La startup de la semaine : Skopai, l'encyclopédie des startups pour aiguiller les grands groupes

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Skopai compte plus de 100.000 startups et PME innovantes dans sa base de données.
Skopai compte plus de 100.000 startups et PME innovantes dans sa base de données. (Crédits : Skopai)
Toutes les semaines, La Tribune braque les projecteurs sur une pépite méconnue de la French Tech. Cette semaine, Skopai, dont le logiciel arpente le web à la recherche d'informations sur les startups. Grâce à une base de données de 100.000 startups, la jeune pousse offre ses analyses à des grandes entreprises pour leur veille concurrentielle et faciliter leurs acquisitions de technologies.

Et s'il existait une encyclopédie des startups ? C'est en tout cas l'ambition de Skopai. Son logiciel ratisse le web à la recherche de toute information pertinente sur les jeunes entreprises technologiques. Une fois qu'il a extrait les données, il les compile et les organise pour tirer un portrait de chaque startup, le plus complet possible. L'objectif : faire économiser du temps de prospection aux entreprises qui s'intéressent aux jeunes pousses de leur secteur. Créée par trois anciens professionnels du transfert de technologie en 2017, Skopai veut s'imposer comme le conseiller référent sur les startups, grâce à ses analyses et à son catalogue de 100.000 entreprises.

Analyse des forces et faiblesses d'une startup par rapport à ses concurrents

"On récupère les données sur la fondation de la startup, ses ambitions, ses produits, son modèle économique, ses clients, ses récompenses..", commence à énumérer Agnès Guerraz, cofondatrice de Skopai.

Le logiciel de Skopai va chercher des dizaines d'indicateurs pour évaluer les performances des startups. Il vise en priorité les deep tech, ces startups qui créent des innovations de rupture, par exemple dans la biotech ou l'informatique quantique. Grâce à un algorithme d'apprentissage machine fait maison, le logiciel extrait des données pertinentes à partir de textes en ligne, puis génère un rapport. Dans un second temps, il s'appuie sur ces portraits-robots de startups pour développer différentes analyses. Par exemple, il évalue la maturité des jeunes pousses, et émet des prédictions sur leur évolution. Skopai peut aussi comparer une entreprise au reste de sa base, et indiquer ses forces et faiblesses par rapport à ses concurrentes.

La base de données se met à jour en temps réel. Mais elle n'est pas encore exhaustive, et la startup l'actualise en fonction des demandes de ses clients. Ces ajustements peuvent être faits à la main par ses quelques experts sectoriels.

"Nos experts sont en appui de l'algorithme : ils surveillent la qualité du contenu, et augmentent la richesse des données", précise la co-fondatrice.

Des précautions légales pour le "scraping"

Pour utiliser son logiciel, Skopai doit se plier à certaines contraintes. Le scraping - le fait d'extraire les données d'une page web - se confronte à des restrictions à la fois dans le droit pénal, dans le droit de la concurrence et dans celui de la propriété intellectuelle. Et ce terrain légal continue d'évoluer. Puisque le service de la startup repose presque entièrement sur cette technique, ses dirigeants ont pris des précautions. Skopai travaille notamment avec Théodore Christakis, professeur de droit et directeur adjoint de l'institut de recherche interdisciplinaire Grenoble Alpes Data Institute.

"A l'intérieur du laboratoire commun avec le LIG, nous avons établi des règles que tous les développeurs et experts suivent. Le processus est vérifié et régulé en interne, par des juristes spécialisés dans le droit des données", rassure Agnès Guerraz.

Par exemple, le logiciel ne peut pas s'aventurer sur certains sites à cause de leurs conditions d'utilisations. Plus généralement, il ne peut extraire des informations touchant à l'identité morale d'un concurrent, et ne peut conserver des données privées.

Grand marché, mais encore peu de clients

"C'est compliqué pour les grandes entreprises de comprendre les startups. Pour qu'une relation avec l'une d'entre elle se mette en place, il faut un niveau de confiance suffisant. Et pour ça, il faut dépasser l'appréhension du risque, très élevée", développe l'entrepreneuse.

Ces difficultés, les cofondateurs de Skopai en ont conscience, puisqu'ils ont vécu de l'autre côté du prisme. Agnès Guerraz et Bruno Sportisse - aujourd'hui président directeur général de l'Inria - ont tout deux occupé des postes dans le management de l'innovation, que ce soit dans le privé comme dans le public. Le troisième co-fondateur, Eric Gaussier, est aujourd'hui directeur du laboratoire d'informatique de Grenoble (LIG). Il a développé l'algorithme de la startup avec Agnès Guerraz, pendant plus de six ans. "Nous avons créée une méthodologie pour notre savoir-faire, que nous avons retranscrit dans notre algorithme", précise-t-elle. Une partie du logiciel est donc licencié à l'université, et la startup dispose d'un partenariat de laboratoire commun, qui réunit trois data-scientists de Skopai et quatre du LIG.

La startup identifié trois types de clients : les banques, les grands groupes et les ETI. A son lancement en 2017, elle comptait déjà un client de chaque catégorie.

"Tout le monde veut travailler avec les startups, et les entreprises déploient beaucoup d'énergie pour évaluer leur secteur. C'est ici qu'on intervient, pour leur faire gagner du temps."

Aujourd'hui, Skopai vend ses services à une trentaine d'entreprises, dont les Instituts Européen d'Innovation et de Technologie (EIT) spécialisés dans le numérique et la santé, ou encore l'entreprise de produit de santé Thuasne (pour laquelle Agnès Guerraz et Bruno Sportisse ont travaillé). Côté public, la startup participe au projet de chaire sur la reconnaissance faciale de l'institut interdisciplinaire d'IA de Grenoble. Elle va faire remonter aux chercheurs les startups conscientes des problématiques pour mobiliser leur expertise sur les problèmes éthiques.

Désormais, Skopai travaille sur son développement commercial, en France, en Europe et même en Asie. Sa cofondatrice évoque une possible levée de fonds pour 2020 pour renforcer son équipe commerciale, aujourd'hui composée de trois salariés (sur les quatorze de la structure).

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Commentaires
a écrit le 13/09/2019 à 11:47 :
C'est bien de s'intéresser au start-ups high tech.
Mais attention, les high tech/deep tech ne se limitent pas au domaine du numérique.

Les nanotechnologies et les materiaux avancés à exploiter pour quasiment tous les domaines industriels ont généré au niveau mondial un chiffre d'affaire de plus de cent milliards $ alors que ce secteur était encore insignifiant il y dix à quinze ans et ne présentait alors que peu d'intérêt d'un point de vue scientifique, industriel et financier.

Toutefois les études marketing plus récentes prédisent pour les nanotechnologies une importance économique encore plus grande que pour le numérique.

Quand donc cessera -t-on de mettre sur un piédestal le numérique qui peut présenter également beaucoup d'inconvénients et qui peut être source de grands revers et de grande précarité et d'oublier que d'autres secteurs d'importance stratégique comme les nanotechnologies et les materiaux avancés présentent un nouveau potentiel plus grand et une dynamique de croissance beaucoup plus grande.

Peut-on une fois de plus encore commencer à agir quand il sera trop tard et que les meilleures places soient occupés par d'autres?

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