Défense : Cassidian n'a pas vu arriver Bull-dozer

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Copyright Reuters (Crédits : BULL)
La direction générale de l'armement (DGA) a notifié un contrat d'une quarantaine de millions d'euros portant sur les systèmes d'information et de combat de Scorpion à Bull. Au détriment de Cassidian, qui perd un marché lucratif.

C'est un contrat qui a pas mal agité le petit monde de la défense ces trois derniers mois. Surtout pour Bull c'est un petit contrat - une quarantaine de millions d'euros - qui peut rapporter gros à l'avenir. De quoi parle-t-on ? Selon des sources concordantes, la direction générale de l'armement (DGA) a fini par notifier dans la courant de la semaine du 1er avril un contrat portant sur la fourniture d'un nouveau système d'information et de combat de Scorpion (SICS) destinés aux régiments de l'armée de terre (SIR, système d'information régimentaire) au petit groupe de la défense, qui monte face aux géants que sont Cassidian (groupe EADS) et Thales dans les systèmes de communications, comme l'avait annoncé en février La Tribune.

Cassidian, mauvais perdant

En février, le contrat avait été signé par la DGA, mais pas encore notifié. Un contrat que Cassidian lorgnait avec beaucoup d'envie. La filiale d'EADS était même considérée comme la favorite puisqu'elle était régulièrement choisie par la DGA pour ce type d'équipement pour l'armée de terre. Et ce depuis Matra Systèmes et information (MSI), l'ancêtre de Cassidian. Mais patratas, Bull a remporté la mise après deux ans de négociations avec le ministère de la Défense. Mauvais perdant, Cassidian a déposé dans la foulée un recours auprès du tribunal de administratif contre la DGA, accusée d'avoir mal géré cet appel d'offre. La filiale d'EADS a fini par perdre face au ministère, qui d'ailleurs remporte quasiment tous ce type de litiges. Du coup, attendue fin février, la notification du contrat par la DGA à Bull, qui était toutefois dans ses petits souliers, est intervenue avec un décalage d'un mois.

Une très bonne nouvelle pour Bull

Pour Bull, c'est donc une très bonne nouvelle à deux titres. D'abord, le groupe présidé par Philippe Vannier, qui a réalisé 1,28 milliard d'euros de chiffre d'affaires, s'impose comme un challenger fiable face aux deux géants EADS et Thales. Ensuite, ce contrat gagné sera peut-être une manne pour cette grosse PME comme il l'avait été dans le passé pour Cassidian, qui avait été régulièrement choisi lors de procédures de gré à gré pour des contrats de modernisation et de support des systèmes d'information qu'il fournissait. Ce qui lui permettait d'entretenir entre 80 et 100 millions d'euros d'activité par an sur ces systèmes. Dans deux ans, ce sera donc au tour de Bull d'en profiter.

A terme, Bull pourrait également raffler l'ensemble des systèmes d'information tactique (SIT), à l'image de celui du programme FELIN (Fantassin à Equipements et Liaisons INtégrés) réalisé par Sagem (groupe Safran). Le SICS réalisera ainsi une intégration inédite des composantes interarmes dans un ensemble global et numérisé : Fantassins FELIN, canon CAESAR, char Leclerc, hélicoptères Tigre, VBCI, VBMR, EBRC, drones... Tous verront les mêmes choses au même moment.

Un changement de stratégie à la DGA

« Cette décision marque un véritable changement de stratégie au ministère de la Défense », précise-t-on à La Tribune. Fin janvier, la DGA avait choisi CS Communication et Systèmes qui s'était vu notifier par la DGA un contrat de maîtrise d'?uvre de la conception, du développement et de l'intégration du système d'information (COMPAS) de la SIMMAD (Structure Intégrée du MCO des Matériels Aéronautiques du Ministère de la Défense). Cette fois-là c'est Thales qui avait perdu. CS Communications et Systèmes qui avait gagné ce contrat d'un montant global de 32 millions d'euros, avait choisi Sopra et SQLI comme sous-traitants pour leurs expertises dans le domaine des systèmes d'information.

Scorpion pas encore mort

C'est aussi une bonne nouvelle pour l'armée de terre, qui poursuit ainsi la rationalisation de ses systèmes d'informations. Car le coeur du programme réside en l'intégration de tous les systèmes d'information existant actuellement en un seul. Scorpion deviendra à terme le système des systèmes d'information permettant à tous les éléments du GTIA (Groupements Tactiques Interarmes) de dialoguer selon un même langage et une même procédure. Le SICS permettra donc de rationaliser et d'optimiser l'interconnexion avec les échelons hiérarchiques et tactiques supérieurs, notamment dans le cadre d'une coalition. Le SICS mettra ainsi en réseau toutes les plates-formes d'information. Avec le SICS, l'armée de Terre entre véritablement dans l'ère du champ de bataille infocentrée, c'est-à-dire un champ de bataille où la maîtrise de l'information conditionne la rapidité et la supériorité des armements.

Pour autant, le programme Scorpion, dont certains pensent qu'il pourrait être sacrifié sur l'autel de la contrainte budgétaire, n'est pas encore sauvé en dépit du contrat notifié à Bull. A la DGA, on confirme que l'on souhaite garder ce programme structurant pour l'armée de Terre. C'est « une marche en avant », tout comme l'a été FELIN, assure-t-on à la DGA.

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Commentaires
a écrit le 22/04/2013 à 14:27 :
@Tolomei : Bull ne délocalise pas son développement en Inde comme vous le dites ! Cette entreprise compte près de 5000 salariés en France et le développement NTIC fait partie des domaines d'expertise de cette entreprise.
De plus Bull (+ Amesys) n'est pas novice en matière de Combat Management System, de sécurité,...
Il y a donc légitimité pour cette société française, vieille de plus de 80 ans, à décrocher ce type de contrats.
a écrit le 22/04/2013 à 11:45 :
votre article est très partial : Mauvais perdant, Cassidian a déposé dans la foulée un recours

Si cassidian a déposé un recours c'est que les deux offres sont quasiment équivalentes et qu'aucun critère ne portait sur l'expérience dans ce domaine que Bull ne connait pas.

on se revoit dans deux ans quand Bull annoncera des retards et son incapacité à faire.

Les emplois chez Cassidian étaient à Elancourt. Cela ajoutera quelques personnes au plan social qui commence
a écrit le 19/04/2013 à 11:33 :
Bonne nouvelle! Cassidian est allemand et c'est un concurrent régulier et féroce de l'industrie de défense française.
Réponse de le 19/04/2013 à 13:17 :
C'est une filiale avec une majorité d'employés Allemand certes, mais il y a quand même plus de 2000 employés en France qui travail sur des projets Français. Le SIR n'a pas était développé en Allemagne.
Réponse de le 19/04/2013 à 14:35 :
Cassidian est Européen avec des spécificités dans chaque pays..
Réponse de le 19/04/2013 à 16:52 :
BULL est certes français mais la société délocalise beaucoup de son développement en Inde chez WIPRO. A choisir si le boulot est fait à l?étranger je préfère qu?il aille en Allemagne plutôt qu?en Inde.
Réponse de le 20/04/2013 à 14:52 :
....je préfère qu'il aille en Allemagne....BULL n'était pas seul.

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