AT&T-DirecTV : vers l’émergence d’un mastodonte de l’Internet et des médias

 |   |  622  mots
Aux Etats-Unis, le nouvel ensemble pèsera 26 millions d'abonnés pour la télévision payante.
Aux Etats-Unis, le nouvel ensemble pèsera 26 millions d'abonnés pour la télévision payante. (Crédits : reuters.com)
Le numéro deux des télécoms outre-Atlantique semble bien parti pour mettre la main sur le leader de la télévision par satellite. Ce méga-deal illustre à merveille un tournant stratégique : face à l’essor des fournisseurs de services Internet comme Netflix, les fournisseurs d’accès ne veulent pas être cantonnés au simple rôle de pourvoyeur de tuyaux.

Le feu vert est imminent. Ce mardi, les services antitrust du département américain de la justice ont décidé qu'ils ne s'opposeraient pas au rapprochement entre AT&T et DirecTV. Dans un communiqué publié mardi, Bill Baern, un responsable de ces services, précise qu'« après une enquête approfondie », ce mariage entre le numéro deux des télécoms outre-Atlantique et le plus gros fournisseur de télévision par satellite « ne pose pas un risque important pour la concurrence ». Les dirigeants d'AT&T peuvent donc se frotter les mains. D'autant que le département de la Justice précise avoir travaillé en étroite collaboration avec la FCC, le régulateur américain des télécoms, dont l'aval est le dernier nécessaire pour valider l'opération.

D'après l'AFP, son président, Tom Wheeler, a séparément indiqué que l'institution était favorable au mariage. Mais sous conditions. Parmi celles-ci, AT&T devra déployer un réseau à fibre optique couvrant 12,5 millions de nouveaux foyers. Cet engagement devrait augmenter de plus de 40% la couverture résidentielle en fibre optique dans le pays, et plus que tripler le nombre de zones métropolitaines où AT&T a annoncé vouloir proposer ces connexions très haut débit.

Des gages de non-discrimination

En parallèle, le groupe devra donner des gages de non-discrimination entre les différents services de vidéo en ligne, et notamment ne pas imposer de plafonds d'usage de données à ses clients qui ne s'appliqueraient pas à ses propres services de télévision. Une mesure attendue puisqu'en février dernier, la FCC a adopté une nouvelle réglementation en faveur de la neutralité du Net. Au grand dam des fournisseurs d'accès à Internet, ceux-ci n'ont pas le droit de bloquer, ralentir ou accélérer certains contenus ou services en ligne (comme Youtube et Netflix). Ou de proposer des « voies rapides » contre paiement pour certains d'entre eux.

Reste que le rachat de DirecTV par AT&T, annoncé en mai 2014, semble donc bien engagé. Au total, l'opérateur télécoms devrait donc débourser quelques 48,5 milliards de dollars. Une fois achevé, ce rapprochement accouchera d'un mastodonte. AT&T totalise en effet quelques 120 millions d'abonnés mobiles, et plus de 16 millions en haut débit fixe. Le groupe dispose pour l'heure de son propre service de vidéos, avec 5,7 millions de fidèles. De son côté, DirecTV dispose de 38,3 millions d'abonnés, dont 20,3 millions aux Etats-Unis et 18 millions en Amérique Latine. Avec 26 millions de clients au pays de l'Oncle Sam, AT&T deviendrait donc un sacré poids lourd de la télévision payante.

L'inquiétude de Netflix

Avec cette taille, et comme Yves Gassot, le directeur général du think tank Idate, nous l'expliquait le mois dernier, AT&T devrait notamment disposer d'une plus grande marge de manœuvre pour négocier les droits auprès des producteurs de programmes, et enrichir ses offres. Un impératif, sachant qu'avec l'arrivée de la VOD et des services comme Netflix ou HBO Now, « de plus en plus de consommateurs ne veulent plus s'abonner à des centaines de chaînes comme par le passé », souligne Yves Gassot. Visiblement inquiet pour ses affaires, Netflix s'est fendu en mai dernier d'une lettre auprès de la FCC très critique envers le mariage AT&T-DirecTV. Dans cette missive, le géant de la VOD craignait notamment un impact négatif sur « la concurrence et l'innovation » dans son secteur. Pour s'imposer dans les foyers américains, il devra finalement jouer des coudes avec l'opérateur. Lequel n'a pas l'intention de se muer en simple pourvoyeur de tuyaux.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :