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A Jérusalem, la ruée vers la "tech sainte"

Jeanne Dussueil

Publié le 13 mai 2018 à 07:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:59

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La ville sainte revendique 600 startups, 18 fonds de capital-risque, 12 accélérateurs. Si Tel-Aviv incarne la modernité de la « startup nation », la très croyante Jérusalem se veut le temple de la high-tech « made in Israel ». La cession de Mobileye à Intel dope la ville du roi Salomon, en quête d'un nouveau Graal. La fièvre de la tech touche toutes les communautés, juifs orthodoxes comme Arabes israéliens. Mais elle est encore loin de parvenir à accélérer le processus d'intégration. Pour l'heure, dans...

Il est étroitement suivi par ses deux gardes du corps dont l'un porte l'arme automatique en bandoulière. Dans la nouvelle capitale d'Israël récemment reconnue par les États-Unis de Trump, mais pas par la communauté internationale, Ze'ev Elkin, le ministre des Affaires et de l'Héritage de Jérusalem, jubile :

«Chrétien, juif, ou musulman, peu importe votre religion, l'un de vos ancêtres a certainement foulé ces dalles qui remontent vers le mont du Temple jusqu'au mur des Lamentations.»

Ce jour-là, le ministre fait visiter aux journalistes un chemin souterrain, « véritable témoin des trois mille ans d'histoire juive ». Son inauguration au printemps doit célébrer les 70 ans de l'indépendance d'Israël, et rappeler les 50 ans de l'unification de Jérusalem. Pourtant, Ze'ev Elkin l'assure :

«L'Histoire de la ville sainte appartient à tous.»

`Ministre et élu au Parlement, il est chargé des fouilles archéologiques, mais aussi de la renommée internationale de Jérusalem comme « capitale de la tech de premier choix », vantait-il encore deux semaines plus tôt à des investisseurs lors d'une conférence « Mind The Tech » à New York.

«En 2015, Jérusalem était 37e sur la liste des 50 villes les plus innovantes du monde. Elle est déjà remontée à la 27e place en 2017. Croyez-le ou non, elle est sur le point d'entrer dans la liste des 20 villes les plus innovantes du monde», affirmait Ze'ev Elkin.

L'électrochoc Mobileye

Fière de ses civilisations passées dans ses sous-sols, en surface, Jérusalem veut aujourd'hui à tout prix partager une autre histoire : celle du XXIe siècle et des nouvelles technologies. Longtemps, la ville « de cuivre et d'or » a d'abord attiré les secteurs du logiciel médical, de la biotechnologie et de l'imagerie. Mais avec le rayonnement mondial de la tech made in Israel, - un territoire équivalent à deux départements français -, les ambitions de la ville sainte s'aiguisent. Et pour cause. En vingt ans, la part du secteur des technologies dans l'économie a presque doublé, pour peser 11,4% du PIB en 2014, selon un récent rapport de l'OCDE.

Plus que jamais, face à la grande soeur Tel-Aviv, capitale originelle de la célèbre « startup nation », Jérusalem veut jouer sa propre carte. Un train prévu fin 2018 reliera même les deux cités en vingt-huit minutes. De la très libérale et laïque Tel-Aviv, terre des Gafa, aux portes des saints et des communautés religieuses... Trois mille ans après le roi Salomon, c'est d'ailleurs une startup emblématique que l'on célèbre aujourd'hui à Jérusalem, tel un prophète annonçant le début d'une nouvelle ère. Son nom : Mobileye.

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En 2017, ce spécialiste des solutions pour la voiture autonome a été racheté pour 15 milliards de dollars par Intel. Douze mois plus tard, ce record est encore vécu comme un électrochoc par le tissu économique local. Depuis, au-dessus des vestiges, c'est tout un quartier au nord de la ville qui s'est transformé pour l'accueillir, avec la licorne OrCam (filiale de Mobileye) qui développe de l'intelligence artificielle (IA) au service des malvoyants, ou encore le groupe Regus. Avant eux, les premiers bâtisseurs de l'ère pré-tech furent Intel, Groupe Merck ou Medtronic, dans la cité de David depuis les années 1970. Plus loin, les Cisco, Kaspersky ou le Britannique BAE Systems dans l'aérospatial et la défense, font aussi partie des anciens.

