Covid-19 et ventes en ligne : les petits commerces souffrent-ils de concurrence déloyale ?

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(Crédits : Mike Segar)
Alors que tous les commerces considérés comme non essentiels sont fermés depuis dimanche 15 mars, la vente en ligne et les livraisons sont toujours autorisées. Un paradoxe illustré notamment par le cas de figure de la vente de livres. Le Syndicat national de la librairie française (SLF) dénonce une "hérésie sanitaire et une concurrence déloyale" de la part de la grande distribution, et d'acteurs comme Amazon.

Plongés dans une période de confinement inédit, les Français se tournent massivement vers les achats en ligne. Tout y passe: denrées alimentaires, produits électroménagers, matériels informatiques - dont les consoles de jeux vidéo pour passer le temps... Le groupe Fnac Darty a revendiqué à lui seul un record de 63.000 commandes sur ses sites Internet dans la journée de mardi, rapporte l'AFP. Autant d'achats qui nécessitent la mobilisation de nombreux salariés dans des centres logistiques, mais aussi de livreurs pour acheminer les colis aux domiciles des clients.

Alors que les déplacements sont strictement encadrés depuis mardi, ce paradoxe est dénoncé par certains petits commerces, considérés comme non indispensables, et qui par conséquent, ont été dans l'obligation de baisser leurs rideaux depuis dimanche 15 mars sur ordre du gouvernement. C'est le cas notamment des librairies.

Au-delà des fermetures physiques, "une très large majorité [de librairies] ont également suspendu tout service de retrait et de livraison dans le souci de protéger leurs clients, leurs salariés et les livreurs", affirmait mercredi par communiqué de presse le Syndicat national de la librairie française (SLF). "Dans le même temps, la grande distribution et les plates-formes de vente en ligne poursuivent, comme si de rien n'était, la vente et la livraison de livres". Et de poursuivre :

"Si la vente de livres en librairie n'est pas "indispensable" à la vie de la nation, pourquoi leurs ventes par Amazon ou un hypermarché l'est-elle ?", déplore le SLF, avant de dénoncer une "hérésie sanitaire et une concurrence déloyale".

Lire aussi : Deliveroo, Frichti, UberEats: les livreurs sont-ils suffisamment protégés face au coronavirus ?

Les libraires risquent d'être "fragilisés", selon Bruno Le Maire

Interpellé sur le sujet ce jeudi matin par France Inter, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a déclaré: "Je ne vois pas pourquoi ce serait uniquement Amazon qui récupérerait le marché au risque de fragiliser les libraires", avant de se dire "prêt à rouvrir cette question avec le reste du gouvernement pour voir si quelque chose peut être fait sur les librairies".

Une réponse à côté de la plaque, selon le SLF pour qui, "les conditions d'une réouverture des librairies ne sont pas encore réunies" au regard du risque sanitaire.

"Nous demandons que les conditions strictes imposées par le gouvernement, dont la limitation maximale des contacts, s'imposent également aux opérateurs" par souci d'équité, d'après le SLF.

De son côté, Amazon dit "suivre strictement les recommandations et directives du gouvernement" et déclare avoir "renforcé le nettoyage de toutes les installations", "annuler les réunions non indispensables", "modifier l'aménagement des lieux de travail (...) pour que les salariés puissent maintenir la distance nécessaire" ou encore organiser des "pauses échelonnées". Pourtant, plusieurs syndicats dénoncent depuis le début de la semaine le manque de mesures sanitaires dans les sites logistiques d'Amazon en France, poussant certains salariés à exercer leur droit de retrait.

Le gouvernement planche sur un "guide sanitaire" pour le commerce en ligne

Pour Michael Cousin, avocat associé en droit de la concurrence au sein du cabinet Ashurst, "la question de l'égalité de traitement des commerces en dur et à distance se pose. Pourtant d'un point de vue juridique, il est peu probable qu'une concurrence déloyale puisse être admise." En effet, les plateformes de ventes en ligne "profitent actuellement de la mesure de fermeture des commerces en dur prise par le gouvernement. Mais pour caractériser une concurrence déloyale, il faudrait que ces acteurs se livrent à certains comportements spécifiques pour pousser leurs avantages".

Par exemple, cela pourrait se caractériser par des opérations de communications pour dénigrer le commerce traditionnel en période de confinement ou encore, des promotions qui mettraient l'accent sur le risque d'aller en magasin plutôt que la vente à distance, liste l'avocat.

