Rachat de Shazam par Apple : pourquoi l'Europe veut protéger Spotify et Deezer

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Le rachat de Shazam par Apple pour 400 millions de dollars fait craindre à la Commission européenne que Spotify, leader mondial suédois du streaming musical, en soit la première victime.
Le rachat de Shazam par Apple pour 400 millions de dollars fait craindre à la Commission européenne que Spotify, leader mondial suédois du streaming musical, en soit la première victime. (Crédits : THOMAS WHITE)
La Commission européenne craint que l'opération "réduise le choix pour les utilisateurs de services de diffusion de musique en continu". Autrement dit, qu'elle porte préjudice à Spotify, le leader mondial d'origine suédoise, ou au français Deezer.

Le streaming musical s'invite dans le bras de fer entre l'Europe et les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon). Mardi 24 avril, la Commission européenne a annoncé l'ouverture d'une enquête approfondie sur le projet d'acquisition par le géant Apple de l'application britannique de reconnaissance musicale, Shazam, basée à Londres. Elle accède ainsi la demande de plusieurs pays  : l'Autriche, la France, l'Italie, l'Espagne, la Suède ainsi que la Norvège et l'Islande, non-membres de l'UE mais inclus dans l'espace économique européen.

Lire aussi : Apple-Shazam, un deal néfaste pour l'Europe ?

Distorsion de concurrence au détriment du leader mondial suédois Spotify et du français Deezer ?

L'exécutif européen, gardien de la concurrence dans l'UE, craint que ce rachat, annoncé en décembre et estimé à 400 millions de dollars (323 millions d'euros), soit l'un des plus importants jamais réalisés par la marque à la Pomme, "nuise de manière significative à la concurrence" en "réduisant le choix pour les utilisateurs de services de diffusion de musique en continu".

Créé en 1999, Shazam permet à son utilisateur de reconnaître automatiquement une chanson et son interprète grâce au micro de son smartphone. L'appli est effectivement l'une des plus populaires au monde. Elle fait actuellement partie de la catégorie des apps téléchargées "plus de 100 millions de fois" sur le Google Play Store, le magasin applicatif des smartphones fonctionnant sous le système d'exploitation Android. Au total, en intégrant les téléchargements sur l'App Store, l'entreprise revendiquait "plus d'un milliard" de téléchargements en 2016.

Le dossier est très sensible pour l'Europe car le streaming musical est actuellement l'un des rares domaines du numérique où le leader mondial vient du Vieux Continent. Il s'agit du suédois Spotify, qui revendique 71 millions d'abonnés et vient de réussir ses débuts à la Bourse de New York. L'opération permettrait donc à Apple de bénéficier d'une nouvelle arme pour rattraper son retard. Apple Music, numéro deux mondial, revendique 40 millions d'abonnés, loin derrière Spotify, mais loin devant le numéro trois Amazon Music Unlimited (20 millions) et les "petits" comme les français Deezer (6 millions d'abonnés en 2015) ou Qobuz.

Lire aussi : Entrée en Bourse : "Spotify n'a jamais été une entreprise normale"

Shazam est l'arme fatale d'Apple pour rattraper Spotify

Si la Commission européenne voit rouge, c'est parce qu'en mettant la main sur Shazam, Apple Music gagnerait un avantage concurrentiel notable vis-à-vis de ses concurrents. Il serait ainsi le seul à pouvoir intégrer directement la reconnaissance de chansons dans Apple Music -pour l'écoute en ligne des radios par exemple.

Les "projets excitants" qu'Apple réserve à Shazam pourraient aussi inclure une intégration poussée entre les deux services, qui deviendrait discriminante pour les utilisateurs de Shazam qui n'utilisent pas Apple Music. Actuellement, lorsqu'une chanson est identifiée par Shazam, l'appli redirige l'utilisateur indifféremment vers Apple Music ou vers ses concurrents, dont Spotify et Deezer. Le fabricant d'iPhone pourrait ainsi prendre la décision de fermer l'accès à ses concurrents... Une méthode de recrutement très agressive, mais certainement très efficace pour gagner de nouveaux abonnés.

Le rapprochement entre Apple et Shazam n'est pas récent. Les deux entreprises ont noué de bonnes relations depuis près de dix ans. Lancée en 1999, l'entreprise londonienne permettait initialement d'obtenir le nom d'une chanson par SMS, avant de devenir une application sur smartphone. En 2008, Shazam se fait connaître en intégrant l'App Store. Depuis 2014, l'application était intégrée à Siri, assistant virtuel d'Apple.

Nouvel épisode du bras de fer entre l'UE et les géants du Net américains

Cette enquête survient dans un contexte plutôt tendu entre la Commission européenne et les géants de la Silicon Valley. Bruxelles a multiplié récemment les initiatives pour tenter de mieux encadrer les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft..) aussi bien du point de vue de la taxation de leurs activités que de la protection des données de leurs utilisateurs.

Fait relativement inhabituel, la Commission européenne a décidé d'examiner ce projet d'acquisition de Shazam alors qu'il n'atteint pas les seuils de chiffre d'affaires (250 millions d'euros par an dans l'UE) fixés par les règlements de l'UE pour qu'il arrive normalement sur sa table. L'organe a tout de même estimé être "l'autorité la mieux placée pour examiner les effets transfrontières potentiels de l'opération".

La Commission européenne a jusqu'au 4 septembre pour prendre une décision. L'ouverture d'une enquête approfondie ne préjuge pas de l'issue de la procédure.

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Commentaires
a écrit le 26/04/2018 à 10:14 :
Parce que l'europe est à tout prix pour le "libre échange" et contre le protectionnisme, enfin celui qui protège les peuples pas celui qui protège les intérêts des riches bien entendu.
a écrit le 25/04/2018 à 22:56 :
La commission européenne est en train de se rendre compte que les GAFAM sont simplement des monopoles avec des produits absolument pas innovant à part dans leur marketing avec des idiots de médias qui leur font de la pub gratuitement .... La prochaine étape serait de comprendre qu'une fiscalité européenne non uniformisée est le terreau de notre propre mort économique .
a écrit le 25/04/2018 à 20:01 :
Que ça soit Apple, Microsoft, Facebook, Amazon ou Google, et c'est le cas pour des centaines d'autres entreprises, elles innovent par des acquisitions et par l'intégration de nouveaux services à l'intérieur de leur plateforme, rien de spectaculaire ou de très nouveau la-dedans !

L'article pointe par-contre sur la ferveur d'un '' nouveau protectionnisme'' européen qui pourrait ralentir l'ardeur de certains ''prédateurs'' étrangers sur le rythme des fusions et acquisitions. Faut-il s'en réjouir ou s'en inquiéter ?
a écrit le 25/04/2018 à 16:08 :
Bien sûr qu'il y a distorsion de la concurrence dans ce cas, apple fait de plus en plus penser au Microsoft des années 2000. Et Apple fait de moins en moins penser à l'entreprise innovante qu'elle était.
a écrit le 25/04/2018 à 14:20 :
microsoft aussi a voulu imposer un peu trop brutalement internet explorer....... ils se sont fait taper dessus assez violemment, et la part de marche est tombee a 5%.......... apres, chacun prend les risques qu'il veut, le plus dur etant d'assumer si ca tourne mal
Réponse de le 25/04/2018 à 15:27 :
Si IE est tombé c'est pas grâce à une l'UE mais grâce à Mozilla qui a produit Firefox.

Firefox est celui qui a reussit à detroner IE.

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