La présidence Biden va durcir le ton sur la régulation des GAFAM
Guillaume Renouard, à San Francisco
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Reuters
Guillaume Renouard, à San Francisco
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Reuters
Dès son entrée en fonction, Joe Biden a entrepris de revenir sur l'héritage de son prédécesseur, abolissant dans une série impressionnante de décrets certaines mesures emblématiques de restriction migratoire et réintégrant l'accord de Paris sur le climat. Si le 46e président se pose à maints égards comme l'antithèse de Donald Trump, il est toutefois un domaine dans lequel son administration pourrait s'inscrire dans la continuité de la précédente : celui de la régulation des grandes entreprises technologiques.
Après une courte lune de miel au début de son mandat, durant laquelle Donald Trump a invité les grands dirigeants de la Silicon Valley dans la Trump Tower et leur a annoncé qu'il était là « pour les aider », l'ancien président a rapidement durci le ton. Plusieurs enquêtes pour abus de monopole ont été lancées contre les GAFAM, tandis que Trump et les élus républicains accusaient régulièrement Facebook et Twitter de discrimination à l'encontre de leur famille politique.
Or, dans une Amérique extrêmement divisée, l'idée que les géants de la tech ont trop de pouvoir et doivent être remis à leur juste place par le politique est l'un des rares points d'accord entre républicains et démocrates. Peu de chances, donc, pour que l'administration Biden s'accompagne d'un retour en grâce de la Silicon Valley à Washington.
À lire également
Dans le domaine des nouvelles technologies, l'un des premiers dossiers qui attendent le nouveau président est celui de la lutte contre les monopoles (Antitrust). En octobre dernier, le sous-comité antimonopole du House Judiciary Committee (un comité de la Chambre des représentants, composé de juristes, qui s'occupe notamment des affaires liées à la compétition et aux monopoles) a rendu un rapport de 449 pages, fruit de seize mois de travail, sur les pratiques anticoncurrentielles menées par Apple, Amazon, Google et Facebook. Une enquête antimonopole est actuellement menée contre Google par le Département de la Justice, et une autre est en cours à l'encontre de Facebook de la part de la Federal Trade Commission (agence gouvernementale notamment chargée du contrôle des pratiques commerciales anticoncurrentielles).
Peu probable que l'arrivée de Biden à la Maison-Blanche mette fin à ces dernières, selon Darrell West, chercheur à la Brookings Institution, un laboratoire d'idées non partisan basé à Washington. « La question qui se pose est celle de la fougue que l'administration Biden va mettre dans la poursuite de ces deux enquêtes. L'administration précédente voulait démanteler Facebook, et celle-ci va notamment devoir décider si elle compte revenir sur les fusions précédentes ou placer des limites quant aux futures acquisitions », analyse le chercheur.
Certes, Biden n'est pas un ennemi affiché de la Silicon Valley. Celle-ci a ainsi massivement financé sa campagne : une analyse effectuée par le magazine américain Wired juste avant l'élection conclut que 95% des donations effectuées par les employés de six grandes entreprises des nouvelles technologies (Alphabet, Amazon, Apple, Facebook, Microsoft et Oracle) sont allées au candidat démocrate. Les employés de Google se sont montrés les plus généreux, versant un total de 1,8 million de dollars à Biden. Une autre étude du Center for Responsive Politics, un organisme de recherche non partisan, conclut que les entreprises du web ont versé 26,8 millions de dollars à la campagne démocrate en 2020, contre seulement 3,4 millions pour la campagne républicaine.
À cela s'ajoute le fait que Biden ait servi comme numéro deux d'une administration Obama plutôt technophile, que sa vice-présidente, Kamala Harris, soit originaire d'Oakland (à côté de San Francisco) et perçue comme étant plutôt en bons termes avec la Silicon Valley, et que le président fraîchement élu n'ait jamais, contrairement à ses rivaux démocrates Elizabeth Warren et Bernie Sanders, appelé au démantèlement des Gafam durant les primaires de son parti. Son équipe de transition comptait enfin une dizaine de personnes ayant travaillé au sein des géants de la Silicon Valley.
Guillaume Renouard, à San Francisco