Theraclion, la startup qui révolutionne le traitement des tumeurs du sein

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La destruction d'une tumeur de taille moyenne (3-4 cm3) dure environ 35 minutes. Le système stimule un processus d'auto-guérison.
La destruction d'une tumeur de taille moyenne (3-4 cm3) dure environ 35 minutes. Le système stimule un processus d'auto-guérison. (Crédits : D.R)
La MedTech francilienne vient de lever 5,1 millions d’euros et de lancer une étude clinique pour le développement de son Echopulse, une alternative à la chirurgie qui permet de détruire une tumeur bénigne du sein grâce la thérapie par ultrasons. Une véritable révolution, mais un chemin de croix pour l’imposer en France.

La chirurgie est-elle la meilleure solution pour enlever une tumeur ? Désormais, la question se pose au vu des résultats de l'Echopulse, une alternative à la chirurgie grâce à la thérapie par ultrasons, inventée par une pépite française, Theraclion.

La start-up basée à Malakoff, en région parisienne, ambitionne ni plus ni moins que de remettre en question le recours aux solutions invasives en cas de présence d'une tumeur. Ou du moins, en cas de tumeur bénigne au sein, pour l'heure. Créée en toute discrétion en 2004, Theraclion a dépensé près de 20 millions d'euros en recherche et développement pour mettre au point sa propre technologie de traitement par ultrasons, l'échothérapie, baptisée Echopulse.

Depuis le début de l'année, l'entreprise a décidé de passer à la vitesse supérieure. Ces deux dernières semaines, la startup de 25 salariés a annoncé deux nouvelles levées de fonds, l'une de 4 millions auprès d'investisseurs français et internationaux, et l'autre d'1,1 million auprès de BPIFrance dans le cadre du programme "Innovation Stratégique Industrielle". Elle a aussi lancé, ce mercredi, une étude clinique visant à prouver l'efficacité de sa technologie.

Un laser ultra-précis qui accélère la mort des cellules malades

Pour l'heure, Theraclion se concentre uniquement sur les adénofibromes, c'est-à-dire les tumeurs bénignes du sein, et sur les nodules thyroïdiens. Aujourd'hui, les patientes n'ont guère le choix. Si leur adénofibrome est isolé et petit (moins de 3cm3), elles doivent vivre avec en se faisant contrôler régulièrement. Au contraire, si la tumeur est plus grosse ou qu'elles ont plusieurs adénofibromes, direction le bloc opératoire où elles subissent une intervention souvent douloureuse, qui abîme le corps et n'offre aucune garantie contre les récidives, assez fréquentes.

Dans ce paysage peu réjouissant, l'échothérapie apporte une troisième solution: la destruction de la tumeur, mais de manière non-invasive. Véritable alternative au passage sur le billard, la machine de 250 kilogrammes développée par Theraclion utilise des ultrasons focalisés (HIFU) pour détruire la tumeur. Le bras articulé de l'appareil, qui guide les ultrasons, est manipulé par un chirurgien ou un radiologue qui surveille l'avancée de la destruction de la tumeur en temps réel sur un échographe.

La destruction d'une tumeur de taille moyenne (3-4 cm3) dure environ 35 minutes. Le système stimule un processus d'auto-guérison, selon David Caumartin, le directeur général de Tharaclion:

"C'est comme dans le jeu vidéo Space Invader, où le joueur doit détruire des aliens grâce à un canon laser, sourit-il. Plus sérieusement, l'Echopulse est complètement disruptif car le système induit l'auto-guérison du patient. Le laser chauffe la tumeur à 85 degrés, ce qui accélère la mort naturelle des cellules malades. La nouveauté est que ce système est extrêmement précis. Le laser ne touche aucune cellule saine autour de la tumeur, contrairement à l'incision qui génère des dommages dans toute la zone".

Pour l'heure, 450 femmes ont bénéficié de cette nouvelle technologie. Avec des résultats extrêmement prometteurs: une destruction de la tumeur à 100% et aucune rechute. L'étude clinique actuellement en cours vise à encore améliorer le temps de traitement.

Theraclion, symbole du problème des MedTech françaises

Malgré cette efficacité, l'Echopulse n'est utilisé que dans quatre centres français: le groupe hospitalier Les Diaconesses Croix Saint-Simon, à Paris, l'Institut de Radiologie de Paris (IRP), l'Hôpital Américain de Paris et la Clinique de l'Etang à Istres (Bouches-du-Rhône). Les huit autres sites sont situés en Europe, notamment en Allemagne, et à l'international, avec deux ventes récentes au centre d'oncologie du Caire, en Egypte, ou encore à Hong-Kong.

