Payer son repas par QR Code : la startup Sunday à l'assaut de la restauration mondiale

Née pendant le premier confinement et cofondée par le co-créateur français de la chaîne de restaurants Big Mamma, la startup Sunday permet aux clients de payer l'addition rapidement via son smartphone, en scannant un simple QR Code. Une révolution des usages qui a séduit en quelques mois 1.500 restaurants dans quatre pays, et qui permet à la startup de lever 100 millions de dollars (85 millions d'euros) pour s'étendre partout dans le monde. Explications
Sylvain Rolland

7 mn

(Crédits : Sunday)

Certaines innovations paraissent tellement évidentes qu'on se demande pourquoi ce n'était pas déjà la norme. Lors du premier confinement, en mars 2020, Victor Lugger et Tigrane Seydoux, les cofondateurs de la chaîne de restaurants Big Mamma, spécialisée dans la nourriture italienne, comprennent que la Covid-19 va changer durablement le secteur de la restauration.

"Pour des raisons sanitaires, le QR code, qui existe depuis des décennies mais qui était ringard en Occident, est totalement revenu en grâce. Alors on s'est dit : "pourquoi servirait-il simplement à consulter le menu ? Pourquoi ne pas payer avec aussi ?", raconte le restaurateur/entrepreneur Victor Lugger. Ainsi était né Sunday : un QR code qui affiche le menu mais qui est aussi relié à un système de paiement sur smartphone. L'addition se règle en dix secondes à la fin du repas. De quoi en finir pour de bon avec l'attente à la caisse ou les regards insistants vers le serveur qui a oublié d'amener le terminal de carte bancaire.

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105 millions d'euros levés en 5 mois, les restaurateurs se bousculent

En quelques semaines, en plein confinement, la fine équipe de Big Mamma développe la solution et la teste dès la réouverture des restaurants dans les quatorze établissements de la chaîne. Malgré les imperfections du début, c'est un succès, plébiscité à la fois par les équipes du restaurant et par les clients : 60% des clients français utilisaient le service, générant 10% de rotation des tables en plus et des pourboires plus élevés de 40% pour les serveurs. Flairant le potentiel, Sunday s'émancipe alors de Big Mamma pour devenir sa propre entreprise. L'américaine Christine de Wendel, ancienne de ManoMano, rejoint les trois cofondateurs de Big Mamma en tant que CEO de Sunday et installe le siège de la startup aux Etats-Unis, dans l'optique d'accéder plus facilement à un marché mondial.

En avril 2020, peu après sa création en tant que spin-off indépendant de Big Mamma, Sunday lève 24 millions de dollars -20 millions d'euros- pour partir à la conquête du marché. Une coquette somme pour un tour de table d'amorçage. Mais le pari est payant : cinq petit mois plus tard, 1.500 restaurants, situés dans quatre pays -France, Espagne, Royaume-Uni, Etats-Unis- utilisent la solution. Et plus de 1,1 million de transactions ont été réalisées. Ces 1.500 restaurants représentent un volume annuel de chiffre d'affaires de 1,59 milliard d'euros. De l'étoilé Jacques Faussat aux grandes chaînes comme Hippopotamus ou les pizzeria Tripletta, en passant par des petites enseignes à l'image d'une pizzeria dans les Pyrénées-Orientales, le service séduit tous types de restaurants du moment qu'ils accueillent beaucoup de clients. "On ne s'attendait pas à un tel succès, on a tellement de demandes entrantes, en France, aux Etats-Unis et ailleurs, qu'on a du mal à suivre", indique Victor Lugger depuis Londres où il s'est installé.

Logiquement, les investisseurs se bousculent au portillon. Et voilà comment cinq mois après son tour d'amorçage, Sunday annonce ce mercredi 22 septembre le succès d'une levée de fonds de 100 millions de dollars -un peu plus de 85 millions d'euros, menée par le fonds américain Coatue (investisseur dans Snapchat ou Spotify), avec DST Global ainsi que des investisseurs issus du monde de l'hôtellerie, de la restauration et de la tech. L'objectif : accélérer la commercialisation de la solution, à la fois aux Etats-Unis et en Europe, pour capturer l'énorme marché du paiement mobile dans la restauration, encore peu adressé en Occident.

