TransPod : l'Hyperloop du village de Droux tiendra-t-il toutes ses promesses ?

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Vision à l'intérieur d'un tube du TransPod
Vision à l'intérieur d'un tube du TransPod (Crédits : DR)
La startup TransPod qui travaille au développement de la technologie hyperloop, compte installer dans le village de Droux près de Limoge une expérimentation grandeur nature de ses navettes pour le printemps 2019. Loin de l'enthousiasme que peut susciter le potentiel de ces mobilités trans-urbaines, n'est-il pas trop tard pour cette expérimentation face aux autres projets déjà en place ?

La jeune pousse canadienne cherche à développer un cinquième mode de transport - à partir du concept mobility hyperloop - une alternative aux moyens existants relativement coûteux, lents et nuisibles pour l'environnement. Elle déposera demain vendredi 10 août une demande de permis de construire auprès de la préfecture de la Haute-Vienne, pour implanter un test grand nature de son véhicule pré-hypersonique, le TransPod.

En entretien avec Frédéric Arnould, journaliste de la Radio télévision canadienne, Sébastien Gendron, ancien ingénieur chez Airbus et Bombardier, et cofondateur de l'entreprise basé à Toronto, explique que faute d'investissement des autorités canadiennes, l'entreprise cherche à expérimenter son projet en France.
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Présentation du projet par l'entrepreneur français en avril 2018
au Forum de l'Innovation aérospatiale de Montréal.

En 2017, Sébastien Gendron avait présenté lors du Paris Air Forum
organisé par (La Tribune) son projet TransPod

L'objectif : démontrer que la construction d'un système de type hyperloop coûtera 30% de moins que le coût d'une ligne ferroviaire à grande vitesse pour un corridor donné. Pour le Pdg, "il est clair que les gouvernements sont désormais réticents à l'idée de s'engager dans des investissements coûteux. Pour autant, l'Europe peut, avec Transpod, garder un temps d'avance technologique au même titre qu'il y a 30 ans avec le TGV."

"Les futurs corridors pourront être financés sur la base de modèles de partenariat public-privé où le secteur privé prendra en charge la majeure partie des coûts. Nous avons de nombreuses discussions en cours avec des investisseurs et des groupes privés."

Lire aussi : Hyperloop : Sébastien Gendron co-founder et CEO de TransPod invité de The Village

Une aide des pouvoirs locaux

Si Transpod a choisi le village de Droux et ses 400 habitants, à une cinquantaine de kilomètre au nord de la ville de Limoges (centre-ouest de la France), c'est parce que l'entreprise a été démarchée par un groupe d'entrepreneurs et d'élus locaux, réunis en association fin 2017 pour faire éclore "un projet innovant et capable de braquer les projecteurs du monde entier sur notre région", se réjouit Vincent Léonie, premier adjoint au maire de Limoges et vice-président de la Communauté d'agglomération Limoges Métropole.

Conquis également, le préfet du département, Raphaël Le Méhauté, pense que "l'État doit, dans ce dossier, être un facilitateur, car, qu'il s'agisse ou pas du transport du futur, l'hypothèse d'un centre de recherche d'une telle portée ne peut être que bénéfique pour l'image de ce territoire et le dynamisme de son université".

Cette piste doit permettre "de tester en conditions réelles, à échelle un demi, la technologie hyperloop développée par Transpod", explique M. Gendron.

Hyperloop One et Hyperloop TT présents aussi en Europe

Plus avancés, des projets similaires existent aux Etats-Unis, en Inde, en Arabie saoudite. Dans cette course mondiale, le Canadien fait figure d'outsider à côté des milliardaires Elon Musk et Richard Branson à la tête de Virgin Hyperloop One ou de l'Américain Dirk Ahlborn à celle d'Hyperloop Transportation Technologies (Hyperloop TT), qui a installé un centre de recherche à Toulouse (sud-ouest de la France).

Comme le révélait La Tribune dès le 26 mars dernier, le conseil de Toulouse Métropole a examiné mi-avril une délibération portant sur un bail à construction conclu entre la société HTT, l'État et la Métropole. Le terrain est mis à disposition pour 600.000 euros en vue de "la reconversion de l'ancien mess des sous-officiers de 2.560 m2 de Francazal en un centre de recherche et développement ainsi que d'une partie de la voie royale, qui dessert l'ensemble du site et accueillera les pylônes supportant le tube de la piste d'essais".