Pourquoi une technologie "made in France" trouve-t-elle pour l'instant davantage de succès à l'étranger? David Caumartin y voit l'illustration d'un "paradoxe français" dans le domaine des MedTech et des BioTech:

"Nous avons en France un écosystème d'innovation unique au monde dans ces domaines, mais les technologies développées en France trouvent plutôt leur application et le succès à l'étranger. Le délai entre le marquage CE et le remboursement par la Sécurité sociale ou des mutuelles est bien trop long et empêche de nombreuses solutions innovantes de percer directement en France ».

Effectivement, l'absence de prise en charge n'incite pas les établissements à s'équiper. Un vrai problème pour les star-ups de la santé. L'Hexagone dispose pourtant d'un tissu vibrant de start-ups innovantes, qui se développent en partie grâce aux aides de l'Etat comme le Crédit Impôt Recherche (CIR) et les financements publics, notamment de la Banque Publique d'Investissements (BPIFrance). "Contrairement à d'autres pays, nous avons aussi un tissu formidable d'ingénieurs très qualifiés qui adorent la médecine et des médecins très ouverts à l'innovation. Mais il est très difficile d'intégrer les solutions innovantes issues de ce bouillon d'idées dans les usages", regrette David Caumartin.

Ainsi, les perspectives de développement de l'échothérapie apparaissent bien meilleures en Allemagne, où près d'un million de femmes seraient remboursées suite à un accord avec leur mutuelle. Une centaine de marchés éventuels ont été identifiés par l'entreprise outre-Rhin et en Italie. Pas étonnant de trouver un investisseur allemand, aux côtés d'un Américain, dans les fonds d'investissements qui ont financé la dernière levée de fonds de 4 millions d'euros...

Le gouvernement réagit enfin ?

Conscient à la fois du potentiel de l'écosystème de solutions innovantes dans la santé et du problème de pérennité de ces start-ups, le gouvernement fait preuve d'ambition avec le plan "Médecine du futur", qui fait partie de la "seconde phase" de la Nouvelle France Industrielle, annoncée à la fin du mois de mai par Emmanuel Macron.

Selon le document diffusé par Bercy, il doit permettre "une santé plus personnalisée, plus digitalisée" grâce à la concentration des "efforts d'investissements publics et privés", le développement de thérapies innovantes, et l'accompagnement à la mise sur le marché des "nouvelles biotechnologies médicales et des dispositifs médicaux innovants".

Dans la pratique, Theraclion, comme beaucoup d'autres BioTech et MedTech, mise beaucoup sur le forfait innovation, voté en 2011. Il consiste à la prise en charge dérogatoire des techniques innovantes, conditionnée à la réalisation d'études cliniques et médico-économiques pour déterminer si la solution représente vraiment une innovation majeure.

Le projet devrait être validé d'ici à la fin de l'année et la phase de tests pourrait débuter en début d'année prochaine. Un premier pas pour populariser l'Echopulse, d'autant plus que l'entreprise ne compte pas s'arrêter là. "Il n'y a pas de raison de se limiter aux tumeurs bénignes du sein et de la tyroïde. C'est plus compliqué techniquement, mais il n'est pas impossible d'imaginer que demain, ce type de technologies traite aussi, de manière complètement non-invasive, des tumeurs cancéreuses partout dans le corps".

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Commentaires
a écrit le 20/09/2015 à 23:25 :
Est-ce que theraclion peut détruire une tumeur rectale. Merci.
a écrit le 21/07/2015 à 8:42 :
Aux USA, une telle startup aurait deja levé probablement 100M€. L'europe (et la France) ne joue pas dans la même catégorie.
a écrit le 21/07/2015 à 7:23 :
mr Caumartin , bravo .
par contre , avant de parler de remboursements des traitements , ou des manques d'investissements des hopitaux : validez les essais cliniques !
vous avez quelques references ...mais quid de Villejuif ou de l'Institut Curie ?
il n'y a pas de " paradoxe français " : il y a des methodes de validations ...mondiales !
a écrit le 19/07/2015 à 17:50 :
Génial, lundi j'achète des action Theraclion!! Bravo

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