La "slow economy" : apprendre à ralentir pour durer

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Yoga et méditation envahissent même le monde de l'entreprise.
Yoga et méditation envahissent même le monde de l'entreprise. (Crédits : Pixabay / CC)
Les mouvements "slow" se multiplient : "slow food", "slow economy", "slow management", "slow tech", "slow money". Leur objectif : ralentir dans un monde où les technologies nous poussent à aller toujours plus vite, dans la sphère privée comme dans la sphère professionnelle.

Dans une société où les nouveaux héros sont de jeunes créateurs de startups capables de lever des millions d'euros avant de passer leur permis de conduire, où Google n'a que 20 ans et Airbnb 10 ans, dans un monde où le numérique nous pousse à consommer l'information à toute allure, où l'obsolescence des produits et des hommes (à 45 ans, on est déjà un senior) s'accélère, la lenteur est une valeur qui revient à la mode. Et si la solution pour un monde durable était de ralentir ?

Première manifestation de cette tendance, la "slow food" a été popularisée en Italie en 1986 par Carlo Petrini, critique gastronomique italien, qui voulait trouver une alternative aux fast-foods.

Son concept : revenir à une agriculture moins intensive, dans le respect des sols et des cycles naturels, des écosystèmes et de la biodiversité locale.

Chaque étape de la chaîne agro-industrielle, y compris la consommation, doit protéger l'écosystème et la biodiversité en sauvegardant la santé du consommateur et du producteur. Le mouvement symbolisé par un escargot a essaimé dans le monde entier, compte 100.000 adhérents et 1 million de supporteurs dans 160 pays.

Slow Food a lancé en 2014 Terra Madre, un réseau international de communautés alimentaires, des groupes de producteurs artisanaux unis par la production d'un aliment particulier et étroitement lié à une zone géographique. Le réseau réunit des producteurs d'aliments, des pêcheurs, des éleveurs, des cuisiniers, des universitaires, des jeunes, des ONG et des représentants de communautés locales qui travaillent pour établir un système de nourriture « bon, propre et juste ».

Produire et consommer local (ou locavorisme) est un des principes de l'économie circulaire qui permet d'éviter l'importation de produits du bout du monde, très mauvaise pour l'empreinte carbone, et de réduire l'agriculture intensive tournée vers l'export. La vogue actuelle des circuits de distribution alimentaire alternatifs illustre également cette volonté de se rapprocher de centres de production. Amap (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne), jardins partagés, ventes directes, avec des sites comme monproducteur.com, etiktable.fr, acheteralasource.com ou bienvenue-a-la-ferme.com, ou des circuits alternatifs comme la Ruche qui dit oui !, qui propose de faire ses courses via son site Web auprès de producteurs locaux dans un rayon de 200 km autour du point de vente... ces initiatives séduisent de plus en plus.

La permaculture, à la fois production agricole durable et économe en énergie et philosophie de vie où animaux, insectes, êtres humains, plantes et micro-organismes vivent en harmonie, et l'aquaponie, symbiose entre végétaux, poissons et bactéries dans laquelle les déjections des poissons d'un aquarium nourrissent les plantes et légumes, sont deux concepts qui commencent à émerger.

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Slow food, économie circulaire

[Lancé en Italie en 1986 par Carlo Petrini, le mouvement Slow Food compte aujourd'hui 100.000 adhérents et un million de supporteurs dans 160 pays.]

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"Slow tech" et "low tech", deux moyens de déconnecter

La "slow tech", elle, s'attaque à cette hyper connectivité qui nous pousse à regarder notre smartphone 26 fois par jour (50 fois pour les plus jeunes, source Deloitte) et qui a engendré le syndrome Fomo (de l'anglais "fear of missing out" ou peur de louper une information importante), d'où les chaînes d'information continue allumées en permanence dans les cafés ou la salle d'attente du médecin.

Son but : cesser d'être esclave des technologies pour réapprendre à dialoguer et à vivre ensemble.

Sa variante "low tech" est l'anti-thèse de la high-tech, qui nous fait changer de téléphone portable tous les six mois et acheter en précommande le dernier assistant vocal d'Amazon ou d'Apple.

La "low tech" propose de revenir à des technologies moins gourmandes, plus simples, peu coûteuses, qui peuvent être fabriquées avec des ressources locales.

