Démanteler Google : la menace se précise

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Quelques mois après son entrée en fonction, Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence, lance une enquête à l'encontre du groupe américain : il est accusé d'abus de position dominante sur le marché des moteurs de recherche pour avoir favorisé son comparateur de prix, Google Shopping.
Quelques mois après son entrée en fonction, Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence, lance une enquête à l'encontre du groupe américain : il est accusé d'abus de position dominante sur le marché des moteurs de recherche pour avoir favorisé son comparateur de prix, Google Shopping. (Crédits : Reuters)
La firme de Mountain View reste visée par deux enquêtes pour abus de position dominante alors que la Commission européenne lui a infligé 2,42 milliards d'euros d'amende, en juin dernier. Pour tenter de rétablir plus de concurrence, faut-il le disloquer ? Une question épineuse remise au goût du jour par Margrethe Vestager, la Commissaire européenne à la concurrence.

Recherche, vidéos, cartographie, messagerie... Google est omniprésent. À tel point que la marque est entrée dans le langage courant, avec la fameuse expression "googler". Et pour cause : son moteur de recherche représente plus de 90% du marché mondial, son système d'exploitation Android équipe plus de 80% des smartphones dans le monde et YouTube, sa plateforme vidéo, revendique plus de 1,5 milliard d'utilisateurs connectés par mois. Une notoriété qui se traduit par un chiffre d'affaires de 100,9 milliards de dollars en 2017 et une capitalisation boursière dépassant les 700 milliards de dollars...

Alors que le géant américain fêtera ses 20 ans en septembre prochain, une petite musique de fond se fait entendre : faut-il démanteler Google ? La question a été remise au goût du jour récemment par Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence.

« Je pense qu'il est important de garder cette option ouverte et à l'ordre du jour », a-t-elle assuré au Telegraph le 25 mars dernier, avant de préciser que « nous n'en sommes pas encore là ».

L'idée traîne pourtant depuis 2014, lorsque le Parlement européen avait adopté à une large majorité une résolution non contraignante proposant de « séparer les moteurs de recherche des autres services commerciaux ». Cette même année, la pression sur Google s'était accentuée avec l'arrivée à la Commission de Margrethe Vestager, surnommée la « bête noire des multinationales ».

Toujours dans le viseur pour son logiciel Android

Quelques mois après son entrée en fonction, elle lance une enquête à l'encontre du groupe américain : il est accusé d'abus de position dominante sur le marché des moteurs de recherche pour avoir favorisé son comparateur de prix, Google Shopping. L'affaire s'est soldée par une amende historique de 2,42 milliards d'euros en juin dernier. La firme de Mountain View a fait appel de cette décision en septembre. Elle reste encore dans le viseur de la Commission. Lancées en 2016, deux autres enquêtes pour abus de position dominante sont en cours d'instruction concernant son logiciel Android et sa plateforme publicitaire AdSense.

Google n'est pas le premier géant américain menacé de démantèlement. Microsoft en a fait l'expérience dans les années 1990, accusé aux États-Unis de position dominante dans les systèmes d'exploitation des PC au profit de son navigateur Explorer. Après une décennie de bataille judiciaire, la procédure s'est soldée par un échec.

« Le marteau de la division n'est pas l'instrument le plus adapté aujourd'hui vu l'urgence à réguler les Gafa [Google, Apple, Facebook, Amazon, ndlr], estime Bernard Benhamou, secrétaire général de l'Institut de la souveraineté numérique.

Et d'ajouter :

« D'une part, ce sont des procédures extrêmement longues face à de tels mastodontes. D'autre part, je ne suis pas sûr que ce soit la bonne solution pour obtenir davantage de concurrence en Europe. Si nous ne développons pas notre propre écosystème, toute régulation aura ses limites. L'Europe doit faire émerger des géants éthiques. »

Bémol : quand une entreprise américaine peut se développer sur un marché unique de plus de 325 millions d'habitants, une société européenne se heurte à 28 cultures différentes. Un désavantage pour faire émerger un concurrent de taille face à Google. Lancé il y a cinq ans, le moteur de recherche français Qwant revendique 58 millions d'utilisateurs uniques par mois, contre 20 millions il y a un an. « Nous sommes déjà présents en Italie et en Allemagne, témoignait début mars Éric Léandri, Pdg et cofondateur de Qwant.

« Mais l'Europe, c'est une vingtaine de langues. Par exemple, si nous voulions nous lancer en Grèce, il faudrait traduire Qwant en grec, faire du marketing - ce qui nécessite d'avoir quelqu'un sur place... Pour nous, en tant que startup de 152 salariés, c'est compliqué. »

Une vision protectrice des données

Face aux Gafa américains et aux BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), l'Europe veut tirer son épingle du jeu avec sa vision protectrice des données personnelles. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui entre en vigueur le 25 mai, agite la menace de sanctions (cf. La Tribune du 15 mars). En cas de violation du règlement, les entreprises pourront écoper d'une amende allant jusqu'à 4% de leur chiffre d'affaires mondial !

« Nous, Européens, commençons à avoir le vent en poupe grâce à notre vision de la protection des données, estime Bernard Benhamou. L'ancien patron de la FCC [autorité américaine de régulation des télécommunications, ndlr], Tom Wheeler, fait même l'apologie du RGPD dans les colonnes du New York Times ! »

Et de poursuivre :

« Pendant des années, les Américains ne comprenaient pas notre vision protectrice. Mais les scandales autour de l'exploitation des données personnelles nous donnent raison. »

Pour le patron de Qwant, « l'Europe veut des alternatives qui proposent une vision différente du monde. Cela ne veut pas nécessairement dire qu'il faut remplacer Google par Qwant, mais que nous devons avoir le choix de recourir à un autre service ».

