Orange : la Cour des comptes fusille l'influence de l'Etat

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François Hollande et Stéphane Richard, le PDG d'Orange, lors de l'inauguration, en juin dernier, du nouveau centre de l'opérateur historique dédié à l'innovation à Châtillon, aux portes de Paris.
François Hollande et Stéphane Richard, le PDG d'Orange, lors de l'inauguration, en juin dernier, du nouveau centre de l'opérateur historique dédié à l'innovation à Châtillon, aux portes de Paris. (Crédits : Reuters)
L’institution estime que « la réticence de l’Etat à voir sa participation diluée et son influence réduite » peut constituer « un handicap » pour l’avenir industriel d’Orange.

Dans son rapport au vitriol sur l'Etat actionnaire, la Cour des comptes n'épargne pas la gestion de sa participation dans Orange, qui s'élève à 23%. L'institution dirigée par Didier Migaud commence par un constat : « La position d'actionnaire de référence d'Orange donne à l'État une influence supérieure à celle qui découlerait normalement de sa participation. » Avant de s'interroger très franchement sur les bienfaits de cette situation : d'une part, la Cour des comptes se demande si l'Etat dispose d'une « capacité réelle » à peser sur la stratégie de l'entreprise. D'autre part, elle juge que « la volonté des pouvoirs publics de préserver leur influence peut constituer un frein au développement de l'entreprise, en particulier sur le plan international ou pour les opérations de consolidation industrielle ».

S'agissant du poids de l'Etat dans la stratégie d'Orange, la Cour constate un « alignement réel » de la stratégie de l'opérateur historique avec les objectifs des pouvoirs publics. C'est-à-dire être leader dans le déploiement de l'Internet fixe à très haut débit pour couvrir le territoire, avoir le meilleur réseau 4G, ou encore être numéro un ou numéro deux sur chaque marché. Mais comme le relève la Cour, cette « stratégie de différenciation » correspond finalement au positionnement du groupe lorsqu'il était un monopole d'Etat... En d'autres termes, sous ce prisme-là, les services de Didier Migaud estiment que la participation de l'Etat ne constitue pas une nécessité.

« Inconvénients pour le développement du groupe »

Avant de juger, sans prendre de gants, que la présence de l'Etat au capital d'Orange pourrait plomber l'avenir du groupe :

« Il est loin d'être avéré que les avantages retirés par la sphère publique de sa participation l'emportent sur les inconvénients pour la stratégie de développement de l'entreprise et pour la consolidation industrielle du secteur. La réticence de l'État à voir sa participation diluée et son influence réduite peut, de ce point de vue, constituer un handicap pour l'avenir d'Orange. »

La Cour fait ici référence au rachat avorté de Bouygues Telecom par l'opérateur historique en avril dernier. En échange de sa filiale télécoms, Martin Bouygues voulait rentrer au capital d'Orange. De peur d'être trop dilué et de perdre à terme la main sur le groupe, l'Etat-actionnaire a fixé des exigences jugées inacceptables par le chef de file du Groupe Bouygues. De fait, ces desiderata ont largement participé à faire capoter l'opération.

Ceci-dit, la Cour met les pieds dans le plat, estimant que davantage de privatisation ne serait pas, tout compte fait, une mauvaise chose :

« Les actionnaires publics peuvent réduire leur niveau de participation [dans Orange, Ndlr] en préservant l'essentiel de leurs droits de gouvernance, pour permettre la réalisation d'opérations industrielles impliquant des évolutions actionnariales. »

Matignon s'emporte

Dans le rapport de la Cour des comptes, Matignon juge de son côté que les critiques liées à sa gestion de la participation dans Orange ne sont pas justifiées. Pour les services du Premier ministre, la présence de l'Etat au capital de l'opérateur historique « ne saurait constituer un frein au développement industriel du groupe et à la consolidation industrielle du secteur ». Agacé d'être présenté comme un responsable de l'échec du deal avec Bouygues, Matignon s'emporte :

