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Le vêtement digital, le plus “intelligent” des objets connectés?

Photo de Antoine Patinet

Marina Torre

Publié le 24 octobre 2014 à 10:00 - Mis à jour le 26 octobre 2014 à 08:50

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Parce qu’il suffit de se glisser dedans pour être “connecté”, les vêtements équipés de capteurs “s’oublient" bien plus aisément que de simples bracelets. Plus proches du porteur, les capteurs qu'ils contiennent prennent en outre des mesures plus précises. Ce qui fait de l'habit "intelligent" la star montante de la nouvelle vague des objets connectés.

Las Vegas devrait s'enflammer pour les atours connectés concoctés par des entreprises françaises.  Lors de la prochaine grand-messe de l'électronique mondiale, le "consumer electronic show" (CES), les textiles connectés seront en effet à l'honneur. Ces derniers figuraient en bonne place parmi les champions de la "French tech" désignés pour être présentés au public lors de la prochaine édition de janvier 2015 et dévoilés à la presse à Paris le 22 octobre.

Il ne s'agit pas que d'une nouvelle marotte de "geek". Les textiles connectés figuraient ainsi parmi les "34 plans de la France industrielle", ce programme présenté début mars par l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault et censé participer au renouveau de l'industrie française.

Au plus près de la cible

Si de l'ampoule à la fourchette, l'heure est aux objets connectés, pourquoi un tel engouement en particulier pour l'étoffe digitalisée? Shawn DuBravac, économiste en chef au sein de la Consumer electronic association, fédération organisatrice du CES explique:

"C'est un secteur en croissance d'abord parce que la technologie est plus facile à intégrer, il est désormais possible de connecter le smartphone directement à son t-shirt par exemple."

Ensuite, en ce qui concerne la prises de mesure, logique au coeur du déploiement des objets connectés, "il est préférable de placer les instruments au plus près de ce qui est mesuré. Si vous courez, il vaut mieux placer les capteurs sur les pieds qu'au poignet par exemple", ajoute-t-il.

De fait grâce à la miniaturisation et à une plus grande autonomie d'énergie, il est désormais possible d'installer entre deux couches de tissus, des capteurs pour mesurer pouls, fréquence et intensité des mouvements, température ou sudation.

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D'où, des applications testées d'abord pour les sportifs ou bien, dans le domaine de la santé, auprès de personnes âgées ou malades. A Grenoble, l'université Joseph Fourier développe ainsi depuis 2010 un prototype de chaussette pour diabétiques. Celles-ci sont dotées de capteurs placés sur les zones de contact entre la plante du pied et le sol. Ce qui leur permet de déterminer l'emplacement et l'intensité des douleurs ressenties afin d'affiner et surtout de déterminer au plus tôt le diagnostic.

"Recréer l'expérience ceinture"

Ensuite, plus plus d'efficacité mieux vaudrait pouvoir oublier complètement l'outil qui va devoir mesurer son effort (ou sa flemme). "De nombreuses études ont montré que les bracelets par exemple étaient utilisés une ou deux fois puis abandonnés", affirme Carine Coulm, ingénieure et cofondatrice d'Emiota. Cette jeune pousse parisienne créée en 2013 développe, non pas un vêtement au sens strict, certes; Mais un accessoire susceptible d'être porté au quotidien, par les hommes comme par les femmes. Sa ceinture "intelligente" a été sélectionnée par Ubifrance pour être exposée au CES. "Nous avons voulu recréer l'expérience ceinture alors qu'elle n'a pas évolué depuis très longtemps", glisse-t-elle, reprenant une formule particulièrement appréciée des communicants.

Tout en souhaitant laisser planer le mystère sur les applications possibles de son invention, sa créatrice belge évoque l'émission de légères vibrations en cas de station assise trop prolongée. Histoire de rappeler au porteur de la ceinture trop concentré derrière son bureau qu'il serait temps d'aller prendre l'air... Autre intérêt de l'objet : changer de forme en accompagnant les mouvements de celui qui l'arbore. Son imposante boucle connectée s'adapte en effet à la position du porteur. Elle se desserre automatiquement lorsqu'il est assis par exemple.

"Non intrusif", vraiment?

"Pourquoi avons-nous choisi le textile comme plateforme de reception des mesures? Parce qu'il permet une meilleure précision et une fiabilité", souligne de son côté Stanislas Vandier, directeur adjoint de Cityzen Sciences, la star tricolore du vêtement "intelligent" née d'un projet mené par un consortium d'entreprises et soutenu par BPIfrance.

L'entreprise lyonnaise qui vient d'ouvrir une filiale aux Etats-Unis et au Japon vante l'aspect "non-intrusif" - comprendre "non dérangeant" au quotidien - d'une technologie cachée dans les fibres d'un maillot de football - elle travaille d'ailleurs avec l'AS St Etienne pour développer un produit grand public - ou d'un short de cycliste. Mais elle a pourtant ressenti le besoin de créer de "nouvelles interfaces", c'est-à-dire de nouveaux écrans, pour pouvoir vérifier les données collectées. Des objets, dont certains seront destinés aux poignets, développés en partenariat avec "un architecte français". Le but affiché: permettre par exemple aux sportifs de vérifier leur rythme cardiaque ou bien la vitesse moyenne des foulées sans avoir à transporter un smartphone.

A l'instar de toutes les technologies permettant de connecter les objets se pose évidemment la question du respect de la vie privée et des données personnelles. Si le coût unitaire diminue, des marques ou des distributeurs pourraient être tentées d'insérer des mouchards dans leurs collections afin de connaître, pourquoi pas, la fréquence d'utilisation d'une robe, dans le but par exemple, de l'échanger pour un nouveau modèle dans le cas où elle serait restée un peu trop longtemps au placard.... Ou bien même d'en faire un support repérable par d'autres consommateurs dans la rue, qui "reconnaîtraient" marque et modèles grâce à leur propre application mobile (voir enrichissements).

"Reposez-vous!"

Cityzen Sciences se défend de toute utilisation abusive. Stanislas Vandier explique ainsi : "notre axe éthique, c'est d'anonymiser les données et nous allons jusqu'à récompenser le propriétaire de ces données. Même si on voulait les receuillir à l'insu de l'utilisateur ce serait impossible puisqu'il faut que ce dernier 'opt-in", c'est-à-dire qu'il donne son autorisation pour faire fonctionner le service.

Pourtant, en plein exercice de prospective, le président de Cityzen, Jean-Luc Errand, qui s'exprimait lors d'une conférence, évoquait une surprenante application possible du vêtement connecté. Grâce à lui, et à sa capacité de détection de la fatigue d'une part et du mouvement d'une autre:

"Un assureur pourrait être en mesure d'envoyer un message à son client signalant 'vous ne devriez pas conduire une voiture ou un camion la nuit, reposez-vous'! "

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Pourquoi pas dans ce cas empêcher un assuré souffrant d'une maladie cardiovasculaire d'avaler la brioche ou le verre de vin "de trop" ? "De doute évidence, c'est un sujet délicat", admet  l'économiste du CEA. Shawn DuBravac affirme cependant:

"Savoir à quel point je sue pendant que je cours ne va pas intéresser grand monde à part moi. Ensuite, les données ne sont valables que pour un temps donné, un match de foot par exemple. Surtout, je ne pense pas que les individus accepteront des choses qui pourraient leur faire du mal."

Du moins, "s'ils sont conscients" d'être ainsi mesurés sous toutes les coutures.

Marina Torre

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