En plein boom des séries et films, la France veut sa part du gâteau du marché des tournages

Tirée par les plateformes comme Netflix, la demande en séries, films et contenus explose. Mais l’offre française de studios de tournage est insuffisante et peine à se moderniser. L’appel à projets « France 2030, La Grande fabrique de l’image », lancé par l’État, vise à investir 350 millions d’euros dans une dizaine de grands studios à dimension internationale, dans la production numérique et dans la formation. Objectif : doubler la capacité de production en France. Les porteurs de projets et collectivités fourbissent leurs armes.
Filiale de Delta Entreprises, l'opérateur de Provence Studios, La Planète Rouge a investi 2,5 millions d'euros en 2021 dans The Next Stage. Installé à Martigues, ce studio virtuel de 1.000m2 permet de réaliser un décor virtuel et immersif projeté sur un immense mur de leds.
Filiale de Delta Entreprises, l'opérateur de Provence Studios, La Planète Rouge a investi 2,5 millions d'euros en 2021 dans The Next Stage. Installé à Martigues, ce studio virtuel de 1.000m2 permet de réaliser un décor virtuel et immersif projeté sur un immense mur de leds. (Crédits : La Planète Rouge)

« Nous proposons de créer, en région, un hub de production et de formation audiovisuelles et cinématographiques de classe européenne » a annoncé Delphine Ernotte-Cunci, lors de la conférence de presse de rentrée de France Télévisions qui s'est tenue le 6 juillet à Paris.

En annonçant que son groupe serait candidat cet automne au grand plan d'investissements « France 2030, La Grande fabrique de l'image », en partenariat avec des acteurs privés, la présidente de France Télévisions s'inscrit dans l'ambition de l'appel à projets lancé au printemps par la Caisse des dépôts et consignations (CBC) et le CNC.

Visant à soutenir les investissements dans de nouvelles capacités de production et de formation, il est ouvert à toute entreprise française, active sur les marchés du cinéma, de l'audiovisuel et du jeu vidéo.

« La Grande fabrique de l'image est initiée dans le cadre du volet culturel du plan d'investissement France 2030 » détaille Vincent Florant, directeur du numérique au CNC.

« 350 millions d'euros de subventions, qui feront levier sur les financements privés et ceux des collectivités, seront injectés dans une dizaine de grands studios compétitifs au niveau international, grâce à un offre de services complète (technologies led, décor, ateliers...). L'objectif est de doubler la capacité de production et de placer la France parmi les leaders mondiaux des tournages et de la production numérique. »

En chiffres, ce niveau de subventions correspond à un besoin global en financement de 2 milliards d'euros. Il s'agit de passer le poids de la filière de la production de 4,2 milliards de revenus en 2021 à 7,6 milliards en 2030, ce qui reviendrait à tripler sa contribution au commerce extérieur.

France : 4ème surface de studios en Europe

L'accompagnement de l'État prévoit aussi le passage à l'échelle de 10 à 20 studios de production numérique innovants (animation, VFX, jeu vidéo) et l'appui à 20 ou 30 organismes pour la formation des talents techniques et artistiques au plus proche des évolutions du marché.

Alors que le secteur de l'audiovisuel et du cinéma connaît une vitalité inédite, la Grande fabrique de l'image mise sur l'attractivité, autant pour satisfaire la demande domestique que pour attirer les tournages internationaux, déjà facilités par le crédit d'impôts.

« Tirée par les plateformes, qui en 2022 injecteront 250 millions d'euros dans la production française, la demande en contenus explose. Entre 2019 et 2021, on observe une croissance de 35% des dépenses de production en France à 2,8 milliards d'euro, et même de 62% pour les tournages internationaux. Les projections à horizon 2030 indiquent un possible doublement des volumes » calcule Vincent Florant.

Selon le CNC, « les opportunités sont sans précédent » mais il est nécessaire de développer et de moderniser des moyens de production longtemps sous-financés.

Avec 23 studios et 58.000 m2, la France dispose de la quatrième surface totale de studios en Europe, loin derrière celle des studios britanniques (360.000 m2) ou allemands (156.000 m2), Pinewood et Babelsberg en tête.

Contrôler le foncier et doubler l'emploi de la filière

La taille des studios, y compris aux Studios de Paris, à la Victorine à Nice ou à Bry-sur-Marne, est aussi inférieure à la moyenne.

Pourtant, la concurrence s'aiguise. Entre 2020 et 2021, les studios Shepperton Studio/Pinewood et Cinecitta en Italie ont été financés à hauteur respective de 586 et 300 millions d'euros.

« Dans l'équation du profit des studios, la dimension foncière est primordiale, ainsi que la diversification des services proposés » ajoute Vincent Florant. « En France, la location des plateaux représente près de 90% des recettes contre 50% au Royaume-Uni. Un des leviers d'action est aussi de leur permettre de contrôler leur foncier ».

