Etats-Unis : la fusion entre AT&T et Time Warner se politise un peu plus
Gwendal Lavina
Gwendal Lavina
Plus de 10 mois après l'annonce par AT&T de son intention d'acheter Time Warner, l'issue ne semble pas se concrétiser assez rapidement. D'autant, que le deal conclu le 23 octobre pour la somme de 85,4 milliards de dollars (environ 75 milliards d'euros) voit désormais la politique intensifier sa présence dans le processus.
Depuis de longs mois, un petit groupe de fonctionnaires s'active au sein du ministère de la Justice pour déterminer si la fusion être AT&T et Time Warner n'amènerait pas à la création d'un monopole. Les deux entreprises concernées réfutent cette option en expliquant qu'il n'y a pas de concurrence directe entre elles pouvant motiver un refus.
Toutefois, les autorités fédérales s'interrogent et d'autres groupes américains dans le domaine du divertissement et des télécoms voient rouge. Selon eux, la convergence entre les secteurs d'activité de AT&T et Time Warner suscite des inquiétudes portant sur les offres proposées aux consommateurs, leurs prix et l'impact sur le marché. A ces inquiétudes formulées par les entreprises, vient s'ajouter le spectre de la Maison-Blanche qui, n'exclurait pas de s'inviter dans la prise de décision.
Cette fusion doit en effet obtenir l'aval du département de la Justice américain qui détermine, aux vues des éléments présentés par les entreprises mais aussi les agences gouvernementales, si cette fusion va dans l'intérêt du consommateur. Cela devrait garantir une décision dépourvue de toute influence politique. Cependant, que la division antitrust du département de la Justice soit administrée par une personne nommée par le président américain pose question :
La personne choisie par Donald Trump pour cette position est Makan Delrahim - ce qui doit encore être confirmé par le Sénat américain. Lors de précédentes auditions, il a déjà fait savoir qu'il garantirait l'indépendance de cette division face à de possibles pressions, qu'elles soient politiques ou issues d'entreprises. Ces déclarations n'ont toutefois pas suffit à rassurer les personnalités politiques de tous bords qui craignent l'intervention de la Maison-Blanche.
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Selon le même article du New York Times publié le 6 juillet, le président américain envisagerait d'utiliser cette fusion comme un point de pression sur CNN, chaîne d'informations propriété de Time Warner. Comme le rapporte un officiel américain cité par le quotidien américain : "Les conseillers de la Maison-Blanche ont évoqué cette fusion comme un point de pression sur leur adversaire [CNN]."
Ce n'est pas la première fois depuis son arrivée dans le bureau ovale que la position du président sur la question est évoquée publiquement sans que ce dernier ne le confirme. Par le passé, plusieurs sources proches de Donald Trump ont expliqué à l'agence Bloomberg que le président voyait d'un mauvais œil cette fusion entre deux géants de leur secteur.
Lors de la campagne présidentielle, Donald Trump n'avait cependant pas caché son scepticisme face à cette transaction puisqu'il avait déclaré que son "administration ne l'approuverait pas". Celui qui était alors le candidat républicain à la Maison-Blanche avait expliqué : "cet accord concentre trop le pouvoir entre les mains de trop peu de personnes". Un argument également repris par la candidate démocrate Hillary Clinton.
Quelques heures après la publication de l'article du New York Times, une sénatrice démocrate du Minnesota a écrit une lettre à Jeff Sessions, le ministre de la Justice pour lui demander des comptes. Amy Klobuchar, qui est l'une des membres du sous-comité sénatorial chargé des questions d'antitrust, écrit que si ces informations étaient confirmées, ce serait très grave.
Plusieurs autres sénateurs ont rejoint Amy Klobuchar et notamment un fervent opposant à cette fusion, également élu du Minessota, Al Franken. Ce dernier a ainsi expliqué dans un communiqué : "La guerre que mène actuellement l'Administration Trump aux médias ne doit pas influencer le sort de cette transaction."
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Malgré ses nombreuses attaques contre la presse et notamment la chaîne CNN depuis son arrivée dans le bureau ovale en janvier, Donald Trump n'a plus abordé publiquement la fusion depuis son entrée en fonction. Si, dans les faits, il existe bel et bien des motifs valables d'empêcher la fusion, c'est pour le moment la position ambiguë de la Maison-Blanche qui effraye le plus.
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