Spotify, Apple Music, Pandora... Vers une modération de la musique ?

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Spotify, leader mondial du streaming musical, revendique 75 millions d'abonnés et 99 millions d'utilisateurs pour son offre gratuite.
Spotify, leader mondial du streaming musical, revendique 75 millions d'abonnés et 99 millions d'utilisateurs pour son offre gratuite. (Crédits : Christian Hartmann)
Spotify a annoncé la semaine dernière vouloir modérer les œuvres présentes sur sa plateforme. Ainsi, le leader mondial du streaming musical se réserve le droit de réduire la promotion d'un artiste, voire même, de supprimer son oeuvre de la plateforme. Le géant suédois s'invite donc dans le débat sensible de la modération jusqu'ici réservé aux réseaux sociaux, tantôt accusés de censure ou de laxisme pour prolifération des contenus haineux.

À l'image des réseaux sociaux, les plateformes de streaming musical sont-elles en passe de devenir des modérateurs ? C'est la voie ouverte la semaine dernière par Spotify, leader mondial avec 75 millions d'abonnés. Le géant suédois a décidé de ne plus mettre en avant sur sa plateforme le chanteur R.Kelly, accusé de violences sexuelles à de multiples reprises. L'artiste ne figurera donc ni dans l'algorithme de recommandation de Spotify, ni dans ses playlist (comme la playlist Rap Caviar, qui totalise près de 10 millions d'abonnés). Le rappeur XXXTentacion a également subi le même sort.

Les artistes connaissent le même désamour chez Apple Music et Pandora, qui ont emboîté le pas à Spotify un jour après son annonce selon Pitchfork. Le point sensible : R.Kelly a toujours nié les faits et n'a pas été condamné à ce jour. XXXTentacion est quant à lui en attente de jugement.

La musique de R.Kelly "sera toujours disponible sur le service, mais nous ne la promouvront plus activement", a déclaré auprès de Billboard un porte-parole de Spotify. "Nous ne censurons pas le contenu en raison du comportement d'un artiste, mais nous voulons que nos décisions éditoriales - ce que nous choisissons de programmer - reflètent nos valeurs."

Et de poursuivre : "Quand un artiste ou un créateur fait quelque chose de particulièrement préjudiciable ou haineux, cela peut affecter nos façons de soutenir cet artiste."

De simple hébergeur... à modérateur

De simple hébergeur, ces plateformes tentent donc d'éditorialiser leurs offres avec une modération des contenus. Un dilemme qui concernait jusqu'ici les réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, ou les plateformes vidéos, comme YouTube. En effet, ces plateformes technologiques se sont retrouvées au cœur d'un débat sensible : faut-il laisser une entreprise privée supprimer des contenus, et donc établir une forme de censure ? Celles-ci sont tantôt accusées de restreindre la liberté d'expression en supprimant des contenus, tantôt soupçonnées de laxisme en permettant la prolifération de discours haineux.

En août dernier, Spotify a pris la décision de supprimer de sa plateforme les chansons de groupes néo-nazis, aux textes ouvertement racistes. Pour officialiser sa nouvelle politique de modération, l'entreprise suédoise a publié la semaine dernière une nouvelle charte sur les contenus et les comportements haineux. Cette dernière vise à "promouvoir des valeurs d'ouverture, de tolérance et de respect sur la plateforme". Spotify se réserve donc le droit de réduire la promotion d'un artiste ou, le cas échéant, de supprimer son oeuvre si elle ne respecte pas sa charte.

35 millions de chansons à passer en revue

La plateforme a fixé deux limites principales : les contenus haineux (comme les incitations à la haine envers un groupe de personne) et les comportements haineux (comme les "violences sexuelles" ou les "violences contre les enfants"). Reste à savoir où poser la ligne rouge pour modérer les quelques 35 millions de chansons disponibles sur la plateforme.

Spotify n'a pas pris un grand risque en testant sa nouvelle politique sur R.Kelly, qui n'a pas sorti d'album depuis 2016 et n'a aucun titre actuellement dans les têtes des chartsDes artistes plus en vogue, comme Chris Brown, sont toujours visibles dans les playlist, alors que ce dernier a été reconnu coupable par la justice américaine en 2009 de violences envers son ex-compagne Rihanna. Pour l'aider à préciser sa politique de modération, Spotify a signé des partenariats avec sept groupes de défense. La plateforme met aussi à la disposition des internautes un formulaire pour signaler une oeuvre.

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a écrit le 14/05/2018 à 16:21 :
"La plateforme a fixé deux limites principales : les contenus haineux (comme les incitations à la haine envers un groupe de personne) et les comportements haineux (comme les "violences sexuelles" ou les "violences contre les enfants")"

Oui il y a des messages qui ne sont pas diffusables, sans même parler de censure en parlant simplement langage et sémantique et équilibre mental.

Maintenant si vraiment les modérations s'attaquaient véritablement à "la haine envers un groupe de personnes" sur la tribune par exemple ce sont les 3/4 des commentaires qui dégageraient car messes néolibérales et autres expressions de maladies psychiatriques ou obsessions névrotiques des uns et des autres qui ont toujours, notez le bien, quelqu'un à nous montrer comme coupable, comme responsable de tel ou tel mal.

Alors oui il y le noir, l'arabe, l'étranger, l'immigré, le sans papier, classiques, ces gens qui n'ont rien du tout pris à parti à l'écrit par des gens souvent bien lotis, mais il y a les pauvres aussi, les "assistés", les syndiqués, les ouvriers qui coutent trop chers, les fonctionnaires, les politiciens qui faisaient leur travail comme il n'y a plus en europe mais comme May ou Trump par exemple, et-c et-c...

Bref si ici on appliquait cette règle, qu'est-ce qu'on respirerait mieux hein c'est sur mais aucune chance que cela n'arrive du coup.

L'église orthodoxe néolibérale ne veut surtout pas que nous remettions son dogme en question. Tu m'étonnes...
Réponse de le 14/05/2018 à 16:35 :
Ah oui, important, le consommateur est aussi souvent montré du doigt afin de déresponsabiliser le secteur marchand ou la finance alors que ça fait belle lurette qu'en tant que consommateurs nous n'avons plus de choix, si entre le mal et le pire comme pour les élections.
Réponse de le 15/05/2018 à 9:32 :
Pour l obsessions névrotiques, ca sent le vécu !

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