Faire un don par SMS, c'est désormais possible

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Rapide, très simple et misant sur l'élan spontané, le don par SMS permet à tout un chacun de donner entre 1 et 10 euros via un téléphone mobile directement à l'association caritative de son choix.
Rapide, très simple et misant sur l'élan spontané, le don par SMS permet à tout un chacun de donner entre 1 et 10 euros via un téléphone mobile directement à l'association caritative de son choix. (Crédits : © Jorge Silva / Reuters)
Autorisé par la loi Numérique d’Axelle Lemaire, le don par SMS est accueilli comme un bol d’air frais par les ONG et les associations, ravies de disposer d’un canal de collecte moderne, simple et adapté aux usages des jeunes. Une trentaine d’associations lanceront des campagnes dans les six prochains mois, une dizaine disposent déjà d’un numéro de don.

Si vous envoyez un SMS au 9 20 20, vous n'obtiendrez pas votre horoscope surtaxé ou le prénom de votre future âme sœur. Non, il s'agit du numéro court décerné à l'association Action contre la faim. En tapant don3 ou don5  dans le corps du message, vous offrirez trois ou cinq euros à l'organisme.

« C'est une grande avancée pour le développement de la solidarité et de la générosité », se réjouit Françoise Sampermans, la présidente de France Générosités. Ce syndicat regroupant 89 grandes associations, ONG et fondations, milite depuis des années pour que l'Etat rende possible le don par SMS. C'est fait. La disposition figurait dans la Loi pour une République numérique, portée par Axelle Lemaire, la secrétaire d'Etat au Numérique et à l'Innovation, et promulguée à l'automne.

Il était temps : la France restait l'un des seuls pays européens qui ne permettait pas cette pratique. Pourtant, ses bénéfices sont connus depuis 2004, lorsque l'opération « SMS de soutien pour l'Asie » avait permis au Secours catholique et à la Croix-Rouge française de récolter trois millions d'euros pour venir en aide aux victimes du tsunami.

Les opérateurs téléphoniques au cœur du dispositif

Les premières campagnes se déploient depuis novembre. Le principe du don par SMS est tellement simple qu'on se demande pourquoi il n'existe pas depuis longtemps. Le donateur n'a qu'à prendre quelques secondes de son temps pour envoyer un SMS à l'organisme caritatif de son choix, et le tour est joué. Il en retrouvera la trace sur sa facture téléphonique. Quant au paiement, il ne s'en occupe pas : c'est l'opérateur qui transfère les fonds aux associations concernées.

La mise en place du système a été pilotée par l'Association française du multimédia mobile (AFMM), qui fédère les acteurs hexagonaux du paiement digital. Avec plusieurs impératifs : que le donateur ne fasse pas l'objet de sollicitations intempestives, que son anonymat soit préservé, et que la sécurité des transactions soit assurée.

Pas plus de 300 euros par mois

Concrètement, chaque association doit déposer un dossier à l'AFMM. S'il est validé, elle reçoit un numéro court à cinq chiffres, unique, commençant par 9, comme 9 20 20 pour Action contre la faim, ou 9 22 22 pour l'Unicef. Chaque don par SMS ne peut excéder 10 euros et le donateur ne peut dépenser plus de 300 euros par mois par ce canal. Aucune TVA n'est appliquée et les opérateurs télécoms ne prennent pas de « marge » sur l'opération.

Quant à l'association, elle ne peut recevoir plus de 50 euros par mois d'un même donateur et n'a pas accès à son nom ni à son adresse. En revanche, « l'association peut recontacter le donateur  par texto jusqu'à trois fois maximum dans les six mois, pour lui donner des précisions sur l'utilisation de son don, l'informer sur ses campagnes ou solliciter à nouveau sa générosité », précise Renan Abgral, membre du conseil d'administration de l'AFMM et responsables des solutions digitales et des partenariats chez Bouygues Telecom.