« Il est à cet égard totalement infondé de considérer que l'État serait responsable de l'échec du projet d'acquisition de Bouygues Télécom par Orange, opération d'une grande complexité car faisant intervenir de nombreux acteurs, à l'occasion de laquelle l'État a logiquement défendu les intérêts patrimoniaux liés à sa participation au capital d'Orange. »

Pour autant, le désengagement de l'Etat dans Orange fait souvent débat. Début décembre, François Fillon, le candidat de la droite à la présidentielle, s'est dit favorable à une reprise des privatisations« où la participation de l'Etat ne sert à rien ».

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Commentaires
a écrit le 28/01/2017 à 9:52 :
Privatisations, oui mais?
Tout ce qui a été privatisé jusqu'ici et ce qui est en cours, notre bien commun, autoroutes, hyppodromes'lol!) par exemple, barrages en cours, etc a été complètement bradé sans doute au quart du prix, alors il serait temps que ça cesse.
Comment estimer une infrastucture géante couvrant tout le territoire jusqu'au dernier des dom-toms. Ca doit faire un de ces paquets de miliards.
Plutôt que mettre le boxon, il faut que ces participations rapportent de substanciels dividendes.
Après tout c'est l'argent de la caisse de dépots et consignations, nos livrets a et peut-être nos retraites complémentaires.
a écrit le 27/01/2017 à 9:43 :
La participation de l'Etat n'est là que pour s'assurer que Orange traite bien ses 45000 fonctionnaires et puisse 'illégalement' conserver la propriété du réseau de cuivre qui lui a été attribué anticonstitutionnellement. Depuis qu'il est passé sous les 50%, l'Etat aurait du contraindre de se séparer de son infrastructure monopolistique (fourreaux et cuivre) qui lui donne un avantage exorbitant face aux concurrents.
a écrit le 26/01/2017 à 17:38 :
Effectivement....mais dès qu'il y a un problème qui appelle t-on au secours? Il faut savoir ce que l'on veut. Après dans les conseils d'administration il n'est pas interdit de nommer des personnes competentes. Est-ce que la Cour des comptes serait capable de prendre sur le moment de bonnes décisions? Son action se situe souvent après et c'est plus facile de dire "il aurait fallu" à la lumière des événements intervenus entre-temps....
a écrit le 26/01/2017 à 14:10 :
"projet d'acquisition de Bouygues Télécom par Orange, opération d'une grande complexité". Voilà le parapluie de la complexité ouvert par le gouvernement. Vals en a fait une spécialité qu'il étale dans son dernier débat : je suis responsable mais le bilan n'est mitigé que parce c'est complexe. Or quel est le principal facteur de complexité en France? L'oligarchie d'Etat qui sans cesse ménage la chèvre et le choux pour être réélue. L'Etat doit passer la mains aux acteurs des vrais enjeux industriels et se contenter d'arbitrer son portefeuille d'investissement pour le bien commun, sans arrière pensée politicienne.
a écrit le 26/01/2017 à 13:02 :
Il est fort dommage que les rapports de la Cour des comptes restent le plus souvent "lettre morte". Ils devraient être contraignants pour les gouvernements.
a écrit le 26/01/2017 à 12:35 :
36 millions euros le gain par le prélèvement du 23 et 24 janvier par l'état actionnaire edf ,combien de français en négatif sur leur compte bancaire
a écrit le 26/01/2017 à 11:48 :
Je préférais mille fois quand c'était Philippe Séguin à la cour des comptes mais j'ai bien peur que des politiciens de cette qualité là on n'en retrouve plus jamais, dommage.

Là c'est seulement une guerre idéologique lamentable de plus dont le citoyen aura forcément à perdre.
a écrit le 26/01/2017 à 11:46 :
la Cour est sous influence et fait de la politique, semble t-il.
Réponse de le 26/01/2017 à 13:05 :
C'est l'un des pires maux dont souffre ce pays, tout le monde fait de la politique.

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