La bataille fait rage entre deux systèmes de rémunération des artistes distincts tandis qu’Emmanuel Macron joue les arbitres. Décryptage.Dans une interview au magazine américain Variety, le 9 octobre, le président de la République s'est soudain invité dans le débat en pointant du doigt les plateformes de streaming musical : « Le modèle actuel sous-estime les artistes qui ont une audience moyenne. » En clair, Emmanuel Macron aimerait « voir des chanteurs comme Étienne Daho ou Barbara Pravi gagner un peu d'argent en même temps que Taylor Swift, pour que ce ne soit pas à sens unique ».
Souvent mis en cause, avec les autres plateformes, Spotify tente pourtant depuis des années de faire œuvre de pédagogie et de transparence. Avec ce leitmotiv : « Nous reversons des sommes colossales à l'industrie musicale. » Comme toutes les autres plateformes, le géant suédois redistribue en effet 70 % de son chiffre d'affaires aux maisons de disques, organismes de gestion collective des droits d'auteur, éditeurs. À eux ensuite de répartir cette somme pour rémunérer les artistes. « De quelle manière ? Nous l'ignorons, c'est du contrat privé, souligne Bruno Crolot, le directeur international de la musique chez Spotify. La suite n'est plus de notre ressort. On nous accuse de mal payer les artistes. C'est tout simplement faux puisque... nous ne les payons pas. »
Au total, et depuis sa création, le leader mondial du streaming affirme avoir reversé 48 milliards de dollars à l'industrie musicale. Spotify l'assure, ces milliards ruissellent, au point de favoriser l'émergence d'une « classe moyenne d'artistes ». L'année dernière, plus de 50 000 musiciens dans le monde ont généré au moins 16 000 dollars par an. « À cette somme il faut ajouter les revenus perçus sur les autres plateformes, Apple, Deezer, Amazon... », précise Bruno Crolot. Sans oublier le merchandising et les concerts, source principale de revenus des artistes.
Évidemment, 50 000 musiciens touchant un smic, c'est peu à l'échelle mondiale. Mais pour tenter d'amplifier cette dynamique, Spotify a décidé depuis janvier de ne plus rémunérer les titres comptabilisant moins de mille écoutes par an. But de l'opération : dégager « entre 20 et 50 millions de dollars », lesquels seront mécaniquement reversés aux « vrais artistes ». « Nous voulons nous concentrer sur les musiciens pros ou en devenir, insiste Antoine Monin, le directeur général de Spotify France et Benelux, ceux qui se situent entre les superstars et les débutants et dépendent le plus du streaming pour gagner leur vie. » Ils seraient entre 210 000 et 235 000 dans le monde.