Du côté des opérateurs, Orange, SFR et Bouygues Telecom jouent le jeu. Free n'est pas encore intégré dans le dispositif. Le système simplifie en fait les micro-dons, c'est-à-dire des sommes inférieures à 10 euros, mais qui peuvent faire la différence si la pratique se popularise. Le fait de faire jouer aux opérateurs télécoms un rôle d'intermédiaire entre le don et l'association permet au donateur de ne pas avoir besoin de transmettre ses informations personnelles ou son numéro de carte bancaire, car le montant est directement prélevé sur la facture mobile ou sur le compte mobile pré-payé du donateur.

Don par SMS

Le don par SMS, un canal moderne et idéal pour toucher les jeunes

Pour les acteurs du milieu de la solidarité, le don par SMS incarne la promesse d'une nouvelle manne de ressources en plus du don papier et en ligne. Surtout, le SMS leur permet de toucher un nouveau profil de donateur, notamment le jeune de moins de 35 ans.

« Les jeunes sont généreux et ont envie de s'engager, mais les outils existants, notamment les chèques et les formulaires papier qui restent la principale manne de fonds des associations, sont peu adaptés à leurs usages numériques », explique Renan Abgral, de l'AFMM.

Françoise Sampermans, la présidente de France Générosités, considère le don par SMS comme une bouffée d'air frais.

« On constate que le profil des donateurs évolue peu : ils sont majoritairement fidèles et âgés. Le problème est qu'avec le temps, ils restent fidèles, mais ils sont de plus en plus âgés... »

Rapide, très simple et spontané, ce mode de don peut aussi mieux capter les élans spontanés de générosité, comme après une catastrophe humanitaire.

200 millions d'euros de dons par SMS au Royaume-Uni

Pour l'heure, le grand défi des associations est de populariser cette nouvelle pratique. En faire « un réflexe » pour « réunir le monde du numérique et celui des associations afin d'accompagner les nouveaux usages », comme le souhaite Axelle Lemaire.

Une dizaine d'associations a déjà obtenu son agrément par l'AFMM. Une trentaine l'obtiendra d'ici au milieu de l'année 2017. L'association SOS Village d'enfants, l'une des premières à avoir lancé une campagne, le 20 novembre à l'occasion de la Journée de l'enfant, a récolté entre 600 et 700 euros de dons par SMS en un mois. Mais la sauce ne prend pas aussi bien qu'espéré. « Il est difficile de capter l'attention du public, regrette Gilles Paillard, le directeur général de SOS Village d'enfants. Pour lui, il n'y a pas de miracle : « plus le nombre d'associations qui proposent le vote par SMS sera élevé, plus les gens l'adopteront », estime-t-il.

Il faut donc s'armer de patience. Mais les expériences à l'étranger incitent à l'optimisme. Au Royaume-Uni, où le vote par SMS a été légalisé en 2010, les associations avaient récolté 42 millions d'euros en 2011 et 150 millions en 2015. En 2017, le montant devrait dépasser les 200 millions d'euros. « Aujourd'hui, 10% des Anglais donnent par SMS, dont 25% des 18-35 ans », rappelle Ann Avril, la directrice du développement d'Unicef France.

En attendant, 2017 sera l'année des « coups de communication » pour les associations françaises. « Notre objectif à terme est d'imposer le vote par SMS comme un outil supplémentaire, l'installer dans les habitudes, mais il faudra commencer par des opérations ponctuelles », explique Richard Méninger, le secrétaire national du Secours populaire, qui compte profiter d'occasions particulières (chasse aux œufs de Pâques, jour des oubliés des vacances, braderie de Lille...) pour mener des expériences test.

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Commentaires
a écrit le 22/12/2016 à 10:37 :
Je n'ai pas besoin de SMS pour faire un don. Le gouvernement m'en prend déjà tout seul pour cela, sur mes revenus, sur mon épargne etc........Quand je le dis aux personnes devant les supermarchés qui quettent "croix rouge, etc.." elles baissent la tête et font semblant de ne pas entendre. Pas belle la vie.

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