Agé de 31 ans à peine, Cyril Paglino a déjà eu plusieurs vies. Celle d'un sportif professionnel, tout d'abord. Passionné de danse et de hip-hop, ce natif du Mans a été trois fois champion de France de break-dance de 2006 à 2008, et vice-champion du monde en 2007, avec son groupe Legiteam Obstruxion. Celle de star de la télé-réalité, ensuite. En 2008, le jeune homme s'est hissé jusqu'à la finale de l'émission de TF1 Secret Story. Celle d'entrepreneur, surtout, sa « vraie passion ». Depuis 2010, Cyril Paglino a fondé et revendu plusieurs entreprises, notamment l'agence de communication digitale Wizee. « Mon credo, c'est d'y aller à fond, d'être ambitieux et de faire les choses qui me font vibrer », raconte l'entrepreneur insomniaque au débit mitraillette.
Sa dernière passion ? Tribe, un service d'appels vidéos à plusieurs et entre amis, conçu pour les usages mobiles en priorité, qui sert également de plateforme de jeux en groupe.
Concrètement, Tribe permet à huit personnes au maximum de communiquer en même temps, où qu'elles se trouvent dans le monde, gratuitement et par vidéo, avec une qualité d'image et de son optimale. Multicanale, la plateforme se décline sur iOS, Android et également sur PC et tablette. Il n'est pas nécessaire de télécharger l'application pour l'utiliser, puisque le partage d'un simple lien qu'on peut s'envoyer par SMS, tchat ou courriel, suffit pour lancer ou rejoindre un appel en visioconférence.
Techniquement, ce "Facetime pour groupe" a été rendu possible par l'acquisition de la startup française Nomadcast, qui a mis au point une technologie concurrente de celle de Periscope dans la vidéo "live".
La cible de Tribe est très claire : les Millennials. Autrement dit, la génération qui a grandi avec le mobile, qui consomme énormément de vidéos (et de plus en plus), et à qui Skype, la référence grand public pour les appels vidéo en ligne, parle peu.
D'après Cyril Paglino, 90% des 500.000 utilisateurs actifs mensuels de Tribe ont moins de 25 ans. L'appli cartonne surtout auprès des 13-18 ans. Cette cible correspond aussi aux fans de Snapchat, un autre réseau social qui a réussi à ringardiser Facebook auprès des plus jeunes grâce à un esprit "cool" et des fonctionnalités inédites. Tribe revendique la référence et ambitionne aussi de créer une nouvelle habitude chez cette population que s'arrachent les marques.
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Quelques mois après son lancement en version beta, en 2016, Tribe a levé 3 millions de dollars. Pas auprès de n'importe qui : le fonds qui a mené l'opération n'est ni plus ni moins que Sequoia Capital, l'un des plus grands VC américains. La firme, qui fait rêver tous les entrepreneurs de la Silicon Valley, est connue, entre autres, pour avoir "flairé" à leurs débuts des futurs géants de la tech comme Apple, Google ou encore Airbnb.
Depuis, Tribe n'a cessé de "pivoter" pour adapter son offre aux usages des Millennials. Au début "asynchrone" (les messages vidéos pouvaient êtres lus plus tard par le destinataire), l'appli a basculé dans le 100% live pour devenir une véritable plateforme de discussion en direct.
Autre exemple : lorsque Cyril Paglino et son équipe de 14 employés se sont rendus compte que leurs utilisateurs finissaient par se lasser de la conversation après une vingtaine de minutes, ils ont commencé à ajouter des fonctionnalités : des filtres "pour apporter du fun", des cartes interactives, et surtout des jeux (arcade, dessin, musique...). Six sont pour l'instant disponibles. Jackpot :
Un peu plus d'an après son lancement, Tribe mise tout sur la viralité. La startup revendique entre 20% et 25% de croissance organique par mois, et espère passer à 50% d'ici à la fin de l'automne. Son objectif : devenir incontournable auprès des Millennials. Pour cela, Tribe entretient soigneusement son image "cool" et branchée. La référence est encore une fois Snapchat, que Cyril Paglino considère comme la "première marque pop culture".
Encore confidentielle, Tribe a néanmoins réussi quelques jolis coups. Rihanna et Taylor Swift, icônes des ados, ou encore le footballeur Paul Pogba, font partie de ses ambassadeurs. La startup mise aussi sur un design moderne et soigné pour ringardiser définitivement Skype (qui appartient à Microsoft), WhatsApp et Messenger (propriété de Facebook) ainsi que Periscope (Twitter) et ainsi se faire une place dans l'univers très concurrentiel des réseaux sociaux.
Dans cette optique, dégager des revenus n'est donc pas la priorité de Cyril Paglino. La startup n'envisage pas faire payer son service, mais éventuellement de monétiser ses jeux en créant un magasin applicatif. Tribe ne se ferme pas non plus la porte du marché professionnel. "Sans aucun effort de marketing", 8% des utilisateurs de Tribe seraient des personnes de plus de 30 ans utilisant l'application dans le cadre du travail pour organiser des conférences de groupe.
Pour l'heure, Tribe est en avance d'un point de vue technologique et performe sur sa cible des Millennials. Mais il ne fait aucun doute que les concurrents, notamment Apple avec Facetime, et Google avec ses smartphones Android, vont rapidement se mettre au niveau, voire, pourquoi pas, intégrer nativement dans leurs smartphones une fonction d'appels vidéo de groupe.
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Tribe est donc engagée dans une course contre la montre. La startup doit croître très vite pour devenir incontournable, afin de pouvoir se faire racheter à prix d'or par un "gros", c'est-à-dire un géant du Net comme Apple, Google, Facebook, Microsoft ou Twitter. Cyril Paglino ne s'en cache pas.
Qui poursuit :
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