Sur le front de l'emploi, le CNC analyse que, du BTS à Bac + 5, il faut davantage promouvoir les métiers, notamment techniques, afin de doubler le nombre de personnes dans la filière. Le secteur manque par exemple d'administrateurs de production.

Ile-de-France, Nord, arc méditerranéen : territoires « prioritaires »

Pour être éligibles, les projets d'investissement devront présenter un budget prévisionnel minimum de 10 millions d'euros pour les studios de tournage et d'un million d'euros pour les studios de production numérique.

Tous les sites d'implantation sont concernés, mais l'Ile-de-France, l'arc méditerranéen et le Nord, fief du jeu vidéo et de la production numérique, font figure de territoires « prioritaires ».

En tant que candidat, il est vraisemblable que France Télévisions mettra en avant ses studios de Vendargues, près de Montpellier. S'inscrivant ainsi dans la dynamique de consolider l'axe méditerranéen.

« Plus gros studio de fiction en France » selon le groupe public, cet outil de pointe, développé avec l'aide des collectivités, est particulièrement stratégique. Demain, il accueillera la fabrication d'autres productions maison mais aussi celles d'acteurs extérieurs.

 D'une surface 16.000 m2, le site produit depuis 2018 le feuilleton de France 2, Un si Grand soleil (quatre millions de téléspectateurs chaque soir). Après une vaste opération d'extension et de modernisation à 10 millions d'euros, il offre quatre plateaux de tournage, dont un studio de 600m2 dédié aux effets spéciaux, et une activité de post-production.

La partie numérique a en outre vocation à être utilisée pour des formations et par des écoles telles que l'Université de Montpellier, Artfx (animation) ou Travelling (cinéma).

Opérateurs en place et nouveaux entrants

Peu de détails filtrent pour l'instant sur les autres candidats, mais l'appel à projets va mobiliser à la fois les opérateurs en place, tels TSF à Épinay ou Transpalux à Bry-sur-Marne, de nouveaux entrants ainsi que les collectivités et les régions.

Outre le producteur Tarak Ben Ammar, dont le nom circule après sa reprise en février dernier des studios de Luc Besson à Saint-Denis, des studios comme Provence Studios à Martigues (26.000 m2), La Belle de mai à Marseille ou la Victorine à Nice pourraient déposer un dossier avant la date butoir du 31 octobre prochain.

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Dans la cité phocéenne, le plan « Marseille en grand » prévoit le développement de studios. A Nice, la municipalité, gestionnaire de la structure, vient de voter le principe d'une concession des studios à un acteur du privé (financement, exploitation, développement).

 « Les nouveaux projets ouvrent par ailleurs des synergies intéressantes, regroupant des producteurs, des experts immobiliers, financiers et techniques » note Vincent Florant.

C'est le cas en Essonne, près de Brétigny-sur-Orge, où le projet de pôle cinématographique, 217 On Air, verra le jour en 2023 sur l'ex-base aérienne 217. Cet aménagement multi-services est financé par un partenariat public-privé réunissant Cœur d'Essonne agglomération, la société Quad Productions (Intouchables, Hors-Normes) et le cabinet SmartConsulting.

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Ailleurs, d'autres régions consultent pour avancer leurs pions. L'association Films en Bretagne recense actuellement, à la demande de la Région, les projets qui seront éventuellement portés par les professionnels bretons.

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Commentaires 5
à écrit le 22/07/2022 à 10:06
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les films espagnols et sud-americans ont les meilleurs senarios :) la France est très en retard dans l'originalités et les dimensions culturelles !

à écrit le 21/07/2022 à 12:07
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+1, le milieu subventionné gaucho parisien a détruit la culture française, et ce n'est pas avec l'initiative de macronistes qui vont arroser de quelques millions leurs copains que ça va changer. Il faut supprimer toutes les subventions à ces privilég...

à écrit le 21/07/2022 à 11:44
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Le bilan de la créativité en France est catastrophique, les financements vont à l'oligarchie culturelle qui de père en fils, de mères en filles et-c... tournent en rond dans un cercle qui forcément se réduit chaque jour, le manque d'idée est navrant,...

à écrit le 21/07/2022 à 11:22
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C'est très jolie, c'est une belle histoire.. dans les faits de la vraie vie, les prods touchent les subventions ici, les camions sont effectivement + ou - chargés en France et ils partent sur les lieux de tournages qui sont.... en europe de l'est. Ro...

le 21/07/2022 à 13:35
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Toute la question qu'il faut se poser est pourquoi? Pourquoi les producteurs préfèrent-ils se déplacer dans l'Est? Pourquoi préfèrent ils se déplacer aux us ou au Qc?

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