Streaming musical : Spotify toujours pas rentable mais loin devant la concurrence

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Spotify revendique désormais 75 millions d'abonnés, contre 71 millions il y a trois mois. L'offre gratuite (avec publicités), elle, cumule 99 millions d'utilisateurs (+9 millions).
Spotify revendique désormais 75 millions d'abonnés, contre 71 millions il y a trois mois. L'offre gratuite (avec publicités), elle, cumule 99 millions d'utilisateurs (+9 millions). (Crédits : Dado Ruvic)
Le numéro un mondial suédois du streaming musical vient de publier ses premiers résultats financiers depuis son introduction à la Bourse de New York. Le service accentue son avance sur Apple Music avec 75 millions d'abonnés, réalise un chiffre d'affaires en hausse de 26% sur un an et réduit ses pertes.

Spotify garde le cap. Le numéro un mondial suédois du streaming musical vient de publier ses tout premiers résultats trimestriels depuis son entrée en Bourse le 3 avril dernier, une démarche désormais obligatoire. C'est donc peu dire que la plateforme était attendue au tournant, puisque c'est la première fois que les marchés et les analystes peuvent enfin explorer concrètement la situation financière du champion de la musique en ligne.

Pour une première, c'est plutôt réussi. Spotify a délivré une performance trimestrielle plus ou moins conforme aux attentes, mais qui souffle le chaud et le froid. D'où une réaction négative des marchés, qui ont fait perdre 11,5% au titre à l'ouverture de la séance, ce jeudi après-midi.

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Avance solide sur Apple Music mais toujours en déficit

Le chiffre d'affaires des trois premiers mois de l'année s'établit à 1,13 milliard d'euros. Le positif est qu'il est en hausse de 26% sur un an. Mais le négatif est qu'il stagne (-1%) par rapport au quatrième trimestre 2017. Ce qui ne veut pas dire que le service n'est plus attractif : Spotify revendique désormais 75 millions d'abonnés, contre 71 millions il y a trois mois. L'offre gratuite (avec publicités), elle, cumule 99 millions d'utilisateurs (+9 millions).

Autrement dit, si le consentement à payer pour consommer la musique progresse, le gratuit résiste et reste la porte d'entrée vers la musique en ligne pour ceux qui passent le cap. Or, si le gratuit est indispensable pour asseoir sa position de leader du marché (Spotify à modernisé en avril son offre pour la rendre plus attractive), le gratuit n'est clairement pas le modèle que Spotify souhaite imposer, car il est beaucoup moins profitable que l'abonnement mensuel à 9,99 euros. Le repli du chiffre d'affaires vient d'ailleurs de la chute de 22% des revenus dégagés par l'offre gratuite, alors que le nombre d'utilisateurs est en hausse de 10%.

Par conséquent, les énormes coûts liées aux droits d'auteur ne sont pas encore couverts par la popularité de l'offre payante. Spotify, qui n'a jamais été rentable depuis sa création en 2006, continue donc de perdre de l'argent. Mais la perte d'exploitation, qui ne prend pas en compte les éléments exceptionnels, les charges financières et les impôts, est moins forte qu'attendue : elle s'élève à 41 millions d'euros, soit sensiblement moins qu'il y a un an (139 millions d'euros) et même qu'il a trois mois (87 millions d'euros).

Pas de rentabilité en vue

La réaction des marchés s'explique donc par les inquiétudes encore soulevées par le modèle économique de Spotify, surtout dans un environnement très concurrentiel. Si la pépite suédoise confirme son leadership et tient la concurrence à distance (75 millions d'abonnés contre 40 millions pour Apple et environ 20 millions pour le numéro trois Amazon Music Unlimited), le secteur ne cesse de bouger.

Les ambitions de Google pourraient encore rebattre les cartes, sans compter qu'Apple et Amazon n'ont clairement pas dit leur dernier mot. Apple compte racheter Shazam. Amazon a même conquis 20 millions d'abonnés sans quasiment aucun effort marketing, juste grâce à la puissance de sa plateforme. Car Spotify reste une anomalie dans le paysage du numérique : leader car pionnier, il est le seul des trois grands acteurs à faire 100% de son business sur le streaming. Pour Apple et Amazon, la musique en ligne n'est qu'un service parmi d'autres, dont la rentabilité importe peu. Un produit d'appel pour garder leurs clients dans leur immense écosystème.

Lire aussi : Rachat de Shazam par Apple : pourquoi l'Europe veut protéger Spotify et Deezer

Daniel Ek, le Pdg de Spotify, se veut rassurant :

"Nous ne voyons pas d'impact significatif de la concurrence. En réalité, nous ne voyons pas ce marché comme destiné à être dominé par un seul acteur. Nous pensons que plusieurs services continueront à exister sur ce marché, qui est en croissance. Nous nous attachons simplement à le faire croître."

En réalité, Spotify mise sur l'effet "winner takes all" [le gagnant rafle tout, NDLR], c'est-à-dire une utilisation massive qui compense les coûts, pour enfin devenir profitable. Mais ce ne sera pas pour tout de suite. Dans ses prévisions pour l'ensemble de l'année, l'entreprise prévoit une fourchette de 92 à 96 millions d'abonnés payants en fin d'année et une perte d'exploitation comprise entre 230 et 330 millions d'euros, contre 378 millions en 2017.

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