Formée en tant que juriste, la jeune femme considère que le consensus qui règne autour de la législation antimonopole américaine depuis la fin des années 1970 n'est plus adapté à la réalité des géants du numérique, et veut donner un tour de vis.À 32 ans, Lina Khan devient la plus jeune présidente de l'histoire de la Federal Trade Commission (FTC), le gendarme américain de la concurrence. Professeur de droit de la Columbia Law School, elle a été élue commissaire de la FTC mardi suite à un vote bipartisan au Sénat (69 votes contre 28), afin d'occuper le siège laissé vacant par Joseph Simmons, nommé sous Donal Trump, dont le mandat s'est achevé en janvier. Durant cette période, l'intérim a été assuré par Rebecca Slaughter, commissaire démocrate.
La Maison Blanche a dans la foulée annoncé que Lina Khan prendrait la présidence de l'agence. Celle-ci compte cinq commissaires, l'un d'entre eux occupant le poste de président. La prise de poste de Lina Khan montre la volonté de l'administration Biden de donner un tour de vis dans la régulation des Gafam.
Contre Robert Bork...
Née à Londres en 1989 de parents pakistanais, Lina Khan émigre aux États-Unis avec sa famille à l'âge de 11 ans. Après des études au Williams College, où elle rédige un mémoire consacré à Hannah Arendt, elle étudie le droit à Yale, prestigieuse université de la Ivy League située à New Haven, dans le Connecticut. En 2017, un papier qu'elle publie dans le Yale Law Journal, intitulé Amazon's Antitrust Paradox, lui vaut un début de célébrité. Le titre de l'article est une référence à The Antitrust Paradox, livre très influent publié par le juge de la Cour Suprême Robert Bork, disciple de l'école de Chicago, en 1978.
Celui-ci y affirme notamment qu'une législation antimonopole efficace doit se préoccuper avant tout de la façon dont une entreprise affecte le bien-être des consommateurs, et non de la taille de l'entreprise ou du nombre de concurrents sur un marché donné. Ainsi, selon Robert Bork, il ne suffit pas qu'une entreprise soit en situation de monopole pour qu'elle tombe sous le coup de la loi : il faut que ce monopole entraîne des conséquences négatives concrètes pour le consommateur, comme une hausse des prix ou une baisse de l'innovation.
Guillaume Renouard, à San Francisco