La lutte antimonopole, point de fracture entre les démocrates et la Silicon Valley
Guillaume Renouard
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Joe Biden a fait de la lutte contre les monopoles numériques l'un des grands axes de sa présidence.
Craig Hudson
Joe Biden a impulsé une radicalité nouvelle contre les abus de position dominante des géants du numérique, dont Google vient de faire les frais lors d'un jugement historique. Une vraie rupture entre les démocrates et les big tech, qui explique en partie le regain de popularité de Donald Trump auprès des grands patrons du secteur. Et qui met Kamala Harris sous pression.
Le vent est-il en train de tourner pour les big tech aux Etats-Unis ? Début août, un juge de Washington, dans le district de Columbia, a décrété que Google avait agi illégalement pour conserver son monopole sur la recherche en ligne. En particulier, le groupe est accusé d'avoir versé plusieurs dizaines de milliards de dollars par an aux géants du smartphone que sont Apple et Samsung pour faire de Google l'engin de recherche par défaut sur leurs appareils. « Google est un monopole et a agi en tant que tel pour maintenir sa position », a tranché le juge Amit P. Mehta dans son verdict.
Près de vingt ans après le jugement antitrust contre Microsoft, qui avait échappé de justesse au démantèlement, cette décision contre Google est la première qui pourrait engendrer des conséquences majeures. Sur Google tout d'abord, car le Département de la Justice envisagerait un possible démantèlement du groupe Alphabet, sa maison-mère, selon Bloomberg et le New York Times.
Sur l'ensemble des big tech ensuite, car le système de common law américain accorde une large place à la jurisprudence, c'est-à-dire la règle du précédent, qui oblige les juges à suivre les décisions prises antérieurement par les tribunaux. Autrement dit, ce jugement a de fortes chances d'influencer d'autres procès en cours pour abus de position dominante contre Google, Apple, Amazon et Meta, qui se tiendront dans les mois et années à venir.
Cette décision, qui arrive à la fin du mandat de Joe Biden, signe une présidence marquée par un important virage antimonopole, dirigé en particulier contre les big tech. Lors de la campagne pour l'investiture démocrate en 2020, Biden avait adopté un ton ambigu vis-à-vis de la Silicon Valley. S'il avait à plusieurs reprises affirmé que les géants de la tech avaient trop de pouvoir et critiqué la façon dont une entreprise comme Facebook gérait la circulation des infox, il n'était pas allé jusqu'à appeler au démantèlement des géants du numérique, ce qu'avaient fait ses rivaux Elizabeth Warren et Bernie Sanders.
Newsletter
Tech & IA
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.