ENTRETIEN. La domination mondiale de Taïwan sur les semi-conducteurs est son meilleur rempart contre la menace d’une invasion chinoise, d'après le vice-ministre des Affaires étrangères taïwanais François Chihchung Wu. Il appelle le monde entier à soutenir son pays face aux défis répétés de Pékin.A la veille de l'ouverture du salon VivaTech et de la venue du fondateur des puces Nvidia Jensen Huang à Paris, La Tribune a pu rencontrer le vice-ministre des Affaires étrangères taïwanais, François Chihchung Wu à Taipei. D'après lui, la Chine n'est pas près de rattraper les géants américains qui développent les composants les plus avancés, ni les capacités industrielles de Taïwan, qui domine la production mondiale.
LA TRIBUNE - Quelles sont actuellement vos relations économiques avec la Chine continentale ?
FRANÇOIS CHIHCHUNG WU - En 2014, nous y consacrions 84 % de nos investissements. Ce chiffre est descendu à 7 % en 2024. À la place, nous investissons au Japon, aux États-Unis, en Europe ou en Asie du Sud. D'ailleurs, Foxconn a annoncé récemment un projet en France en partenariat avec Thales pour des semi-conducteurs dans le spatial. Nous n'ouvrons plus de nouvelles usines en Chine continentale et celles que nos entreprises conservent là-bas reposent désormais sur des technologies matures. D'un autre côté, il faut que les échanges économiques ou culturels se maintiennent sur certains aspects, parce qu'une rupture totale pourrait précipiter la guerre. D'ailleurs, nous continuons d'importer de la République populaire de Chine des produits de base et des matières premières, comme les terres rares.
Ne craignez-vous pas qu'elle vous rattrape dans la course aux semi-conducteurs, remettant ainsi en cause votre fameux « Silicon Shield » (bouclier de silicium), qui table sur votre prédominance dans ce secteur pour vous protéger ?
Contrairement à la Chine, nous faisons partie d'un écosystème allant du design à l'emballage des puces et nous entretenons des liens très forts depuis longtemps avec l'Europe. L'industrie des semi-conducteurs a commencé par des investissements du néerlandais Philips à Taïwan. Et aujourd'hui encore, ce secteur se développe grâce à nos coopérations avec les machines outils d'un autre Néerlandais, ASML, le gaz industriel du Français Air liquide, ou encore les produits chimiques de l'Allemand BASF.
Amélie Charnay, envoyée spéciale à Taipei