Lors des journées scientifiques du Sommet pour l'action sur l'IA, plusieurs chercheurs ont mis en avant l'incertitude inhérente aux modèles d'intelligence artificielle, une faille qu'ils estiment trop souvent négligée.Le Sommet pour l'action sur l'IA illustre un paradoxe : offrir un discours optimiste sur cette technologie, tout en ne minimisant pas ses risques. Les journées scientifiques, qui ont débuté le 6 février, en sont la démonstration. Côté pile, une excitation palpable face aux bouleversements annoncés - dans la santé notamment. Côté face, un scepticisme marqué quant aux limites évidentes de ces systèmes.
Organisées dans les amphithéâtres de l'emblématique École Polytechnique, ces discussions sont censées alimenter les échanges entre chefs d'État lors des sessions politiques du 10 et 11 février. Parmi les intervenants : des pontes du secteur comme Yann LeCun, directeur scientifique de Meta, Joëlle Barral, directrice de la recherche chez Google DeepMind, ou encore le « pape » de l'IA, Yoshua Bengio.
L'IA générative, une technologie trop incertaine
Dès les discours inauguraux passés, le chercheur en statistique Michael Jordan a donné le ton. Ce sémillant professeur de Berkeley a secoué l'assemblée avec une série de remarques acides.
« La Silicon Valley veut prendre tous les contenus du Web gratuitement pour faire cette chose appelée intelligence artificielle générale qui est censée tout savoir. C'est absurde. Je ne veux pas d'un truc qui me dit quoi faire », lâche-t-il, ajoutant qu'il déteste profondément cette expression« d'intelligence artificielle générale ».
Michael Jordan pointe du doigt une lacune majeure des modèles d'IA : leur instabilité. Il cite en exemple ChatGPT, dont les réponses peuvent radicalement changer d'un échange à l'autre. Selon lui, l'incertitude des modèles est un enjeu clé, mais largement sous-estimé.
Les chiffres lui donnent raison : ces IA présentent encore des taux d'erreur importants, de l'ordre de 15 % en moyenne, avec des pics pouvant atteindre 80 % en médecine pédiatrique (d'après une étude publiée dans la revue scientifique JAMA) et 50 % en programmation informatique (selon une étude américaine).