Aurélie Filippetti prend le parti des producteurs contre Rémy Pflimlin

La ministre de la Culture a dénoncé mercredi les modifications de la grille de France 3, qui prévoit notamment la suppression de documentaires en soirée. Pourtant, cette décision s'inscrit dans le plan d'économies dû aux baisses de crédits publics. Cette sortie attise la guerre entre salariés du groupe public, menacé par des restructurations et les producteurs privés.  

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Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture
Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture (Crédits : AFP)

Violente. Telle a été la déclaration faite par Aurélie Filippetti à l'égard de Rémy Pflimlin, le patron de la télévision publique. La ministre de la Culture a déclaré sur RTL avoir « des interrogations sur la stratégie de France Télévisions ». En ligne de mire, la réorganisation des soirées de France 3. Le groupe a prévu d'allonger la durée du Soir 3, avec comme conséquence directe la suppression de plusieurs cases consacrées à la création, notamment deux documentaires et des films. Aurélie Filippetti n'a pas hésité à endosser l'habit de directrice des programmes. « On nous annonce l'éventualité d'une suppression de 'C'est pas Sorcier', l'une des belles émissions. Là aussi, j'estime qu'annoncer que l'on fragilise une émission de qualité qui a fait ses preuves, ça ne me semble pas de bonne politique », a-t-elle asséné sur les ondes. « L'une des missions du service public c'est de défendre les producteurs, la production audiovisuelle et cinématographique en France », a-t-elle fait valoir.
 
Avec ces déclarations, la ministre prend le parti des producteurs, qui se sont publiquement plaints des modifications de la grille de la 3. De fait, non seulement France Télévisions met en musique un vieux projet - l'allongement du journal - mais en plus le groupe va économiser plusieurs millions d'euros par an sur sa grille. Le syndicats des producteurs indépendants (SPI) s'est donc ému de cette situation. N'hésitant pas à évoquer l'atteinte à « la diversité », ils ont aussi assuré que c'était « dans cet espace que la diversité parvenait à s'exprimer et à se renouveler ».

Rémy Pflimlin doit arbitrer entre les salariés du groupe public et les producteurs
L'émotion exprimée sur les soirées de France 3 témoigne d'un bras de fer global et malsain entre les salariés du groupe audiovisuel, dont les effectifs vont être réduits, et les producteurs privés. France Télévisions devra faire l'an prochain environ 150 millions d'euros d'économies, selon le niveau final qu'atteindra la redevance. A l'échelle du groupe, cela ne représente qu'entre 3 et 5% du budget, mais cela suffit pour le faire plonger dans le rouge. Qui fera les frais de ces économies? Rémy Pflimlin, qui doit rendre début 2013 un nouveau « contrat d'objectif et de moyens » (COM), fixant la stratégie du groupe, rendra en partie son arbitrage.

Aurélie Filippetti donne son avis
Sur cet épineux sujet, Aurélie Filippetti, a donné son avis : « Je veux que France Télévisons nous présente un plan stratégique, avec des missions de service public qui soient claires en matière de soutien à la création, d'augmentation des programmes à destination des enfants et notamment les programmes éducatifs », a ordonné la ministre, qui oublie quand même que c'est au gouvernement de fixer la « mission » et au groupe de l'exécuter.

Historiquement, les producteurs ont table ouverte
La ministre affaiblit sérieusement Rémy Pflimlin face aux producteurs. Du bout des lèvres, le président du groupe public les avait récemment prévenus qu'eux aussi devraient se serrer la ceinture. Historiquement, les producteurs privés, qui bénéficient d'un financement en chiffre pourcentage du chiffre d'affaires déjà supérieur à celui des chaînes privées, sont très bien lotis par le service public. Rémy Pflimlin est même allé encore plus loin à la rentrée 2011 en s'engageant en plus sur des planchers (60 millions d'euros par an dans le cinéma et 420 millions d'euros dans la création, soit, pour mémoire, 100 millions d'euros de plus qu'en 2005!). Autant dire que les producteurs n'ont pas l'habitude qu'on leur refuse grand chose. Mais les temps changent. A France 2 par exemple, les producteurs d'émissions de flux ont reçu leur lettre leur demandant des économies substantielles.

La CGT monte au créneau
C'est dans ce contexte que Rémy Pflimlin a vu arriver un allié de circonstance. La CGT, qui a lancé un préavis de grève pour le 18 décembre, a publié un communiqué dénonçant les propos de la ministre. « La charge de la Ministre de la culture survient deux jours après celle des producteurs privés qui montent au créneau après que le PDG Pflimlin ait osé toucher à leur chiffre d'affaire et à leur profit. Le ministère de la culture serait-il sous l'influence de ce puissant lobby ?», s'interroge le syndicat. Avant, quand même, d'enfoncer le patron «prêt à tout pour rester à sa place en commençant par un social prévoyant la réduction de 10% des effectifs d'ici 2015 (1.000 postes)». Salariés du groupe public, contre producteurs privés, la guerre ne fait que commencer.

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Commentaires 26
à écrit le 13/12/2012 à 20:35
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mr filipini , ce n'est pas à vous de decider , c'est quand même le peuple francais qui finance ces chaines via la redevances télé , donc ont devrait nous demander notre avis et pas le votre DTC

à écrit le 13/12/2012 à 17:08
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C'est un scandale qui dure depuis très longtemps : les producteurs n'investissent pratiquement aucun fonds dans des productions qui leurs sont commandées par les télés publiques et privées et conservent les droits patrimoniaux. En clair cela veut dir...