Éric Léandri, qui dit détenir 4% de parts de marché en France, souhaite capter « 5 à 10% du marché européen d'ici deux ans ». Avant de conclure : « Cela fera un peu mal au portefeuille de Google, mais cela n'impactera pas sa politique mondiale. »

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Commentaires
a écrit le 16/04/2018 à 19:08 :
"" Herfindahl", desole pour la faute, j'ai fait ca de tete
a écrit le 16/04/2018 à 19:07 :
un americain peut disloquer un europeen, le contraire n'est pas encore possible ( suffit de voir trump qui souhaite que les allemands reduisent leur deficit commercial, mais que les francais et les italiens conservent le leur)........... apres, calculer un coefficient d'erfinadal, c'est sur, ca fait intelligent, on a tous fait ca en economie industrielle......... le marche n'est ici pas contestable au sens economqiue du terme, mais ca n'a rien a voir avec les industries lourdes du debut de siecle dernier, et la roue peut tourner tres vite, il suffit de se rappeler de lycos, et consors, voire bientot de yahoo..... enfin google finance bcp de projets annexes, couper en morceau, un ca diminuera les investissements, deux on sait ce qui va se passer infine, vu que c'est de la techno, donc de l'immateriel........... faut donner des regles, mais faut pas jouer au politburo a la ceaucescu
a écrit le 16/04/2018 à 18:36 :
Quelle est cette photo qui met tant en valeur cette commissaire européenne haïe par Google et autres tenants de la concurrence mono-ligopolistique? L'auteure de l'artcile roulerait-elle pour Google en mode cheval de troie?
a écrit le 16/04/2018 à 18:02 :
Je soupçonne l'UE de Bruxelles de faire du mauvais chantage, afin que les GAFA se résignent a prélever l'impôt auprès des consommateurs pour le compte de la commission! Absurde?
Réponse de le 16/04/2018 à 19:10 :
non, probable...... un bon coup de pression pour qu'ils payent des impots, un peu comme uncle sam a fait en collant des amendes colossales aux banques europeennes pour les subprimes, mais bcp plus legere ( bizarre, hein?) aux banques yanks), et comme il le fait avec l'automobile...
Réponse de le 17/04/2018 à 20:51 :
Le mot chantage est excessif, on demande juste aux GAFA de respecter la loi.
a écrit le 16/04/2018 à 10:26 :
Google démantelé? Pourquoi pas aussi croire à un billet A/R sur Mars à 50 euros le mois prochain... Les chances sont à peu près les mêmes!
a écrit le 16/04/2018 à 8:06 :
"Pendant des années, les Américains ne comprenaient pas notre vision protectrice."

ET du coup ils ont acquis toutes nos données qu'ils exploitent et se revendent avec les multinationales européennes en toute tranquillité.

IL faut vraiment arrêter de nous faire croire que nous sommes protégés en europe svp, les fables c'est bon pour les derniers gogos qui croient que le mac est un politicien hein, merci.

C'est juste que nous n'avons pas de multinationales pour les exploiter parce que nos investisseurs sont trop arriérés pour avoir envisager de parier là dessus.
a écrit le 16/04/2018 à 4:24 :
Il me semble que seul le gouvernement des États-Unis a le pouvoir de démanteler Google.
Est-ce que la souris voudrait se faire plus grosse que le lion. ?
Réponse de le 16/04/2018 à 18:12 :
On parle de démanteler les activités de Google en Europe pas ailleurs... Même la France seule peut le faire...
Réponse de le 17/04/2018 à 4:45 :
@Johnmckagan

C'est bien le sens de ma remarque, le titre est un peu trop ronflant par rapport à ce dont il est vraiment question, à savoir mettre des contraintes sur les activités de Google en Europe.

Encore une fois, seul le gouvernement des États-Unis peut démanteler Google, en aucun cas des bureaucrates Européens...
a écrit le 15/04/2018 à 20:03 :
Google est déjà démantelé puisque ce n'est qu'une filiale d'Alphabet qui est un conglomérat du numérique. Prendre 2.42 milliards d'euros d'amende sur google shopping qui est presque inconnu en Europe est une étrange affaire. Le moteur de recherche google a des concurrents très sérieux, notamment bing (US) et baidu (RPC). Entrez des caractères cyrilliques dans ces moteurs, vous obtenez des résultats en Russie. La langue ne paraît pas être un problème pour les technologies numériques dont font partie les traducteurs. Ces technologies ce développent à grande vitesse parce qu'elles bénéficient les unes des autres. Alfred P Sloan n'a pas procédé autrement pour développer l'automobile chez GM.
Réponse de le 16/04/2018 à 18:15 :
C' est vrai que le moteur bing est loin d'être à la traine, je le trouve légèrement moins bien que Google mais la différence n'est pas nette.
a écrit le 15/04/2018 à 16:10 :
Economie numérique, enjeu fondamental pour l'Europe et l'Afrique Subsaharienne

Article de Fabien Risterucci publié dans Le Cercle Les Echos.
https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-175966-economie-numerique-enjeu-fondamental-pour-leurope-et-lafrique-subsaharienne-2130101.php
a écrit le 15/04/2018 à 14:25 :
Trop tard pour faire quoique ce soit.
On parle, on parle pendant ce temps ailleurs ca agit.
Vive l'europe de Bruxelles et ses choux.
a écrit le 15/04/2018 à 13:18 :
Les américains ont multiplié les procès contre les banques et entreprises européenne, tout cela représente un transfert de richesse d'au moins une centaine de milliards de dollars et ce, pendant que les gafa étaient en train de conquérir le monde sans payer d'impôts ou presque. Mettons les gafa dehors, les boites européennes les remplaceront rapidement.

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