ENTRETIEN. Simple loisir pour enfant ou travail illicite imposé par les parents ? Les mineurs "influenceurs", qui publient des vidéos sur Internet parfois à un rythme effréné, ne disposent toujours pas d'un cadre juridique protecteur. À l'heure où certaines de leurs chaînes YouTube génèrent des millions de vues et des revenus mensuels conséquents, des associations de protection de l'enfance s’inquiètent des dérives potentielles. Bruno Studer, député LREM du Bas-Rhin, est rapporteur d'une proposition de loi sur le sujet, qui revient devant l'Assemblée nationale en deuxième lecture mardi 6...
... re.
"Swan the voice", "mademoiselle Sabina", "Ellie's Magic World", "Studio Bubble Tea", "Démo Jouets"... Ces noms de chaînes vidéo YouTube ne vous évoquent peut-être rien, mais elles totalisent des millions d'abonnés et génèrent des milliers de vues toutes les semaines. Leur point commun : être tenues par des enfants mineurs de moins de 16 ans et leurs parents.
Ces chaînes ressemblent à des journaux de bord familiaux : parties de cache-cache filmées dans une maison, déballage de cadeaux... Par exemple, les frères Swan et Neo de la chaîne YouTube "Swan the voice", respectivement âgés de 9 et 15 ans, ont décliné à plusieurs reprises des défis comme "passer 24 heures dans la salle de bain". Publiée en août 2019, la vidéo d'une trentaine de minutes totalise plus de 10 millions de vues.
Cette activité, qui n'est pas encadrée juridiquement, peut parfois s'avérer très lucrative grâce à la publicité, le placement de produits ou encore des cadeaux en nature. C'est pourquoi plusieurs associations de protection de l'enfance appellent depuis des années à un meilleur encadrement de ces activités pour limiter le risque de travail forcé des mineurs, de spoliation des revenus ou encore de surexposition médiatique.
Bruno Studer, député LREM du Bas-Rhin et président de la commission des affaires culturelles et de l'éducation à l'Assemblée nationale, a déposé la proposition de loi "Exploitation de l'image d'enfants sur les plateformes en ligne" en décembre 2019. Adoptée un première lecture à l'unanimité par le Sénat en juin, elle repasse en deuxième lecture devant l'Assemblée nationale à partir du 6 octobre. Entretien.
LA TRIBUNE - Avec cette proposition de loi, vous souhaitez encadrer l'activité et les conditions de travail des enfants dit "influenceurs" sur Internet. Pourquoi ?
BRUNO STUDER - La France était face à un vide juridique. Nous sommes déjà dotés d'un cadre très protecteur pour les enfants du spectacle (cinéma, mannequinat, e-sport...), mais celui-ci n'inclut pas spécifiquement les enfants "influenceurs" qui publient des vidéos sur des plateformes comme YouTube, TikTok, Snapchat... C'est pourquoi il faut modifier le code du travail.
Newsletter
Tech & IA
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.