Procès Pavel Durov : le fondateur de Telegram joue la carte de l'ignorance
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Pavel Durov a prétendu qu'il ne connaissait pas l'ampleur des activités criminelles sur Telegram.
Reuters
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Pavel Durov a prétendu qu'il ne connaissait pas l'ampleur des activités criminelles sur Telegram.
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Le fondateur de Telegram Pavel Durov, mis en examen à Paris pour complicité d'activités criminelles, a affirmé devant les juges d'instruction avoir « pris connaissance en garde à vue de la gravité des faits » reprochés à sa plateforme et promis d'en améliorer la modération.
Lors de sa mise en examen fin août, Pavel Durov avait d'abord mis en cause un prétendu défaut d'alerte français, selon des déclarations obtenues samedi par l'AFP. Et il a assuré avoir toujours été « disponible et prêt à répondre à toutes les demandes » émanant de la France. D'ailleurs, le dirigeant défend que les autorités françaises, y compris le cabinet du président, le consul de France à Dubaï et même un agent de la DGSI (une agence du renseignement français), connaissaient son compte personnel Telegram et son lieu de résidence. Ce qui le rendait facilement joignable d'après lui.
Selon Durov, son contact à la DGSI se serait dit satisfait de la coopération de Telegram, mais d'autres services enquêteurs ont d'après lui sollicité des « adresses e-mail erronées ». « À chaque signalement, je faisais de mon mieux pour répondre à la hauteur », a assuré le milliardaire de 40 ans.
Le 6 décembre, pour son premier interrogatoire, M. Durov avoue pourtant avoir « pris connaissance de la gravité de tous ces faits (...) en garde à vue ». S'il a répété que Telegram n'a pas été créé en pensant aux potentiels usages par des criminels, il a dans le même temps reconnu que leur présence -« une fraction minime » des utilisateurs selon ses mots-, a augmenté.
Les juges s'interrogent : la plateforme vérifie-t-elle précisément l'identité de ses utilisateurs ? « Non, et je pense que c'est le cas de toutes les messageries », répond Pavel Durov. Ils le questionnent aussi sur le chiffrement d'une partie des conversations. Un « standard de l'industrie », rétorque Pavel Durov, satisfait qu'aucun employé de Telegram ne « puisse avoir accès aux messages. »
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Les juges détaillent ensuite une quinzaine de groupes dédiés à la pédocriminalité, aux stupéfiants, aux escroqueries, aux armes, à la recherche de tueurs à gage, ayant parfois pignon sur rue sur la plateforme, qui valent au PDG de Telegram sa mise en examen pour complicité d'activités criminelles.
« Avez-vous conscience que la simplicité d'utilisation de Telegram permet à quiconque d'accéder à des plateformes illicites, de manière beaucoup plus simple notamment que sur le darkweb [nom communément utilisé pour désigner une partie internet accessible uniquement via le réseau Tor, ndlr]? », lui demandent-ils. M. Durov répond qu'il est en désaccord, affirmant que Telegram est efficace et supprime mensuellement 15 à 20 millions de comptes utilisateurs et un à deux millions de chaînes et de groupes.
Le milliardaire met en cause le manque de remontées de la justice ou des associations, et affirme avoir lancé récemment des partenariats avec certaines d'entre elles. « Pourquoi ne pas l'avoir fait avant ? », insiste un juge, rappelant aussi les alertes médiatiques. Pavel Durov reconnaît avoir considéré que les affaires relayées dans les médias ne comportaient « jamais rien de solide ». Une « erreur » qu'il reconnaît désormais
M. Durov répète être « à titre personnel dégoûté » par ces infractions, « mauvaises pour la société et les affaires ». Si l'entreprise basée à Dubaï a annoncé fin décembre son premier bénéfice net annuel, elle pâtit selon Pavel Durov de 2 milliards de dollars de dette.
« Nous nous engageons à améliorer nos processus de modération », promet-il donc, en écho à des annonces publiques de septembre, saluées par Emmanuel Macron, sur sa collaboration accrue avec les autorités judiciaires ou sur la modération qui doit devenir « une fierté ».
« Mes équipes ont fait beaucoup de progrès », souligne M. Durov. En France, Telegram affirme avoir répondu à 4 demandes judiciaires au premier trimestre 2024, contre 673 pour le dernier. Selon des données rassemblées par des internautes que Telegram n'a pas confirmées à l'AFP, une progression comparable est visible dans une grande majorité de pays. Sur les six premiers mois de 2024, à l'échelle mondiale, Telegram a délivré des informations d'identification concernant plus de 10.000 utilisateurs, selon M. Durov.
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« Ce n'est pas beaucoup au regard » de vos 950 millions d'utilisateurs revendiqués, lâche un magistrat instructeur. Les juges doivent réinterroger en détail M. Durov, qui doit fournir des documents justificatifs. Sollicité, Me David-Olivier Kaminski, son avocat, n'a pas répondu. Telegram a indiqué à l'AFP que la messagerie « coopère avec les autorités judiciaires dans le monde depuis 2018, fournissant des informations sur les criminels lorsqu'il est sollicité par des requêtes valides et par l'intermédiaire des bons canaux de communication. »
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