Mais Mobileye, le messie moderne, a sonné le tocsin d'une nouvelle quête. De 20 entreprises tech en 2012, elles seraient aujourd'hui près de 600 dans la ville sainte, d'après le ministère.

«En un an, lesfinancements en capitaux propres ont été multipliés par quatre à Jérusalem, de 13 millions d'euros en 2016, à plus de 57 millions d'euros (250 millions de shekels)», se félicite le ministre de l'Héritage.

La conquête de la tech donne la fièvre au secteur immobilier. Au-delà des murs d'enceinte, les chantiers poussent de manière chaotique à l'Ouest, comme les idées dans une réunion brainstorming en plein air. « Jérusalem est passé d'un écosystème startup complètement mort à un boom fulgurant, contrairement à Tel-Aviv qui, de son côté, a connu une croissance sur le long terme en attirant les sièges de multinationales », résume Rachel Wagner Rosenzweig, de l'ONG Made in Jerusalem.

De fait, entre les deux villes, les contrastes sont vertigineux. Un fossé économique sépare Tel-Aviv, deuxième ville du pays et véritable poumon économique, où résident les adeptes du progrès, de la très croyante Jérusalem. Grâce à son moteur, Israël n'a pas connu une seule année de récession, avec une croissance moyenne de 3,3 % depuis quinze ans. Le taux de chômage général est « historiquement bas », à 4 %. Mais à Jérusalem, il atteint 6,1 %. Pire, dans la partie Est, arabe, si les chiffres ne sont pas disponibles, le chômage est cité comme étant « le plus élevé de Palestine ».

La ville la plus pauvre d'Israël

Les disparités sont encore plus fortes à Jérusalem même, en dehors des quartiers touristiques. À peine cinq kilomètres séparent ainsi les bureaux connectés autour de la Hebrew University, nichée sur sa colline verdoyante aux allures zen, des maisons du quartier Shuafat, à l'Est, dont certaines n'ont pas d'accès régulier à l'eau. Jérusalem rappelle un peu partout une cruelle réalité : avec un taux de pauvreté qui touche près de 50% de la population, selon les chiffres de 2014 du Bureau central des statistiques, elle est la ville la plus pauvre d'Israël. Elle plombe le taux de pauvreté national (à 18%, selon l'OCDE, 22% selon d'autres rapports).

À Jérusalem Est, côté arabe, le taux atteindrait 82%. La pauvreté touche aussi les ultra-orthodoxes dont la tradition est de n'occuper aucun emploi pour pouvoir étudier la Torah. Ainsi, au niveau national, plus de la moitié des pauvres sont arabes israéliens (52%) et une autre moitié (48%) sont juifs ultra-orthodoxes ou « haredim » (de l'hébreu « craignant Dieu »). Plus préoccupant, si rien n'est fait, la vague de pauvreté risque d'enfler puisque les deux minorités assurent en grande partie le renouvellement des générations, avec respectivement 6,5 enfants par femme juive et 4,5 côté arabe. D'ici 2065, la part des haredim aura ainsi triplé, pour représenter 32 % de la population. Celle des Arabes israéliens passera de 21 à 19%.

Si, depuis la fin de la seconde intifada en 2006, une paix, toute relative, règne à Jérusalem, elle reste à elle seule la plaie ouverte des inégalités. Conséquence directe de cette déchirure, nombreux sont ceux qui passent encore complètement à côté de la locomotive technologique. Qu'il s'agisse des juifs ultra-orthodoxes qui comptent sur le troc et la communauté pour survivre, des Arabes qui ne parlent pas hébreu pour 60% d'entre eux, mais aussi des femmes, dont la part ne pèse que 25% des salariés du secteur high-tech, note l'OCDE.

Au problème de la pauvreté à Jérusalem, véritable enjeu national, vient s'ajouter une autre grande difficulté : la pénurie de main d'oeuvre qualifiée, que l'essor de la tech vient accélérer. Car Israël et Jérusalem font face à un terrible paradoxe : tandis que la startup nation s'étend, les travailleurs du numérique destinés à venir grossir ses rangs dans l'IA ou dans la voiture autonome viennent à manquer cruellement. Résultat, depuis 2010, et à cause de cette carence, l'embellie de la high-tech s'affaiblit, note l'OCDE. Si « l'usine à solutions », décrite par l'auteur de Start-up Nation : l'Histoire du miracle Économique d'Israël (2009), Saul Singer, tourne, les réserves de talents s'amenuisent. Or, pour le pays qui s'est construit sur la prise de contrôle des eaux du lac de Tibériade dans les années 1950, il n'est pas question de voir la source de croissance se tarir.

