Médias-Télécoms : « La convergence semble de plus en plus inéluctable »

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Patrick Drahi, le propriétaire d'Altice (SFR), a fait de la convergence entre les médias, les télécoms et la publicité le fer de lance de sa stratégie en France comme à l'international.
Patrick Drahi, le propriétaire d'Altice (SFR), a fait de la convergence entre les médias, les télécoms et la publicité le fer de lance de sa stratégie en France comme à l'international. (Crédits : Reuters)
D’après le think tank Idate, les deux industries sont appelées à renforcer encore plus leurs liens dans les années à venir. D’une part, estime sa spécialiste, parce que les opérateurs « ont besoin des contenus pour se différencier et faire progresser leur revenu par abonnés ». Et d’autre part, parce que les groupes de médias, eux, « cherchent des relais de croissance alors que leurs revenus traditionnels sont sous pression ».

A en croire l'Idate, la convergence entre les télécoms et les médias n'en est qu'à ses balbutiements. D'après le think tank spécialisé dans les télécoms, elle semble même « de plus en plus inéluctable », a jugé mardi sa spécialiste, Florence Le Borgne, lors d'une conférence à ce sujet. Il faut dire que depuis quelques temps, les opérations en ce sens vont bon train à travers le monde. Sur le Vieux Continent, les opérateurs BT, Telefonica ou SFR ont récemment cassé la tirelire pour acquérir des droits dans le football. Et aux Etats-Unis, le géant du mobile AT&T, qui a déjà avalé le leader de la télévision par satellite Direct-TV en 2015, attend le feu vert pour racheter le géant Time Warner (propriétaire de CNN, HBO, ou encore des studios Warner Bros). Tandis que son grand rival, Verizon, s'est engagé dans le streaming vidéo en rachetant AOL, et bientôt Yahoo!, pour concurrencer les géants du Net dans la publicité.

Pour Florence Le Borgne, cet appétit des opérateurs pour les contenus constitue une réponse à des problématiques nouvelles. Elle constate notamment que la pénétration de l'Internet haut débit est très élevée dans beaucoup de pays. Ce qui signifie que sur ce front, les perspectives de croissance sont faibles. Elle souligne aussi que la guerre des prix, dans de nombreux pays, pèse sur les marges des opérateurs. Et ce, « alors même qu'ils doivent investir massivement dans leurs infrastructures, en particulier pour déployer la fibre », insiste-t-elle. En outre, Florence Le Borgne évoque la menace des services OTT (pour Over The Top, à l'instar du spécialiste de la vidéo à la demande Netflix), avec le risque que ces acteurs ramènent un jour les opérateurs au rang de vulgaires fournisseurs d'infrastructures.

Les contenus, « un argument marketing »

Aujourd'hui dos au mur, les opérateurs voient donc, d'après Florence Le Borgne, les contenus comme un moyen de « se différencier » et de « faire progresser le revenu moyen par abonné ». Elle constate aussi que pour ces groupes, les contenus deviennent un « argument marketing qui va permettre de retrouver des abonnés Internet ». Enfin, la spécialiste affirme que « détenir des contenus exclusifs permet de renforcer le rôle de l'opérateur dans l'esprit du client, et le rendre indispensable à ses yeux ».

A en croire Florence Le Borgne, la convergence entre les télécoms et les médias a vraisemblablement de beaux jours devant elle. D'autant que les groupes de médias, de leur côté, « cherchent des relais de croissance alors que leurs revenus traditionnels sont sous pression ». En France, c'est notamment le cas de Canal+, lequel a noué, l'an dernier, des partenariats avec Orange et Free pour distribuer plusieurs de ses chaînes et freiner ses pertes d'abonnés dans l'Hexagone.

Comment vont réagir les géants du Net ?

Mais pour la spécialiste de l'Idate, « il reste deux inconnues de taille » qui pourraient entraver cette convergence. La première, c'est que les autorités de la concurrence pourraient bien s'opposer, dans certains cas, au souhait des opérateurs télécoms de proposer des contenus en exclusivité. La seconde, elle, relève de « la position des acteurs majeurs d'Internet », qui disposent d'une force financière importante et d'une audience « à l'échelle planétaire, sans comparaison avec celle de n'importe quel opérateur ».

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Commentaires
a écrit le 07/06/2017 à 9:29 :
Une convergence, oui c'est possible, mais pas indispensable.
Pour le papier, j’achète un journal, en kiosque, en grande surface, ou je le reçois par courrier, mais il ne me viendrait pas à l'idée d'aller le chercher chez l'imprimeur.
Éventuellement si je recevais le feuillet directement du journaliste, je gagnerais du temps. Ç’aurait été un privilège, maintenant c'est une newsletter.

Dans le cas du numérique, avec le réseau c'est un peu pareil, sauf que là on peu avoir un accès direct au générateur du contenu.
Accéder à l'information par un portail générique ou thématique, oui, à condition qu'il y ait une valeur ajoutée. Ce peut être la gratuité, la spécialisation, la mise à jour permanente de l'information. Ou simplement pour les lecteurs, la possibilité de s'exprimer sur des sujets intéressants, comme c'est le cas ici.

Ceci dit je comprends la position des gérants d'infrastructures réseaux et fournisseurs d’accès. Il est tentant d’élargir l'offre et c'est tant mieux pour les médias, qui pour beaucoup sont en difficulté (de n'avoir pas su adapter leur forme ou rythme d'information). Mais désolé, ce n'est malgré tout pas le même métier que celui des télécoms.

Cela pourrait fonctionner dans l'autre sens, à savoir un groupe de presse, disposant aussi d’expertise technologique en communication, ou devenant fournisseur d'accès. Cela a déjà été fait, encore faut il ne pas être trop en avance sur le marché et qu'il y ait une convergence ou une grande diversité. La diversité, c'est ce que beaucoup apprécient sur internet, pardon, c'est ce que moi j’apprécie sur internet. De pouvoir créer mon propre bouquet de programmes d'information et d'avoir accès à des idées et des points de vue différents, afin d'essayer d'en extraire ma propre opinion.

Maintenant tout est en quasi temps réel et en plus on peut analyser, vérifier et parfois compléter une information en allant piocher dans les archives ou des encyclopédies en ligne.
Plus l'offre d'information est diversifiée et plus on gagne en liberté.
a écrit le 06/06/2017 à 19:23 :
Il faudrait les laisser faire. L'Homme apprend en faisant des erreurs. Laissons ces avides propriétaires d'usines de guimauve, faite à base de cervelle et de sucre, plonger la planète dans l'ignorance et l'abrutissement.

Peut-être qu'un jours Hanouna nous dira de nous "culturer"

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