En clair, les plateformes en ligne étant couvertes par les récentes réglementations adoptées par le gouvernement, il leur appartient en tant qu'employeur de prendre leurs responsabilités pour protéger - ou non - ses salariés. Le gouvernement travaille entre autres sur un guide sanitaire à destination des plateformes de e-commerce, à l'instar de celui publié ce week-end pour les plateformes de livraisons de repas à domicile (Deliveroo, UberEats, Frichti...).

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a écrit le 20/03/2020 à 10:29 :
Il est évident que les Gafam qui défiscalisent à outrance leurs bénéfices ne vont que très peu participer à l'effort financier de santé nécessaire actuellement : il y a réellement distorsion de concurrence non seulement avec le petit commerce, mais aussi avec leurs autres concurrents ( FnacDarty ou Rue du Commerce, etc.....) !
a écrit le 20/03/2020 à 7:24 :
Ne rien empeche les petits commerces d'offre leur produits sur internet, mais comme l'habiteut les francais donc la presse preferrent de accuser les commerciants plus inventives de concurrence deloyale.
Réponse de le 20/03/2020 à 9:07 :
après avoir décrypté votre message, amazone vous remercie de votre soutien.
a écrit le 20/03/2020 à 6:42 :
On sait desormais avec certitude que le coro reste actif sur les surfaces plusieurs heures, voire jours ! L'inconsistance decisionnelle des politiques en france est crasse et tout le monde regarde ailleurs. La pandemie va etre grandiose. Votez micron.
Réponse de le 20/03/2020 à 10:00 :
Et alors! Quand vous recevez un colis, et que vous pensez qu'il pourrait être contaminé ( ce qui est très peu probable), qu'est ce qui vous empêche de le désinfecter ce qui est très facile.( eau savonneuse, vinaigre blanc, eau javellisée, etc...)
Allons, un peu de calme sil vous plaît !
La panique et la politique font très mauvais ménage.
a écrit le 20/03/2020 à 0:26 :
Ben disons que question vision, si l'on regarde la question politique simplement depuis le mois de décembre.

Je ne sais pas si c'était un objectif que d'amener finalement a l'enrichissement de capitaux mondialisés, mais il est ainsi que les choix ont été , sont et a mon avis serons sur ce que l'on appel la nouvelle économie.

A défaut les politiques n'ont pu faire descendre les conditions sociales assez par des mouvement qui ont éreintés la population et surtout ont été capable de constater le vide intersidéral tant sur la question de l'économie, de l'anticipation et du sens.
a écrit le 19/03/2020 à 19:59 :
J’en ai marre des problématiques incohérentes :
D’un côté faut éviter la pollution, de l’autre côté les livreurs ont peur ( nous pouvons les comprendre dans ce contexte d’épidémie )
ça sert à rien de commander , car les frontières sont restreintes finalement ça «  remet » vraiment «  tout «  en cause cette pandémie .

Il y a quelques jours des salariés d’Amazon ont manifesté pour la fermeture des entrepôts...
Réponse de le 20/03/2020 à 13:22 :
frontières ouvertes pour les marchandises....
moi, depuis le début de la crise je m impose le petit commerce que je fréquentais d ailleurs avant....plutôt que les grandes surfaces....

et je m interdit les achats sur internet..... mais...... sans savoir si j ai raison ou tort sur ce dernier sujet..... quand sur site français et produits français, ça permettrait peut etre à certaines entreprises de survivre.....

rien n est jamais tout blanc ou tout noir..... et je pense aux chefs d entreprises (et leurs salariés) en ce moment.... sacré moment à passer avec la trouille au ventre..... du dépot de bilan
a écrit le 19/03/2020 à 18:57 :
la solution
avoir son site web, et vendre en suggerant aux clients de la boutique ( qui ne sont de toute facon pas client regulier chez amazon), ca apporte des solutions
a écrit le 19/03/2020 à 18:36 :
Les grands gagnants de cette épidémie sont donc : Amazon, Uber Eats et les grandes surfaces. Bientôt un tsunami de faillites et de licenciements. Préparez-vous au chômage de masse, à la précarité... car la plus grande catastrophe économique depuis 1929 est En Marche... (et 1929 ça s'était très mal terminé)

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