Formation : « l'apprentissage collaboratif », la poule aux œufs d'or de la startup française 360Learning

Forte de plus de 1.500 clients en France et d'un succès croissant aux Etats-Unis où elle s'est implantée en 2019, la pépite parisienne lève 200 millions de dollars (171,6 millions d'euros environ) auprès de fonds internationaux pour faire son trou sur le marché américain. Son credo du "collaborative learning", ou apprentissage collaboratif entre employés, a prouvé sa pertinence avec l'accélération de la transformation numérique des entreprises et des organisations post-Covid.
Sylvain Rolland

6 mn

(Crédits : DR)

Pas encore une licorne... mais plus très loin non plus. En levant 200 millions de dollars (environ 171,6 millions d'euros), la pépite parisienne 360Learning gagnera en tout cas une place dans la prochaine promotion du Next40 et s'impose parmi les startups les plus prometteuses de la French Tech pour la prochaine décennie. Et ce n'est pas parce qu'elle a réussi à lever un énorme ticket lors de ce troisième tour de table, ni en raison du pedigree de ses investisseurs -les américains Sumeru Equity Partners (Kiriba, Talend) et Silver Lake Waterman ainsi que le japonais Softbank. Mais plutôt parce qu'elle a déjà réussi à déjà s'imposer comme une référence majeure dans son secteur avec plus de 1.500 clients en France et une percée notable aux Etats-Unis depuis deux ans.

La technologie au service de l'apprentissage collaboratif

La recette du succès est le fruit d'un credo différenciant, porté par la technologie. Le positionnement original est celui du "collaborative learning", ou apprentissage collaboratif, c'est-à-dire le partage du savoir et des compétences par les salariés eux-mêmes et non plus par des formateurs extérieurs, afin qu'ils éduquent leurs collègues sur leurs sujets de prédilection. Partie du constat que la formation en entreprise est restée archaïque, la startup propose une plateforme technologique qui permet à chaque collaborateur de créer facilement du contenu pédagogique -quelques fiches, un quizz, des visuels simples, des vidéos- que les autres employés digèrent en quelques minutes maximum.

"La collaboration avec les pairs est le meilleur moyen d'apprendre. L'idée est de repérer les 2% à 5% d'employés qui détiennent des connaissances et sont capables de les transmettre, pour les transformer en leaders capables de partager leur savoir pour faire progresser l'ensemble de l'entreprise", précise à La Tribune Nick Hernandez.

À ce jour, les utilisateurs ont créé plus de 3 millions de cours sur la plateforme. Les sujets vont de l'intégration des recrues à la formation aux logiciels, en passant par la formation des commerciaux, l'acquisition du leadership ou encore le développement des soft skills (compétences comportementales). "Les apprenants peuvent ajouter des commentaires, répondre à des questions, envoyer des réactions en un clic à l'auteur du cours ou donner leur feedback, ce qui favorise l'engagement et la fidélisation car on enregistre en moyenne un taux de 91% de complétion des cours sur la plateforme", ajoute l'entrepreneur.

360Learning exploite également l'intelligence artificielle pour analyser les données générées à partir des interactions sur la plateforme. L'IA utilise ensuite ces analyses pour permettre aux communautés d'apprentissage d'identifier les cours manquants ou les modules à améliorer.

A la conquête du marché américain

Cette approche horizontale, voire ascendante puisque des managers peuvent se former avec du contenu réalisé par des employés d'un niveau hiérarchique moins élevé, a trouvé le succès. Huit ans après sa création en 2013, 360Learning revendique plus de 1.500 clients, dont le champion mondial du luxe LVMH, la SNCF, Danone, le trublion des télécoms professionnelles Aircall, le géant de l'eau Veolia, Doctolib ou encore les Galeries Lafayette. Plutôt que de recourir à la formation professionnelle traditionnelle et descendante, les entreprises prisent une méthode agile qui les aide à installer la formation -donc la remise à niveau- au cœur de leur culture, et à capitaliser sur leurs employés, qui deviennent d'autant plus impliqués dans le projet d'entreprise parce que leurs savoirs sont valorisés.

Si la startup a réussit à lever d'un coup 200 millions de dollars, alors que son précédent tour de table s'établissait à 36 millions d'euros en avril 2019, c'est parce qu'un boulevard s'ouvre à elle aux Etats-Unis. S'y implanter était l'objectif de la précédente levée de fonds. Deux ans et demi plus tard, le temps de la conquête agressive est venu. "On a craqué le marché américain. On a su capitaliser sur un premier succès pour recruter une dizaine de commerciaux et séduire de plus en plus de clients", se félicite le dirigeant.

Pour Nicolas Rose, managing partner chez XAnge et investisseur dans 360Learning, la difficulté du marché de la formation d'entreprise, dominé par quelques généralistes comme SAP, Cornestone ou Workday, n'est pas un énorme obstacle pour la startup. "Le marché est très concurrentiel et très émietté. Quelques acteurs qui sortent du lot avec leurs offres globales qui couvrent une large partie des besoins RH, mais elles ne sont pas les meilleures sur le "learning development" et l'aspect collaboratif, qui sont la vraie force de 360Learning", indique-t-il à La Tribune.

L'enjeu de 360Learning est encore de convaincre que son approche collaborative est la bonne pour la formation professionnelle, mais l'accélération de la transformation numérique de la société et de l'économie post-Covid est son allié. Tout comme la crise des talents.

"Les grands groupes entrent dans une ère de renouvellement générationnel, où beaucoup de salariés du deuxième baby boom des années 1950 et 1960 partent à la sans transmettre leurs compétences, et elles arrivent beaucoup moins à recruter les jeunes, qui ne rêvent plus d'une carrière dans un grand groupe, cherchent davantage de sens au travail et sont attirés par les sirènes des entreprises de la tech", estime Nick Hernandez.

250 recrutements, internationalisation et rachats de concurrents au programme

Ce nouveau tour de table porte le total de fonds levés par 360Learning à plus de 240 millions de dollars. L'entreprise utilisera cet argent pour passer de 260 salariés aujourd'hui à 500 dans 18 mois, notamment des profils tech afin de développer des solutions d'intelligence artificielle et développement produit. La pépite prévoit également d'accélérer son implantation en Amérique du Nord, mais aussi en Asie, en Europe et en Amérique du Sud. Enfin, elle compte d'investir dans des fusions-acquisitions stratégiques pour poursuivre son ambition de devenir la première plateforme de formation en entreprise au monde.

Si les investisseurs historiques français Bpifrance, XAnge et Educapital ont remis au pot, le changement de dimension de 360Learning s'opère avec des fonds internationaux. Ainsi, en 2021, la French Tech a réalisé 17 méga-levées de fonds de plus de 100 millions de dollars, mais aucune n'a été menée par un fonds de capital-risque français.

"Les anglo-saxons arrivent avec moyens importants donc c'est très favorable pour nous. Le pragmatisme impose de regarder des investisseurs internationaux quand on doit conquérir le marché américain et mondial", explique Nick Hernandez.

Nicolas Rose, l'investisseur français de XAnge, ne prend pas ombrage de cet effacement des fonds français quand il s'agit de passer aux choses sérieuses. "Notre doctrine est qu'on peut préparer l'arrivée sur le marché américain à partir d'Europe, créer une filiale aux Etats-Unis et conquérir de premiers clients. Mais on a constaté que pour se développer rapidement aux Etats-Unis, il faut recruter des talents locaux. Et dans un contexte si tendu sur les recrutements, avoir des investisseurs américains connus et reconnus offre un gage de crédibilité aux meilleurs talents", ajoute-t-il. Tout en précisant que cette situation ne pose aucun problème aux investisseurs focalisés sur les premiers tours de table comme XAnge, car la bataille dans la tech est aussi une bataille d'argent entre les concurrents d'un même secteur.

Sylvain Rolland

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Commentaire 1
à écrit le 21/10/2021 à 7:52
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C'est à se demander comment on a pu faire jusqu'à maintenant...

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