse une période difficile, avec une profonde incertitude quant à la situation du marché. »
Avant Wolfspeed, en septembre, l'américain Intel, invoquant là aussi la faible demande, avait annoncé reporter la construction d'une autre usine de puces en Allemagne. Lancé en 2022, ce devait être le plus gros investissement étranger dans le pays et créer 3.000 emplois.