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Objectif 15.000 restaurants signés fin 2022

Concrètement, la brique du paiement est assurée par l'américain Stripe, qui dispose d'une licence d'Etablissement de Monnaie Electronique (EMI), et dont la solution permet aux professionnels de proposer un paiement en ligne sécurisé. Restait ensuite à connecter Sunday avec les POS (logiciels de caisse) des restaurateurs, pour prévenir immédiatement la caisse que le paiement a été effectué par les clients. A l'heure actuelle, Sunday a intégré les 25 principaux POS du marché, dont Lightspeed, PI Electronics, Zelty, CashPad ou encore TCPOS, ainsi que l'ensemble des moyens de paiement, de Visa à Swile, en passant par Mastercard, Apple Pay, Google Pay ou encore AmEx. La startup se rémunère par le prélèvement d'une petite part de chaque transaction, "très inférieure à 1% et moins chère que la commission prélevée par la carte bancaire", affirme Victor Lugger.

La levée de fonds devrait permettre d'intégrer 150 POS d'ici à la fin de l'année 2022, pour un objectif de 15.000 restaurants signés. La startup souhaite également proposer de nouvelles fonctionnalités, comme la commande des plats directement via le menu disponible dans le QR code ou l'intégration de programmes de fidélité, en plus des fonctionnalités existantes comme le partage de l'addition entre les convives -50% des tables y ont recours- ou la possibilité de laisser un pourboire et un commentaire. Des fonctionnalités par ailleurs très appréciées : 2000 serveurs ont bénéficié de pourboires via le QR Code, et le montant des pourboires a augmenté de 40% en France et de 100% au Royaume-Uni, tandis que le panier moyen a augmenté de 12%, notamment en café et desserts.

Course de vitesse

Pour Victor Lugger, Sunday incarne un nouvel usage amené à perdurer et à devenir la norme plus rapidement qu'on ne le croit.

"Sunday, c'est un vrai nouvel usage déclenché par la Covid mais qui correspond à une évolution de la société vers le paiement sans contact avec le smartphone. Le marché est colossal, et pas que dans la restauration. La carte bancaire va inexorablement mourir. Dans quelques années, cela nous paraîtra absurde de devoir attendre le serveur pour payer. Leur métier n'est pas se transformer en caisse enregistreuse quand tous les clients veulent payer au même moment", affirme le restaurateur/entrepreneur.

Sunday n'est pas le premier, loin de là, à se lancer dans le paiement mobile, un créneau déjà largement adressé par de nombreuses fintech dont la pépite française Lydia. Mais la particularité de Sunday est de miser sur le QR code comme vecteur d'une nouvelle expérience client dans la restauration, en accompagnant le repas de A à Z, du menu au paiement. Mais même sur ce credo, très peu adressé en France et globalement en Europe, Sunday n'est pas seul. TastyCloud propose depuis cinq ans des solutions personnalisables de menus digitaux, dont le menu via QR Code permettant la commande et le paiement en ligne. Et de nouvelles solutions éclosent un peu partout...

Fidèle à l'adage "winner takes all" [le gagnant rafle tout, Ndlr] qui a fait ses preuves dans l'univers de la tech, Sunday est donc engagé dans une course de vitesse qui passe forcément par de gros financements qui permettent d'améliorer le produit, de faire du marketing et de recruter des armées de commerciaux. De 5 personnes au début de l'année, Sunday est passée à 40 employés en avril et à 170 en septembre. La startup compte désormais doubler ses effectifs en 2022. Des bureaux sont déjà ouverts à Atlanta -siège social-, New York, Londres, Paris, Madrid et Barcelone "et d'autres vont suivre au fur et à mesure du déploiement global", précise Victor Lugger, qui croit que l'expérience de l'équipe dirigeante dans la restauration lui forgent une connaissance précise des problématiques qui sont un "véritable avantage concurrentiel".

Car Sunday voit déjà très loin et devra certainement relever des fonds dès 2023 ou avant si le déploiement se passe comme prévu. "On est aux pieds d'une montagne car il y a des millions de restaurants dans le monde. Il faut accompagner ce changement de mentalité vis-à-vis du QR code et du paiement mobile à la bonne vitesse", indique l'entrepreneur. Qui garde à l'esprit que le monde de la restauration n'est pas l'horizon indépassable de Sunday. L'entrepreneur estime que sa solution peut trouver des adeptes dans tous les secteurs qui accueillent du public, à commencer par les hôtels.

Sylvain Rolland

7 mn

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Commentaires 2
à écrit le 23/09/2021 à 5:19
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C'est une plaisanterie ? Cela se pratique depuis des années en asie !

à écrit le 22/09/2021 à 16:13
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Et bien entendu, le piratage des smartphones n'existe pas ?

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