Intelligence artificielle au travail : les Français sont plus réticents que leurs voisins

 |   |  757  mots
Les Français sont les plus inquiets sur les conséquences de l'intelligence artificielle sur leur travail, selon une étude réalisée dans sept grandes économies mondiales par le Boston Consulting Group.
Les Français sont les plus inquiets sur les conséquences de l'intelligence artificielle sur leur travail, selon une étude réalisée dans sept grandes économies mondiales par le Boston Consulting Group. (Crédits : Pixabay)
Perte de pouvoir d'achat, baisse de la sécurité de l'emploi... Les Français redoutent l'impact de l'intelligence artificielle (IA) sur leur travail, selon une étude du Boston Consulting Group publiée mercredi 20 juin. À l'inverse, "les pays les plus avancés" dans le développement de l'IA tels que la Chine, le Canada et les États-Unis sont les plus positifs.

Travailler avec de l'intelligence artificielle ? Les Français sont inquiets quant aux conséquences que cela pourrait avoir, selon une étude publiée mercredi 20 juin par le Boston Consulting Group (voir méthodologie en bas de l'article, Ndlr). Menée dans sept grandes économies mondiales (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, États-Unis, Canada, Chine), l'Hexagone s'illustre comme le pays le plus réticent. Interrogés sur les conséquences de l'IA sur leur travail dans les années à venir, 65% des Français déclarent au moins un sentiment négatif - inquiétude, anxiété ou rejet - contre seulement 24% pour la Chine et 51% pour les États-Unis. En Allemagne, la proportion est également forte (61%), contre 51% en moyenne dans les sept pays de l'étude.

Globalement, "les pays les plus avancés" dans le développement de l'intelligence artificielle, "tels que la Chine, le Canada, les États-Unis" sont les plus positifs quand aux conséquences attendues de ce déploiement, indique le BCG dans un communiqué.

« Il faut relativiser ces opinions négatives, qui ne sont pas surprenantes », explique Nicolas de Bellefonds, directeur général de BCG GAMMA en France, la branche intelligence artificielle du BCG. Selon lui, elles sont surtout dues au fait que « les Français sont les moins informés par leurs managers de l'importance stratégique du développement de l'IA. Ils sont aussi ceux qui considèrent le plus que l'IA ne les affectera pas personnellement : 69% d'entre eux estiment que l'intelligence artificielle ne pourra jamais accomplir la majorité de leurs tâches. Face à ces perceptions, il faut réaliser un vrai travail de pédagogie pour mettre en exergue les opportunités et les avantages que les Français sont susceptibles de retirer du développement de l'intelligence artificielle », conclut-il.

Lire aussi : Intelligence artificielle : les limites de la stratégie française

Surveillance, pertes d'emplois... Des craintes partagées

Pour autant, une majorité des Français sondés s'attendent à un impact négatif sur leur salaire ou leur pouvoir d'achat (65% contre seulement 21% en Chine), ainsi que sur l'emploi (59% craignent un impact négatif sur les capacités de recrutement et 50% sur la sécurité d'emploi contre 29% en Chine). Sans compter les craintes de déshumanisation du travail et l'augmentation des inégalités dues à l'IA.

Ces préoccupations sont globalement partagées par les différents pays interrogés - y compris pour les personnes travaillant déjà avec de l'IA. Ainsi, plus de 3 personnes sur 4 redoutent une surveillance et un contrôle accrus de leur travail. C'est le cas de 82% des personnes dans les organisations qui les utilisent déjà. En parallèle, plus de deux tiers des travailleurs craignent également que cela entraîne des pertes d'emplois en raison d'une charge de travail réduite (76% lorsqu'ils utilisent déjà l'IA). Enfin, les salariés redoutent aussi largement une baisse de la cohésion sociale et des problèmes éthiques en matière de protection des données.

Optimisme pour les salariés déjà au contact de l'IA

Actuellement, plus d'une personne active sur cinq travaille déjà dans une organisation où l'intelligence artificielle est utilisée à travers des outils ou des applications (22%). Pour autant, ce constat est très contrasté selon les pays. Ainsi, la Chine est la plus avancée en la matière (31% des salariés travaillant dans des organisations utilisant déjà l'IA), suivie du Canada (26%) et des États-Unis (24%). Loin derrière, l'Europe est à la traîne avec le Royaume-Uni (20%), l'Espagne (18%), la France (16%) et enfin l'Allemagne (15%).

Les employés étant déjà au contact de l'IA sont ceux qui sont les plus positifs quant aux conséquences sur leur travail. Parmi eux, 75% estiment que l'IA a eu un impact positif sur leur efficacité, 75% sur leurs résultats, 74% sur la façon dont leur travail est organisé. Les salariés utilisant déjà l'IA sont encore plus enthousiastes que les autres lorsqu'ils évoquent l'impact de l'IA dans les cinq prochaines années : plus de 8 sur 10 considèrent que cela aura un impact positif sur leur organisation, notamment sur la croissance et l'organisation de l'entreprise.

_______

Méthodologie L'étude a été réalisée par Ipsos pour BCG auprès de 7.077 personnes appartenant à la population active, dont un minimum de 1.000 personnes dans chaque pays étudié (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, États-Unis, Canada, Chine). Dans chaque pays, un échantillon représentatif (méthode des quotas) de la population active nationale âgée de 18 ans ou plus a été interrogé. Ce sondage a été effectué en ligne entre le 18 mai et le 6 juin 2018.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/06/2018 à 22:21 :
La messe est dite: des français incultes s'opposeraient au progrès car leur ignorance crasse alimente des préjugés d'un autre âge et des craintes injustifiées.
Et pourtant, il me semble que les avancées technologiques doivent interroger ne serait-ce que sur les questions éthiques qu'elles soulèvent. Maitriser la technologie, c'est anticiper les potentielles conséquences et ses utilisations malveillantes ou abusives.
Bref si les français se posent des questions c'est très bien. Ne pas se poser de questions est bien plus dangereux.
a écrit le 21/06/2018 à 21:46 :
Mon voisin est assez intelligent pour ne pas se soumettre a ce qui est artificiel! Et... bêtement je suis d'accord avec lui!
a écrit le 21/06/2018 à 19:30 :
Réticences ou pas, l'intelligence artificielle a de beaux jours devant elle en entreprise tant qu'elle ne demandera pas des jours de repos compensatoires pour des jours non travaillés. Quand elle le fera, évidemment...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :