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Au bord du gouffre, Sipa News cherche des investisseurs

Sandrine Cassini

Publié le 01 décembre 2012 à 10:56 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:13

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Brutalement lâchée par ses actionnaires allemands, la nouvelle agence de presse française, qui s'est lancée début octobre, joue son avenir le 6 décembre prochain devant le Tribunal de commerce. Elle doit trouver des investisseurs pour éviter le dépôt de bilan. Ses salariés en appellent à un soutien de l'Etat, qui fait déjà vivre l'AFP.

Un compte à rebours rapide et angoissant a commencé pour les équipes de Sipa News. Jeudi prochain, la toute jeune agence de presse, filiale de la deuxième agence de presse allemande DAPD sera reçue devant le Tribunal de commerce. Il pourrait mettre l'entreprise sous procédure de sauvegarde le temps d'y voir plus clair, et dans la pire des hypothèses prononcer la liquidation de certaines activités. A la veille de cette échéance cruciale, ses 120 salariés ont signé une lettre ouverte appelant à la venue d'un sauveur pour l'agence étranglée financièrement. « Ses premiers clients sont là, à portée de mains, prêts à signer leurs abonnements. Mais, pour prendre son envol, les premiers litres de kérosène lui font défaut », écrivent-ils dans cette tribune.

Relance début octobre

De fait, Sipa News, vient à peine de lancer son nouveau fil, après un long processus de consolidation (reprise de l'agence photo Sipa Photo, rachat de l'agence AP et Diora News, qui fournit du contenu pour le mobile) et une série d'embauches. L'ambition: concurrencer l'Agence France Presse, avec une offre certes moins abondante mais mieux adaptée aux besoins, qui traite des thématiques grand public comme la consommation, la santé, le divertissement et la télé... Les dépêches sont fournies avec des photos associées, de façon à être ré-utilisées clefs en main par des médias, en particulier régionaux, dont le temps et les ressources sont comptées. Pour le moment, les 60 journalistes de Sipa produisent 250 dépêches par jour, contre 800 à 1.000 dépêches quotidiennes pour l'AFP. « Mais en province, l'offre de l'AFP qui fournit 300 dépêches par jour, n'est pas beaucoup plus élevée que la nôtre, et nous avions dit à nos clients que ce niveau serait bientôt atteint», fait valoir le directeur de la rédaction Jean-Luc Testault, recruté d'ailleurs à l'AFP.

"30 à 50% moins cher que l'AFP"

Argument de poids : le prix. « Nous sommes 30 à 50% moins cher que l'agence France Presse», avance Jean-Luc Testault. De fait, l'AFP, qui mène pourtant une politique de baisse de ses tarifs, supporte, en raison de son histoire, des coûts de structure comparativement plus importants que ceux de Sipa. La puissante CGT du Livre est ainsi toujours présente au sein de l'agence, même si les métiers d'origine des ouvriers du Livre n'existent plus. L'AFP emploie encore des kyrielles de techniciens, et a même ses propres menuisiers !

"Certains clients étaient prêts à signer"

Principal problème de Sipa News: pour le moment, aucun client n'a encore signé de bon de commande, même si la nouvelle offre de dépêches est en test chez une trentaine de médias, notamment dans la presse régionale et mais également nationale (comme sur les sites du Nouvel Observateur et de Challenges). « Certains clients étaient prêts à signer avec nous, et avaient résilié leur abonnement à l'AFP. Dès janvier, on pourrait s'assurer plusieurs centaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires et cela confirmerait notre objectif de rentabilité pour début 2014. C'est un mythe de dire que les agences de presse ne sont pas rentables», explique Jean-Luc Testault. En attendant, l'agence n'engrange quasiment pas de recette et les caisses sont presque vides. Les salaires des journalistes seront divisés par deux en novembre.

Pas de soutien du gouvernement

C'est donc un exercice de haute voltige qui attend Sipa devant le tribunal de commerce. L'agence n'a pas eu beaucoup de temps pour démarcher des investisseurs, et ne peut même pas compter sur un appui de l'Etat qui soutient sa concurrente, l'AFP. Le gouvernement injecte chaque année 120 millions d'euros, sous forme de commandes publiques, soit 40% de ses recettes de l'agence historique. Cette aide fait l'objet d'une enquête à Bruxelles, suite à une plainte déposée par DAPD. L'AFP dispose aussi de puissants soutiens au sein du Parti socialiste. Son PDG, Emmanuel Hoog, énarque et ancien patron de l'INA, fit partie du cabinet de l'actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, lorsque ce dernier était à l'Assemblée nationale d'abord, puis au ministère de l'Economie. Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Sipa News a trouvé porte close devant le Fonds stratégique d'investissement (FSI) et l'Etat n'a pris aucun abonnement à l'agence. Même si l'on voit mal le gouvernement soutenir un concurrent à une AFP déjà en difficultés, les salariés de Sipa dénoncent cet état de fait. « L'Etat qui verse chaque année près de 120 millions d'euros à l'Agence France Presse sans appel d'offres a aussi une lourde responsabilité. Avec seulement 2% de cette somme, il peut assurer l'avenir du Sipa News. Il le doit », implorent-ils.

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Le lâchage des Allemands

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Comment Sipa News s'est-elle retrouvée soudainement dans une situation aussi dramatique ? Ses deux actionnaires allemands - Martin Vorderwülbecke et Peter Löw - qui ont fait fortune ces dernières années dans le retournement d'entreprise ont brusquement décidé d'abandonner l'affaire en France mais d'abord en Allemagne, où l'agence allemande, montée à coup de rachats d'entreprises, DAPD a fermé plusieurs entités ces dernières semaines, et licencié un tiers de ses effectifs. Une volte-face étrange dans la mesure où les deux hommes d'affaires montaient l'aventure depuis plusieurs années déjà et n'ont donné aucune explication sur leur attitude. « Martin Vorderwülbecke est venu nous voir le 14 septembre et nous a dit qu'il fallait continuer. Nous avons donc poursuivi le processus de recrutement », se désole le directeur de la rédaction. Depuis Martin Vorderwülbecke aurait cédé sa participation à Peter Löw, tandis que ce dernier s'est contenté d'indiquer aux dirigeants qu'il voulait vendre sa part.

Sandrine Cassini

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