Il y a donc urgence à amener les minorités de Jérusalem sur les chemins de la foi dans le numérique. Et, dans la capitale, la ruée vers la tech, autant que la question de la pauvreté, est l'autre enjeu politique national.

«Si rien n'est fait, le revenu moyen par habitant sera de 30 % inférieur à la moyenne de l'OCDE», ont conclu les chercheurs.

500.000 travailleurs dans la tech d'ici dix ans

Mais derrière la crise de compétences, pointe aussi la lueur d'un miracle ou d'un espoir : celui de l'intégration par la tech. Dans un pays où les principaux indicateurs économiques sont au vert (la dette publique est « maîtrisée », à 73% du PIB), l'OCDE poursuit : « Ces perspectives excellentes offrent à Israël une opportunité unique de se préparer aux défis du futur, en prenant des mesures pour augmenter la productivité, améliorer la cohésion sociale, et garantir une haute qualité de vie pour tous les Israéliens », anticipe, optimiste, Alvaro Pereira, chef économiste. Autrement dit, si le besoin urgent de compétences numériques ouvre la voie vers de nouveaux emplois à tous les Israéliens, le miracle de l'intégration par la tech est-il possible ? Dans un pays en proie aux conflits, la tech peut-elle devenir l'arme d'inclusion massive par excellence ? D'autant qu'en Israël, où l'on célèbre les succès, on ne voit pas dans l'arrivée de l'Intelligence artificielle un destructeur d'emplois, comme en France, mais un vecteur d'opportunités.

Pour l'heure, la tâche s'annonce toutefois particulièrement longue et complexe. À ce jour, seulement 14.500 Hiérosolymites [habitants de Jérusalem, Ndlr] sont employés dans la tech, sur un total de 270.000 emplois dans le secteur, essentiellement basés à Tel-Aviv. Jérusalem ne fournit qu'un peu plus de 5% de compétences numériques à l'économie nationale. C'est largement insuffisant, pour l'Israel Innovation Authority, chargée de distribuer les subventions et allègements fiscaux pour les entreprises innovantes. Elle compte bien y remédier avec l'objectif fixé de 500.000 travailleurs dans la tech d'ici dix ans, soit l'équivalent des salariés du numérique de l'Île-de-France. Sauf qu'Israël ne compte que 8,5 millions d'habitants...

Pour atteindre son objectif, Jérusalem doit mener une véritable évangélisation pour intégrer de nouveaux talents issus des « minorités » dans son écosystème bourgeonnant. Elle doit aussi le faire dans une ville où juifs et musulmans s'évitent soigneusement et où les premiers sont terrifiés à la simple idée de marcher dans la partie Est, arabe. Un serpent qui se mord la queue : les inégalités socio-économiques ne sont pas près de s'inverser.

Arabes et haredim vivent aussi loin des locomotives du progrès que sont Tel-Aviv et bientôt Jérusalem.

«Ils ont leurs propres écoles, vivent dans d'autres villes, et ne font pas leur service militaire» (de deux ans obligatoires minimum en Israël), souligne l'étude de l'OCDE. De l'autre côté, «lorsqu'ils le peuvent, les Arabes israéliens formés acceptent des postes en Jordanie, en Arabie Saoudite et même en Europe. Cette fuite des cerveaux est réelle», explique Rachel Wagner Rosenzweig de Made in Jerusalem.

L'impulsion vient du privé

Pour les populations arabes, les femmes surtout, rejoindre Jérusalem n'est pas chose aisée. « Israël souffre d'un important déficit d'infrastructures », note l'OCDE. À l'Est où dans les villes voisines, les voies d'accès à l'emploi sont rares et la perspective d'un meilleur niveau de vie lointaine.

«Notre salaire moyen est de 37 000 dollars annuel, mais à une heure des centres-villes, il peut tomber à 27 000», explique Erel Margalit, le président fondateur de JVP, l'un des principaux incubateurs et fonds d'investissement à Jérusalem.

Sur le papier, il n'est donc pas certain que la tech puisse irriguer de telles tranchées culturelles et accélérer le processus d'intégration.

«On ne peut comprendre la complexité du Moyen-Orient tant qu'on n'y vit pas, tout comme personne ne peut prédire si l'avenir sera fait de paix», observe Tal Rabina, consultant israélien spécialisé dans les relations entre l'Europe et Israël. Dans les sphères politiques, les Israéliens eux-mêmes se déchirent sur le sujet de l'intégration. Sur la tech comme moteur d'inclusion, «les partis de gauche diraient qu'en donnant plus aux Palestiniens, il y aura de l'espoir. La droite leur répondrait que nous n'aurons rien en retour de ces efforts», poursuit Tal Rabina.

La Israel Innovation Authority, créée en 2016, assure « faire tout son possible » pour intégrer les « femmes, les Arabes, les haredim ou les travailleurs âgés ». Mais cette intégration d'employés qualifiés doit se faire à l'aune des caps fixés par l'autorité publique que sont « l'IA, la voiture autonome » et l'attractivité auprès « des centres R&D des multinationales ». D'autres aides à la création et au développement peuvent également provenir du ministère de l'Absorption des Immigrants, mais elles sont destinées aux juifs s'installant en Israël.

Aussi, la route de la tech sainte s'écrit moins par l'action politique que par des initiatives privées, dont certaines reçoivent d'ailleurs le soutien de l'État. C'est à Nazareth que le mélange est plus visible, avec notamment l'ONG arabo-juive Tsofen soutenue par des privés, par l'UE et par l'État israélien. La ville, située au nord, en Galilée, a même dépêché l'armée et la prestigieuse unité d'élite « 8200 », en collaboration avec le ministère de l'Économie, pour s'associer au Nazareth Business Incubator Center, qui accompagne les entrepreneurs arabes israéliens.

Côté privé, en 2016, c'est aussi Citibank qui finance un programme pour promouvoir l'entrepreneuriat social auprès des populations arabes à Haïfa et à Jaffa, avec Presentense, un accélérateur « à but non lucratif » basé à Jérusalem. Mais ce type de soutien n'est pas sans risque pour les Arabes. Lors de la création du hub « Jest » (Jerusalem entrepreneurs society and technology) à Jérusalem, ses deux fondateurs arabes israéliens auraient reçu des pressions de la part de leaders palestiniens pour fermer ce lieu financé en partie par l'ennemi juré.

Du coté des juifs ultra-orthodoxes, dont la majeure partie refuse de faire son service militaire, il est tout aussi difficile d'aller dénicher de futurs développeurs de licornes, ou les futurs cyber-agents que Tsahal, l'armée nationale, affectionne tant. Avant de pouvoir leur parler de code informatique, il faut leur enseigner « comment se servir de Gmail », « comment se servir d'un ordinateur », « comment faire son CV », sans compter les cours d'anglais. C'est la mission que s'est fixée le centre Kivun à Jérusalem, qui revendique 7000 jeunes déjà placés en entreprises. Situé au même étage que l'incubateur Bizmax pour les haredim, Kivun surprend par ses salles de classe atypiques, où des rangées de « tsitsit » (les tresses que portent les hommes à la taille) et de « payess harosh » (les « papillottes »), en noir et blanc, font face aux écrans d'ordinateur. À ce jour, seuls 17% des haredim s'inscrivent à des cours et à des formations, selon un rapport de The Israel Democracy Institute de 2016.

Chez les femmes, la part monte à 30%. Car, de plus en plus, elles trouvent un bon équilibre entre le fait d'exercer des tâches informatiques et leur rôle de mère de famille.

Pour augmenter la force de travail numérique, l'État n'oublie pas non plus de convertir à la tech les 44 % de juifs « modernes », séculaires et laïcs (parmi 75 % de juifs) et les 2 % de chrétiens que compte le pays. Pour eux, il a par exemple mis en place dès 2013, avec l'Armée de défense d'Israël (IDF), le programme Magshimm Leumit, qui a déjà formé 1 000 lycéens aux algorithmes et à la cybersécurité, pendant trois ans, deux après-midi par semaine. Objectif : recruter les ingénieurs et soldats de demain.

