Après avoir levé plus de 4 millions de dollars en à peine trois heures, le groupe « White Dudes for Harris » s'est vu suspendre son compte sur la plateforme X (ex-Twitter). Un incident qui n'est pas isolé alors que son propriétaire, le milliardaire Elon Musk, est un fervent soutien de Donald Trump.
Il ne se passe pas une semaine dans la campagne américaine sans que le nom d'Elon Musk ne soit évoqué dans la presse. Mardi, le réseau social X (ex-Twitter) du milliardaire américain a suspendu un compte de soutien en faveur de la candidate démocrate Kamala Harris. Le compte en question, @dudes4harris, est rattaché à l'initiative « White Dudes for Harris », comprenez « des hommes blancs en faveur de Kamala Harris ». Ce groupe de soutien, qui n'a cependant pas d'affiliation juridique avec la campagne de Kamala Harris, a levé la somme folle de plus de 4 millions de dollars pour la vice-présidente de Joe Biden lors d'une vidéoconférence sur la plateforme Zoom lundi.
Le compte a néanmoins été réinstallé ce mardi matin. D'après une capture d'écran publié sur X par les organisateurs du mouvement, il a été suspendu pendant quelques heures en raison d'un « rapport d'utilisateur » pour avoir violé les règles de la plateforme et plus précisément les « règles relatives à l'évitement de la suspension ». Une raison peu claire.
La réunion en ligne, qui a duré près de trois heures, a réuni près de 200.000 personnes, en majorité des hommes blancs, dont des acteurs comme Jeff Bridges, Mark Hamill ou encore Mark Ruffalo. Ce genre de groupe, axé sur l'identité, n'est pas inédit aux Etats-Unis. D'autres initiatives pour lever des fonds comme « Les femmes noires pour Harris » ou encore « Les femmes blanches pour Harris » ont ainsi vu le jour après l'annonce de la candidature de l'ancienne procureure dans la course à la Maison Blanche.
« Nous avons tellement fait peur à Elon Musk et Donald Trump ce soir qu'ils ont suspendu notre compte et ne nous laisserons pas revenir », a ainsi posté sur X l'entrepreneur Mike Nellis, un des organisateurs de « White Dudes for Harris ». Avant d'ajouter : « Ces gars sont effrayés par le succès que nous avons eu ce soir, mais nous n'allons pas abandonner. »
De son côté, Elon Musk n'a pas réagi, si ce n'est commenter la vidéo d'un utilisateur qui partage un extrait de la réunion Zoom où l'acteur Mark Hamill s'exprime sur l'état de santé mentale de Donald Trump et appelle à voter pour Kamala Harris. A propos de l'acteur, le milliardaire écrit que « son cerveau a mariné dans du Kool-Aid depuis un long moment ». Kool-Aid est une marque de boisson aromatisée aux Etats-Unis, et l'expression « Drinking the Kool-Aid » fait référence au fait de ne pas remettre en question une croyance, aussi dangereuse soit elle.
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C'est en tout cas un secret de polichinelle : Musk fait partie des fervents soutiens de l'ancien président Donald Trump. Pourtant, à l'origine, le milliardaire avait annoncé qu'il ne soutiendrait financièrement aucun candidat. C'est la tentative d'assassinat de Donald Trump, le 13 juillet, qui lui a fait changer d'avis. « Je soutiens totalement le président Trump et lui souhaite un prompt rétablissement », avait-t-il écrit sur X. Avant d'ajouter dans un autre message : « La dernière fois que les Etats-Unis ont eu un candidat aussi costaud, c'était Theodore Roosevelt. »
Signe de son engagement sans faille : sa contribution financière à la campagne du candidat républicain. Le Wall Street Journal avait ainsi rapporté courant juillet que le milliardaire prévoyait de verser 45 millions de dollars par mois à America PAC, une entité juridique qui n'est cependant pas reliée à l'équipe de campagne de Trump. Une information toutefois démentie par Musk lui-même : « Je fais des donations à America PAC, mais à des niveaux beaucoup moins élevés », a-t-il précisé par la suite.
Mais son engagement politique peut poser des questions d'indépendance, notamment par rapport à X. Le jour où Biden s'est retiré de la course à la Maison Blanche pour donner sa place à Kamala Harris, des utilisateurs du réseau social se sont plaints de ne pas avoir pu suivre le compte officiel de la campagne de la vice-présidente, rapporte le Washington Post. Le compte a gagné plusieurs milliers de followers en peu de temps lorsque le nom et le pseudo ont été modifiés pour Harris. Simple bug ou acte délibéré ? De nombreux dirigeants démocrates se sont en tout cas posés la question et certains ont même hésité à lancer une enquête à l'image de l'élu de New-York, Jerry Nadler.
Quand le patron de Tesla a racheté la plateforme Twitter en octobre 2022, renommé X, il a plaidé pour davantage de liberté d'expression, en voulant assouplir notamment les règles de modération. Pari réussi puisque la Commission européenne a par la suite ouvert une procédure d'enquête sur X fin 2023 pour des infractions au règlement européen sur les services numériques (DSA). Des lacunes ont notamment été relevées dans les obligations de transparence, de modération des contenus et de désinformation de la plateforme.
Depuis le rachat, le milliardaire a par ailleurs multiplié sur le réseau les propos complotistes, antisémites ou même transphobes. Et n'a pas caché politiquement ces derniers mois son aversion pour les démocrates et la gauche. Il y a quelques jours, Musk a même partagé sur son réseau social un faux clip de campagne de Kamala Harris, portant préjudice à la vice-présidente. Une publication qui viole même, selon des spécialistes, les propres règles de sa plateforme.