Dirk Ahlborn, PDG d'Hyperloop TT,

Dirk Ahlborn, PDG d'Hyperloop TT, explique dans une interview exclusive à la Tribune le projet qui sera mené sur le site de Francazal. (Crédits : Hyperloop TT // Pierrick Merlet)

Dans un entretien exclusif pour La Tribune Toulouse, Dirk Ahlborn, PDG de Hyperloop TT précise que "les tubes de Francazal vont servir à la construction dès cette année d'une première piste de 320 mètres de long au sol et qu'une deuxième d'un kilomètre de long sur des pylônes à 5,8 mètres de hauteur entrera en service courant 2019"

Lire aussi : Hyperloop TT à Toulouse : "Nous annoncerons la première ligne commerciale dans six mois"

Lire aussi : Opération séduction pour Bibop Gresta, le cofondateur d'Hyperloop TT à Toulouse

 Hyperloop One et son centre de recherche en Espagne

Quand à Virgin Hyperloop One, la startup a conclu un accord avec le gestionnaire du réseau ferroviaire espagnol Adif pour construire un centre de recherche d'une valeur de plus 430 millions d'euros en Espagne, le premier en Europe, ont annoncé les deux sociétés mardi dernier. Le bâtiment de 19.000 m², qui devrait ouvrir d'ici 2020 dans le petit village de Bobadilla dans la province de Malaga, au sud de l'Espagne, développera et testera des composants liés à la sécurité, a précisé dans un communiqué la société basée à Los Angeles.

"En investissant dans le développement et les essais de Virgin Hyperloop One, l'Espagne poursuit sa longue histoire de terre d'innovation et de leader mondial dans le secteur des transports. Nous nous réjouissons de nouer ce partenariat avec un tel pays en avance sur son temps pour développer la nouvelle génération du transport", se réjouit le patron de Virgin Hyperloop One.

Virgin Hyperloop One recevra 126 millions d'euros d'aide publique via des prêts et des subventions pour construire le nouveau centre, ont indiqué l'Adif et la société américaine. L'Adif ajoute que le centre créera 250 emplois hautement qualifiés, et Virgin Hyperloop One explique qu'il devrait "embaucher entre 250 et 300 salariés très qualifiés en haute technologie".

Malaga est en train de devenir le coeur de la high-tech en Espagne. La province compte 9.000 sociétés dans le secteur des transports et de la logistique, accueille la deuxième plus grande concentration d'entreprises dans l'aéronautique en Espagne, et emploie 20.000 personnes en R&D, selon l'Adif.

TEST HYPERLOOP - Désert du Nevada / Eté 2017
Avant de cliquer, sachez que la vidéo peut provoquer la nausée voire,
chez les personnes concernées et sensibles, une crise d'épilepsie.

 Virgin Hyperloop One a déjà réalisé des tests dans le Nevada, aux Etats-Unis, où son train a déjà atteint la vitesse de 386 km/h, et prévoit trois systèmes de production d'ici 2021. En terme d'investisseurs, nous sommes sur une autre échelle : la SNCF ou le géant américain General Electric (GE Ventures) ont déjà pris des tickets dans Virgin Hyperloop One.

Lire aussi : Hyperloop : la SNCF investit bel et bien dans le projet de train futuriste d'Elon Musk

L'"outsider du Droux"

Mais Sébastien Gendron et son associé, le scientifique Ryan Janzen, sont-ils prêts à relever le défi de l'Hyperloop des autres prétendants à la mobilité supersonique ? En attendant, Sébastien Gendron, dont l'entreprise emploie une vingtaine de personnes à ce jour, principalement au Canada, veut installer dans la commune de Droux une vingtaine de chercheurs et techniciens supplémentaires dont la tâche principale consistera à analyser les données issues des tests en conditions réelles.

Les travaux débuteront cette année, un projet de 21 millions d'euros, à ce jour financé à 100% par des investisseurs privés dans le cadre d'une levée de fonds de plus de 50 millions d'euros conduite par Transpod. La firme canadienne annonce d'ailleurs être en mesure de dévoiler à l'automne l'identité de partenaires industriels français et internationaux de "renom", une affirmation vraisemblable alors que les grands acteurs des transports ne veulent pas être mis à l'écart d'une technologie qui pourrait révolutionner le secteur.

Reste que le projet ne plaît pas à tout le monde : des habitants avaient fait part de leur réticence lors d'une réunion publique le 30 juin dernier, s'inquiétant de la pollution visuelle ou sonore. Et une étude environnementale doit encore avoir lieu.

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COMMENT CA FONCTIONNE UN "HYPERLOOP" ?

Le concept de l'hyperloop consiste à faire flotter, par sustentation magnétique, des capsules dans des tubes à basse pression, pour leur permettre d'évoluer à la vitesse de 1.200 km/h.

L'idée de l'hyperloop a été lancée en 2013 par l'entrepreneur Elon Musk, fondateur du groupe automobile Tesla et de la société aéronautique SpaceX, mais ce concept est aujourd'hui développé par d'autres sociétés sans lien capitalistique avec lui, comme Virgin Hyperloop One, Northeast Maglev ou Hyperloop TT.