à écrit le 13/12/2012 à 15:48
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La politique de Filippetti est simple à comprendre: tous pour les copains ayant droits et autres margoulins des milieux culturels "de gôche".

à écrit le 13/12/2012 à 14:38
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mon prédecesseur moerl16 a tout dit ce que j avai sur le coeur.je suis pour la privatisation de toutes les chaines

à écrit le 13/12/2012 à 13:08
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la télévision publique est dirigée depuis de très nombreuses années par les syndicats qui imposent leurs vues et surtout leurs copains,une privatisation de cette entité serait la seule solution pour soulager les finances publiques , pour avoir des pr...

à écrit le 13/12/2012 à 12:00
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Ce ministre sans talent, devrait s' occuper de réformer le régime chômage des intermittents du spectacle qui coûte plus d' un milliard d' euros chaque année.

le 13/12/2012 à 12:34
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+1 et non pas de ses copains engraisses a l argent publique...soi disant producteurs et artistes...

le 13/12/2012 à 15:17
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Oui mais les producteurs sont comme la ministre des bobos bien pensant. D'autre part Pflimlin a un très gros défaut, il a été nommé par Sarkosy.

à écrit le 13/12/2012 à 11:43
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c'est bien aurélie a vite appris a satisfaire les lobbies insistants

à écrit le 13/12/2012 à 10:42
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Oui oui elle est gentille Madame la Ministre. Mais bon, si on parlait un peu de service public - Sarkozy avait prit le bon angle en supprimant la Pub dommage qu'il ait marche arrière.

à écrit le 13/12/2012 à 9:47
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de bas étage et à fort enjeu financier et politique . Et pendant ce temps, le TITANIC coule tranquille ....

le 13/12/2012 à 10:23
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Ayons une pensée pour Christine Ockrent qui n'a pas pu obtenir ses 650 000 euros d'indemnités de la part de France 24...

à écrit le 13/12/2012 à 9:25
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N'était-ce pas elle qui se plaignait en janvier 2012 du trop fort interventionnisme des politiques dans l'audio visuel public? Au regard de la campagne orchestrée par cette dame depuis plusieurs semaines dans les médias contre l'audiovisuel public, i...

à écrit le 13/12/2012 à 9:16
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A quoi sert une télévision étatique? Elle devrait être payante et non imposée.

à écrit le 13/12/2012 à 9:01
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C'est encore la seule chose qu'on regarde sur France 3, les documentaires... Alors les supprimer serait du suicide ! Rendez-nous "C'est pas sorcier" !!!

le 13/12/2012 à 14:55
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C'est clair.

à écrit le 13/12/2012 à 8:14
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Le ministère de la propagande veut tout contrôler comme en URSS !

le 13/12/2012 à 9:31
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Evidemment le remplacement de "C'est pas Sorcier" par un show à l'américaine sera bien plus utile à la société. De plus c'est la télévision publique, donc, la ministre a tous les droits d'y intervenir. P.S. Tous les médias sont un instrument de la pr...

le 13/12/2012 à 10:54
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La ministre se permet d'intervenir sur une grille qui n'est pas la sienne. C'est celle des clients téléspectateurs qui payent un abonnement appelé redevance, redevance dont ils sont captifs et qui va encore augmenter de 6 euros. Toujours facile de vo...

le 13/12/2012 à 10:54
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La ministre se permet d'intervenir sur une grille qui n'est pas la sienne. C'est celle des clients téléspectateurs qui payent un abonnement appelé redevance, redevance dont ils sont captifs et qui va encore augmenter de 6 euros. Toujours facile de vo...

le 13/12/2012 à 11:57
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Cet affaire concerne directement les questions de la culture sur la chaine publique, donc, elle a droit, même devoir d'y intervenir. Un show de musique ou érotique sera surement plus rentable qu'une émission éducative (pas si nombreuses déjà), mais e...

à écrit le 13/12/2012 à 8:00
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INCROYABLE! Sur le fond, la réaction quelle à eu n'est pas digne d'un ministre de la république! On recule à L'époque de ORTF???? Créons un ministère de la télé! Comme en Chine!

à écrit le 13/12/2012 à 7:33
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C'est pas sorcier ne doit pas disparaître cette émission fait le bonheur des élèves de primaire et de collège depuis 20 ans !

à écrit le 13/12/2012 à 6:35
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Je rigole... Imaginons ce que la même Filippetti aurait dit d'un gouvernement de droite de s'immiscer ainsi dans la gestion des chaînes... On aurait eu droit aux cris des défenseurs de la liberté d'expression et de la sauvegarde de l'indépendance etc...

le 13/12/2012 à 11:48
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Je partage totalement votre avis. Les socialistes ont le chic pour faire systématiquement le contraire de ce qu'ils disent et de la morale qu'ils veulent imposer aux autres. Il n'y a qu'à voir "notre" Président qui, il y a quelques mois encore (duran...

le 13/12/2012 à 13:57
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Inutile d'imaginer ce qu'elle aurait dit. Il suffit de chercher sur le net ce qu'elle a déjà dit durant la campagne. C'est éloquent...

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