Google : enquête européenne ouverte sur l'utilisation de données pour son IA
latribune.fr
Google est visé par une enquête de la justice européenne concernant l'utilisation des données personnelles de ses utilisateurs européens afin de développer un de ses modèles d'intelligence artificielle. (photo d'illustration)
Annegret Hilse
La Commission irlandaise pour la protection des données (DPC), compétente pour agir au nom de l'Union européenne, a annoncé ce jeudi l'ouverture d'une enquête concernant l'utilisation par Google des données personnelles des utilisateurs européens afin de développer un de ses modèles d'intelligence artificielle.
La bataille continue entre régulateurs européens et géants de la tech. L'autorité irlandaise de protection des données, qui agit au nom de l'Union européenne, a annoncé ce jeudi l'ouverture d'une enquête contre Google concernant l'utilisation des données personnelles des utilisateurs européens pour développer un de ses modèles d'intelligence artificielle.
Cette enquête doit déterminer « si Google a respecté les obligations qu'elle aurait pu avoir » de réaliser « une étude d'impact » destinée à garantir la protection « des droits et libertés fondamentaux des individus », écrit la Commission irlandaise pour la protection des données (DPC) dans un communiqué.
Cette obligation découle du Règlement européen de protection des données (RGPD), érigé en 2018 par Bruxelles comme un garde-fou à l'utilisation dérégulée de ces informations par les géants de la tech.
Google dit « prendre au sérieux » ses obligations
L'enquête de la DPC concerne le modèle d'IA « Pathways Language Model 2 » (PaLM 2), une version lancée par Google en 2023 de son modèle de langage, ces algorithmes entraînés sur des montagnes de données. Le géant californien avait ensuite commencé à déployer en décembre un nouveau modèle d'IA, Gemini, encore plus avancé.
« Nous prenons au sérieux nos obligations en vertu du RGPD et nous travaillerons de manière constructive avec la DPC pour répondre à leurs questions », a répondu un porte-parole de Google ce jeudi.
Pour rappel, l'autorité irlandaise de protection des données est compétente pour agir au nom de l'UE car le siège européen de Google se trouve en Irlande, comme ceux de nombreux géants de la Silicon Valley. Leur présence est cruciale pour l'économie du pays, et Dublin leur offre une fiscalité attractive.
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Depuis le lancement de ChatGPT il y a deux ans, les géants de la Silicon Valley se livrent une course effrénée à l'IA dite générative, qui permet d'obtenir des textes, images ou lignes de code d'un niveau équivalent à ceux produits par des humains, sur simple requête en langage courant. Chaque entreprise a intérêt à entraîner son modèle avec le plus de données possibles, rapidement et à grande échelle, quitte à se faire rattraper ensuite par les autorités.
Google n'est pas le premier dans le viseur de l'UE. Le réseau social X a ainsi exploité les données personnelles de ses utilisateurs européens entre le 7 mai et le 1er août pour entraîner son programme d'IA Grok, avant d'être rappelé à l'ordre par la DPC et de consentir à ne plus les utiliser. Une utilisation similaire par Meta (Facebook, Instagram) a, elle, été évitée en juin en Europe par l'intervention de l'association autrichienne Noyb, bête noire des géants de la tech. La DPC avait annoncé dans la foulée la suspension du projet de Meta, qui visait à alimenter son IA, baptisé LLaMA.
Les régulateurs du monde entier, en particulier l'UE, tentent depuis des années de réguler les géants de la tech en matière de concurrence déloyale ou de protection des données. Mais la guerre sans merci dans l'IA complique encore plus leur tâche, d'autant que le secteur profite de la lenteur des législations et des procédures en justice.
Apple et Google condamnés par la justice européenne
Mis en cause pour ses avantages fiscaux en Irlande, Apple a été définitivement condamné mardi par la justice européenne à rembourser 13 milliards d'euros d'arriérés à Dublin après huit ans de procédure. Le même jour, Google était lui aussi condamné à une amende définitive de 2,4 milliards d'euros, initialement prononcée en 2017, à l'issue d'une enquête ouverte en 2010 sur son service de comparateur de prix. Les deux groupes se sont immédiatement dits « déçus », dans des communiqués distincts.
« C'est une grande victoire pour les citoyens européens » mais aussi « une victoire pour des règles du jeu équitables et pour la justice fiscale », s'est réjouie la commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager, très émue, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.