L'art de l'entraide

Si les quartiers de Jérusalem ne communiquent guère entre eux, avec la tech, l'idée est surtout de les décloisonner. Depuis 2004, l'association Meet réunit ainsi les jeunes entrepreneurs israéliens et palestiniens sur des jeunes pousses qui « résolvent les problèmes du monde réel ». Du reste, culturellement, la tech commence aussi à porter des fruits. Côté israélien, la maturité de la startup nation et de ses multiples « exits » (sorties en capital) fait que l'on commence à chercher du sens dans ce que l'on entreprend. D'autant qu'à Jérusalem plus qu'ailleurs, on cultive l'art du « Firgun » (de l'hébreu qui signifie « entraide » ou « bienveillance »). «

C'est donner un compliment sans rien n'attendre en retour», explique un entrepreneur, par opposition à la voisine Tel-Aviv «où l'on demande quelles sont les dernières performances réalisées».

« Une société qui laisse des gens au bord de la route n'a pas de sens, et j'ai besoin de sens », affirme Erel Margalit, acteur central de l'écosystème avec son fonds d'investissement JVP. À cheval entre le modèle du VC [venture capital : capital risque, ndlr] et celui de l'accélérateur depuis sa création en 1993, le fonds ne craint pas la contradiction, entre son bilan de « 1 milliard de dollars levés, son 1,2 milliard de valeurs générées, ses 12 IPO [Initial public offering : introduction en Bourse, ndlr] cotées au Nasdaq », mais aussi ses investissements dans la cybersécurité dans le sud du pays, et son engagement pour le projet « Eco Peace » de distribution d'eau « équitable, sur la rivière Jourdain ». Tout en assurant « chercher les meilleurs retours sur investissement », le fondateur s'enflamme :

«L'innovation apporte la coexistence.»

Religions en réalité virtuelle

Quitte à s'en servir comme d'un outil de stratégie géopolitique : « l'innovation est la langue de la diplomatie », poursuit Erel Margalit qui a serré les mains de Nicolas Sarkozy et d'Emmanuel Macron. Il se murmure d'ailleurs qu'il préparerait une future carrière à la Knesset.

«Oui la tech permet de cohabiter et d'intégrer les minorités, mais c'est d'abord le business», souffle Kfir Alon,business development analystau sein de l'ONG lancée en 2013 par Erel Margalit pour «étendre la startup nation à tous les secteurs et toutes les régions du pays».

Israël creuse les sillons de l'innovation, mais en suivant d'abord le courant.

Aujourd'hui, à Jérusalem, la seule façon de vivre la Pâque juive dans la ville sainte quand on est musulman, ou de partager le ramadan près de la mosquée d'Al-Aqsa en étant juif, c'est la réalité virtuelle. Celle que propose la société de production israélienne Blimey. tv, hébergée au Tower of David Innovation Lab (ToD). Situé à la porte de Jaffa, cet incubateur a ouvert fin 2017 au coeur du musée de la vieille ville pour stimuler les jeunes pousses de la réalité virtuelle (VR), de la réalité augmentée (AR) et de la réalité mixte (MR) [qui mélange le réel et le virtuel, Ndlr].

«La ville est devenue inaccessible dans certains endroits pour les trois religions», explique Nimrot Shanit, le directeur de Blimey. La startup veut donc offrir la possibilité de «voir la ville du point de vue musulman, de suivre le "Feu sacré" des orthodoxes russes, etc.», le tout grâce à un casque de réalité virtuelle que l'on passe « àla maison».

Dans ce musée-incubateur où se côtoient la pierre calcaire millénaire de Jérusalem et les amplificateurs wi-fi pour franchir les murs, on est unanime : « La réalité virtuelle est un langage pour le xxie siècle. » Si le mot « paix » reste imprononçable dans les rues de Jérusalem, où on lui préfère « coexistence », il y a bien l'espoir que la tech devienne un jour une langue commune. Celle qui servira à écrire la nouvelle histoire partagée.

_____

Startup à Jérusalem : l'impossible conquête de l'Est ?

En 2017, Jérusalem revendique 600 startups, 18 fonds de capital-risque, 12 accélérateurs tech, selon les chiffres communiqués par le ministère.

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La carte ci-dessous a été réalisée par l'organisation Made in Jerusalem. Elle montre que la plupart de ces structures se trouvent à l'Ouest, contre un seul accélérateur à l'Est, côté arabe. De même, près de 90 % des startups sont localisées côté Ouest. Aucun fonds d'investissement n'est recensé à l'Est.

Jeanne Dussueil

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