Pourquoi Telecom Italia propose de séparer son réseau

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Outre rabibocher Telecom Italia avec Rome, cette séparation juridique ouvrirait la voie à une possible fusion entre la nouvelle entité et son concurrent Open Fiber, un réseau détenu en commun par l’électricien Enel, contrôlé par l’Etat, et la banque publique Cassa Depositi i Prestiti (CDP).
Outre rabibocher Telecom Italia avec Rome, cette séparation juridique ouvrirait la voie à une possible fusion entre la nouvelle entité et son concurrent Open Fiber, un réseau détenu en commun par l’électricien Enel, contrôlé par l’Etat, et la banque publique Cassa Depositi i Prestiti (CDP). (Crédits : Stefano Rellandini)
L’opérateur historique italien a proposé une mesure inédite au gouvernement : transformer son réseau Internet fixe en une entité légale séparée du reste du groupe. Cette décision vise à apaiser les tensions avec Rome, mais aussi à renforcer la valeur de Telecom Italia, dont le titre a fondu en Bourse ces dernières années.

Après des années de débats et de tergiversations, Telecom Italia (TIM) a finalement décidé d'une mesure inédite. L'opérateur historique italien a proposé à Rome de séparer son réseau Internet fixe en une entité juridiquement distincte du reste de ses activités. Cette nouvelle structure « serait contrôlée à 100% par TIM », a indiqué mercredi Amos Genish, son DG. Mais elle disposerait de son indépendance, avec son propre conseil d'administration et son propre management. Cette proposition, qui a été élaborée en concertation avec l'Agcom, le régulateur italien des télécoms, devrait être soumise au conseil d'administration de Telecom Italia le 6 mars prochain. Si une telle séparation devait voir le jour, celle-ci devrait « [renforcer] l'égalité d'accès au réseau, tout en maintenant prioritaires la qualité du service et les investissements », a affirmé Amos Genish.

Aux yeux du DG, cette décision vise notamment à apaiser les relations entre Telecom Italia et Rome. Celles-ci sont particulièrement tendues depuis que Vivendi, le géant français des médias, a grimpé au capital de l'opérateur historique transalpin - dont il est le premier actionnaire à hauteur de 24,9%. Signe de ces relations difficiles, le gouvernement a décidé l'an dernier d'utiliser des pouvoirs spéciaux à l'encontre de TIM, pour avoir son mot à dire sur les décisions stratégiques du groupe. Or, depuis longtemps, de nombreux responsables et dirigeants politiques italiens plaident pour une scission de son réseau Internet fixe, jugé stratégique. L'objectif étant de permettre à tous les opérateurs alternatifs d'en bénéficier dans les mêmes conditions que Telecom Italia, sans discrimination, et ainsi de favoriser la concurrence sur le marché. Selon plusieurs dirigeants italiens, ce traitement de cheval est d'autant plus nécessaire qu'il permettrait de rénover et de moderniser un réseau vieillissant. Lourdement endetté, Telecom Italia, est régulièrement accusé de l'avoir délaissé.

Fusion et introduction en Bourse ?

Outre se rabibocher avec les autorités, cette séparation juridique ouvrirait la voie à une possible fusion entre la nouvelle entité et son concurrent Open Fiber, un réseau détenu en commun par l'électricien Enel, contrôlé par l'État, et la banque publique Cassa Depositi i Prestiti (CDP). Ce qui pourrait déboucher sur la création d'un nouveau leader national dans les infrastructures Internet fixes. Une introduction en Bourse du réseau de TIM, qui est valorisé 15 milliards d'euros, pourrait également voir le jour. Autant de possibilités qui pourraient, à terme, profiter à Telecom Italia, dont la valorisation a fondu de près de moitié depuis deux ans.

Si Telecom Italia décidait de séparer son réseau du reste de ses activités, le groupe rejoindrait un autre cador européen des télécoms, BT, qui a été contraint de faire de même récemment. En mars dernier, l'opérateur historique britannique a annoncé qu'il allait transformer Openreach, sa filiale réseau, en une entité juridique distincte. Cette décision est intervenue au terme d'un long bras de fer entre BT et l'Ofcom, le régulateur des télécoms outre-Manche. Ce dernier plaidait depuis des mois pour cette séparation, autant pour éliminer les pratiques anticoncurrentielles de BT vis-à-vis de ses rivaux, que pour doper les investissements dans la fibre. Sachant que, depuis 2005, Openreach avait déjà l'obligation de permettre aux opérateurs alternatifs d'accéder à ses infrastructures dans les mêmes conditions que sa maison-mère. Mais après enquête, l'Ofcom a jugé que BT demeurait malgré tout favorisé.

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