La technologie de l'Hyperloop est d'autre part loin d'être mature et on reste un peu sidéré par des annonces d'exploitation commerciale pour 2020. Certes, le MIT de Boston a pris le dossier en mains et un prototype sommaire a « roulé » en mai 2016. Un test à 1.200 km/h est attendu. Mais ensuite, il faudra imaginer le déploiement à une autre échelle, ce qui risque d'apporter son lot de nouveaux défis technologiques.

MIT Hyperloop Unveiling Full Presentation

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Commentaires
a écrit le 19/08/2018 à 12:03 :
comme c'est dans le vide pas de bruit ! Pour la vitesse annoncée .... j'ai de sérieux doutes ! Des combinaisons de pilotes de chasse, pour les virages ? Je propose de prendre M.MUSK comme cobaye ! voir : https://www.lejdd.fr/societe/hyperloop-est-au-mieux-une-chimere-au-pire-une-escroquerie-3735272
a écrit le 19/08/2018 à 11:12 :
tiendra-t-il toutes ses promesses ?... J'en doute !
a écrit le 11/08/2018 à 13:17 :
"Elon Musk" !!! Tu parles Charles ! Il n'était même pas né, qu'on parlait déjà de ce délire (?) technologique. L'infrastructure nécessaire rend l'ensemble extrêmement coûteux (sans parler des oppositions puisqu'on n'a pas été en mesure de faire une LGV Toulouse Paris), et particulièrement vulnérable. Mais bon, si ce projet ne concerne que les finances locales, tant mieux pour nous.
a écrit le 11/08/2018 à 0:55 :
Hyperloop ou Hyperbloop ?
a écrit le 11/08/2018 à 0:50 :
Le prochain Aérotrain ?
a écrit le 11/08/2018 à 0:10 :
Encore un projet comme les aiment tant les français, c-à-d contraire à une quelconque logique économique. Ça ressemble à un remake des grands fiascos tricolores comme le Concorde et l’Aérotrain, Vraisemblablement promis au même triste sort!
Réponse de le 12/08/2018 à 12:34 :
Sauf que le concept de départ de cette espèce de sarbacane sur pilotis n' est pas tricolore; ce qui n'enlève rien d'ailleurs au caractère aléatoire de l'aventure ; mais qui n'ose rien n'a rien.
a écrit le 10/08/2018 à 15:43 :
Y’a pas un s à Limoges?
a écrit le 09/08/2018 à 19:00 :
Foutaises pour gogos
a écrit le 09/08/2018 à 18:12 :
Les français s'en tapent de l'hyperloop.

Ce qu'ils veulent c'est pouvoir aller au travail et et revenir sur des routes qui ne soient pas défoncées et sans que ça leur coute un bras en carburant et en taxes diverses. Bref, inverser la tendance actuelle.

En plus on leur a promis la fin du tout TGV, ils n'ont pas envie qu'on leur en crée de nouveaux types concurrents alors que les lignes existantes ne sont mêmes pas rentables faute de fréquentation.
Réponse de le 10/08/2018 à 13:08 :
Bien dit ! Ils s'en tapent de l'hyperloop à 1200 km/h alors qu'ils n'ont plus le droit de rouler à 90 km/h sur leurs routes secondaires (tandis que les voisins de l'est roulent à bien plus sur 1/3 de leurs routes et les voisins du nord-ouest à 97km/h sur leur routes secondaires. Et oui, tout est relatif !).

Plus sérieusement, le problème est que si jamais ce transport est mis en service un jour, ça va très probablement servir qu'à une infime partie de la population tandis que le reste devra payer les dettes des chemins de fer relégués aux trains de banlieue ou au transport des marchandises, ou au pire au démantèlement du réseau ferré (comme ce qui est en train d'arriver avec le nucléaire) !!
Réponse de le 10/08/2018 à 21:46 :
Qui êtes-vous pour parler au nom de tous les français ?
Qu'avez vous fait de particulièrement utile pour le pays ?
a écrit le 09/08/2018 à 15:05 :
"Quand l’État français sabote le train" https://www.monde-diplomatique.fr/2016/06/DOUMAYROU/55773
a écrit le 09/08/2018 à 13:59 :
La sustentation magnétique est faite comment ? Quand on voit un tube en "verre", y a pas de paroi magnétique, sustentation vs le champ terrestre ? Dans du métal, pourquoi pas mais un aimant de tout pôle N ou S sera attiré. Je vais regarder Wiki, peut-être des infos.
Réponse de le 09/08/2018 à 20:01 :
@photo73


un pole N et S s' attire , mais deux N ou S se repoussent c' est le principe de la sustentation . Après il y a la propultion et le vide que l' on fait dans le conduit....Je pense qu' un simple TGV est moins énergivore,
sachant que la rentabilité est plus que d' actualité .

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