Par exemple, produire soi-même son électricité grâce à des éoliennes artisanales. Le Low-tech Lab (lowtechlab.org) est un projet de recherche et de documentation collaborative visant à diffuser et à promouvoir les low technologies, composé d'une plateforme collaborative et d'une communauté. Dans la Creuse, Pierre Chappert, ingénieur thermicien de formation, va bientôt boucler son projet de maison complètement autonome, qui ne sera pas reliée aux réseaux d'eau et d'électricité et produira sa propre chaleur et bientôt son propre gaz.

À Biras en Dordogne, l'earthship (géonef, en français) du journaliste Benjamin Adler et de sa compagne, Pauline Massart, doit être inauguré en août. Le premier earthship a été construit par Michael Reynolds dans le désert de Taos au Nouveau-Mexique. Le principe est d'employer les énergies solaires, éoliennes et géothermiques afin de maximiser l'utilisation des eaux de pluie. Les géonefs se servent aussi de matériaux de réutilisation, comme les pneus, les canettes en aluminium, les bouteilles en verre et les boîtes de conserve. Objectif : l'autosuffisance.

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Le temps, nouvelle unité monétaire ?

Même l'univers productiviste de l'entreprise commence à être gagné par ce retour à la lenteur. La dernière tendance du management, c'est le "slow management" : prendre le temps d'écouter, de dialoguer et de construire avec ses collaborateurs, éviter la gestion de l'hyper-productivité, laisser au travail le temps d'être bien fait.

Les Chief Happiness Officers (responsables du bien-être) se multiplient, les séances de yoga et de méditation envahissent les open spaces.

De nombreuses études récentes montrent qu'un travailleur qui prend son temps est au final plus efficace.

Le mouvement slow made, lancé en France le 22 novembre 2012 et soutenu par le Mobilier national et l'Institut national des métiers d'art, vise lui à fédérer le secteur de la création autour d'une charte composée de six valeurs : la recherche, le geste, la pratique, la transmission, l'appropriation et le prix juste. Le "slow made" oppose au modèle de consommation du tout jetable un modèle durable visant à produire moins et mieux : face à l'obsolescence programmée des objets, le mouvement propose de soutenir une pérennité programmée.

Même le monde de la finance, pilotée pourtant par des robots traders qui échangent biens et services en quelques millisecondes, se met au slow avec la "slow money". Ce mouvement né aux États-Unis en 2009, à la suite de la publication du livre de Woody Tasch "Enquêtes sur la nature de l'argent lent : investir comme si la nourriture, l'agriculture et la fertilité étaient importantes", consiste à financer de petites entreprises locales qui produisent une nourriture de qualité. Le slow money a pour vocation d'aider les petits producteurs agricoles spécialisés dans le bio et l'agro-écologie et de financer leur développement quand les banques font défaut.

Dans le film de science-fiction Time Out d'Andrew Niccol, le temps est la nouvelle unité monétaire mondiale pour payer ses factures, ses denrées alimentaires ou ses biens de consommation. L'être humain génétiquement modifié ne peut plus vieillir après l'âge de 25 ans. Ensuite, un compteur intégré à l'avant-bras de chacun, crédité d'une année, se met en marche : s'il tombe à zéro, l'individu meurt. Le compteur des riches affiche des milliers d'années, celui des pauvres, quelques semaines. Pour éviter d'en arriver là, peut-être devrait-on réfléchir rapidement aux bienfaits d'une existence plus "slow".

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Commentaires
a écrit le 22/08/2018 à 9:02 :
J'ai pas l'temps, j'ai rien a faire! Y a toujours quelques chose a faire! Seulement nous n'avons pas tous les memes capacites physiques et ressources et surtout l'envie malheureusement. Il faut souvent se botter le cul soit meme et c'est pas toujours evident a faire. lol
a écrit le 21/08/2018 à 14:00 :
Depuis que j'ai abandonné l'automobile et le portable, c'est les autres qui courent pour moi!
a écrit le 21/08/2018 à 12:51 :
"La "slow economy" : apprendre à ralentir pour durer. Certes, mais durer pour faire quoi? Finir ses jours dans une maison de retraite et devenir la ressource d'un fonds de pension américain (un comble), d'un fonds souverain...contribuant ainsi à faire perdurer un système économique destructif, inégalitaire, oppressif et inévitablement répressif.
S'il faut ralentir, c'est d'abord pour vivre mieux le temps présent, avant de penser à la durée. Il faut malheureusement atteindre un certain âge, et la sagesse qui va généralement avec pour en saisir toute l'importance.
a écrit le 21/08/2018 à 9:47 :
Ce serait parfait si on commençait déjà à supprimer tous ces termes anglo-saxons que vous utilisez comme si la langue française n'était pas assez riche. Ca m'écoeure.

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