Internet des objets : l'Arcep balaye l'idée d'une régulation trop stricte

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Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, le régulateur des télécoms.
Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, le régulateur des télécoms. (Crédits : Arcep)
Lors d'un séminaire organisé par l'Arcep, le régulateur des télécoms, son président, Sébastien Soriano, a estimé que si la tentation est grande d'édicter une batterie de nouvelles règles pour encadrer l'Internet des objets, il ne faut pas aller trop vite, au risque de brider l'innovation.

Il en est bien conscient: il marche sur des oeufs. Ce lundi, Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, le gendarme des télécoms, a organisé un séminaire sur la régulation de l'Internet des objets (ou IoT pour Internet of Things). Aussi crucial qu'épineux, le sujet fait couler beaucoup d'encre. Depuis quelques temps, la sécurité des objets connectés est très critiquée. Le mois dernier, ceux-ci ont notamment été au coeur d'une violente cyberattaque. Elle a frappé les serveurs de la société Dyn, paralysant une grande partie des services d'acteurs majeurs du Web américain. A l'instar du site du New York Times, de Twitter, de Netflix ou de Reddit.

Dans ce climat, la tentation est grande pour les autorités de régulation d'instaurer au plus vite un cadre réglementaire aussi stricte que possible à l'Internet des objets. Cela permettrait, sur le papier, de se doter d'un plus grand bouclier face aux cyberattaques, tout en protégeant davantage les données personnelles des citoyens. Beaucoup vantent cette approche, et y voient un impératif pour établir une relation de confiance entre les consommateurs et les objets connectés. Ce qui permettrait ainsi de doper la croissance marché. A l'inverse, certains jugent qu'une telle initiative serait nuisible à l'innovation dans ce secteur, estimant qu'un arsenal réglementaire trop lourd plombera et découragera les investissements. Et notamment ceux des startups et des plus petits acteurs, aux moyens limités.

Une démarche "collaborative"

En se gardant bien de minimiser les risques qui pèsent sur la sécurité des objets connectés et l'exploitation des données, Sébastien Soriano se refuse pourtant à imposer d'emblée une régulation trop stricte. Sa ligne? Celle d'une régulation, finalement culottée au regard du contexte, estampillée "pro-innovation". L'idée? Travailler main dans la main avec toutes les institutions amenées à encadrer de près ou de loin l'Internet des objets. Parmi elles, outre l'Arcep, il y a la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), l'Agence nationale des fréquences (ANFR), la Direction générale des entreprises (DGE) ou encore France Stratégie, qui planche sur l'industrie du futur. En multipliant les rencontres entre ces organismes et les acteurs de l'IoT (de la voiture autonome, à la maison intelligente, en passant par l'agriculture connectée), il espère bâtir progressivement une régulation adaptée et solide, mais sans décourager l'investissement. Au yeux de Sébastien Soriano, il vaut mieux élaborer des règles pas à pas. Sans quoi la France risque, d'après lui, de passer à côté de l'Internet des objets, présenté par tous les experts comme la prochaine grande révolution économique.

Lors du séminaire de l'Arcep, Sébastien Soriano a précisé sa pensée de manière un brin provocatrice: "Qu'est-ce qu'une régulation pro-innovation? Je pense que c'est d'abord... rien!" Plus concrètement, il souhaite que la "démarche collaborative" qu'il a amorcée permette de cerner précisément les grands enjeux de l'IoT - ceux liés à la compétitivité, à la vie privée, à la sécurité, à la consommation... - dans le but de garder un cadre aussi ouvert et compétitif que possible.

Ne pas être "un grand manitou"

"On veut essayer de bâtir un Etat-plateforme, c'est à dire un Etat qui n'est pas là pour être autoritaire, pour mettre un corset, pour contraindre, mais qui est là pour mettre en capacité, pour organiser les échanges [...] et permettre aux acteurs d'agir, détaille-t-il. Il ne s'agit pas d'être le grand manitou. il faut avoir une certaine humilité et accepter que le vrai boulot, il est fait par les innovateurs, par les entreprises, par les opérateurs, par les équipementiers, par les communautés de 'makers', par les utilisateurs. Et nous, régulateur, on est là pour créer le cadre qui permet ça."

Sa politique de régulation, Sébastien Soriano la justifie implicitement par le fait qu'encore trop peu d'entreprises françaises misent sur l'Internet des objets pour proposer de nouveaux services ou bousculer leurs processus de production. En faisant le pari d'une certaine souplesse, il espère les rassurer. Et surtout, les inciter à se lancer.

"Le message que je veux envoyer aujourd'hui, il est d'abord au niveau des utilisateurs de l'Internet des objets, dit-il. Il faut y aller. Il y a pas d'atermoiements qui peuvent être justifiés aujourd'hui."

Retard des industriels en matière d'IoT

Lors d'une table ronde du séminaire de l'Arcep, plusieurs acteurs de l'Internet des objets ont déploré le retard des industriels français à se convertir à l'IoT. Sans surprise, chez Sigfox, opérateur du secteur, Xavier Drilhon, son directeur délégué, a regretté "le manque de maturité des acteurs". Quant à Sébastien Kaiser, directeur connectivité et réseaux de la SNCF, il estime que de nombreux capteurs sont aujourd'hui difficiles à déployer à l'échelle industrielle. Un problème qui serait sans doute résolu si d'autres entreprises arrivaient sur le marché, ce qui ferait baisser les coûts.

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Commentaires
a écrit le 09/11/2016 à 13:52 :
Il a raison, tant qu'à être dans la connerie en ce moment, autant y aller à fond les manettes :-( !! (Les objets connectés étant ce qui fait de moins sécurisé dans le domaine, après les smartphones).

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