Bruxelles menace le modèle économique de Free

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Dans un Free Center, à Rouen. Copyright AFP.
Dans un Free Center, à Rouen. Copyright AFP. (Crédits : AFP)
La Commission européenne a demandé au régulateur français des télécoms de revoir sa copie sur les tarifs d'interconnexion mobile. Peut-être une mauvaise nouvelle pour le quatrième opérateur qui mise beaucoup sur le traitement de faveur demandé à l'Arcep.

« Ce n'est pas une bonne nouvelle », concède un analyste financier, qui fait partie des supporters de Free. Même réaction chez Iliad, la maison-mère de l'opérateur. La Commission européenne a adressé un cinglant désaveu à l'Arcep, le régulateur français des télécoms, émettant « de sérieux doutes » sur la justification des tarifs de gros plus élevés, de façon transitoire, en faveur du nouvel entrant Free Mobile (et des opérateurs virtuels Virgin et Lyca Mobile) qui lui avaient été notifiés il y a un mois : ces tarifs d'interconnexion, appelés « terminaisons d'appel mobile » dans le jargon des télécoms, correspondent aux sommes facturées par un opérateur à ses concurrents à chaque fois qu'un de ses abonnés est appelé par un client d'un autre réseau.

Bouygues Telecom a longtemps bénéficié d'une « asymétrie » en sa faveur en tant que petit dernier, arrivé plus tard et au parc de clients moins important donc acheminant moins d'appels qu'il n'en adressait. Or, la commissaire Neelie Kroes n'est pas convaincue que les nouveaux entrants subissent des coûts réellement plus importants. L'Arcep a donc trois mois pour revoir sa copie et devrait « à contre-c?ur » se ranger à l'opinion de la Commission, en diminuant l'écart prévu avec les autres opérateurs, qui était de 60% (2,4 centimes jusqu'au 30 juin contre 1,5 centime, puis 1,6 centime contre 1 centime), souligne un bon connaisseur du régulateur. Selon les analystes d'Oddo Securities, la décision « creuserait les pertes de démarrage » de Free Mobile : « si la prime passe de 60% à 40%, l'impact avant impôts est de 13 millions d'euros en 2012 et peut aller jusqu'à 40 millions si l'asymétrie est totalement abandonnée.

La terminaison d'appel SMS, un enjeu « dix fois plus important » qui déchaîne les passions


Mais « la vraie décision importante, c'est celle sur la terminaison d'appel SMS, qui aura un impact économique dix fois plus important que les 10 à 20 millions d'euros de la terminaison d'appel vocal », décrypte-t-on chez le régulateur. La « TA SMS » comme disent les opérateurs, déchaînent les passions depuis quelques mois. Car, déçu par la petite asymétrie décidée par l'Arcep sur la voix (mais donc encore trop importante aux yeux de Bruxelles, Iliad, la maison-mère de Free, avait l'intention de se rattraper sur les SMS en demandant 2,85 centimes d'euros par SMS, soit 90% de plus qu'Orange, SFR et Bouygues (1,5 centime jusqu'au 30 juin puis 1 centime). Un sujet que l'Arcep doit trancher « au cours de l'été » confie-t-elle, après une consultation publique qui sera lancée la semaine prochaine ou début mai.

« Il faut souligner que le modèle économique de Free est basé sur le bénéfice d'une terminaison d'appel sur les SMS extrêmement élevée » est monté au créneau Stéphane Richard, le PDG de France Télécom Orange, lors de son audition par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale le 1er février dernier. « Compte tenu de l'usage moyen d'un utilisateur d'un téléphone mobile, retenir la proposition de Free reviendrait à faire financer par les autres opérateurs le forfait de 19, 99 euros à hauteur de presque 10 euros. C'est ce mécanisme de la terminaison d'appel qui permet à la société Free de formuler les tarifs qu'elle offre » avait-il martelé.
Olivier Roussat, le directeur général de Bouygues Telecom, a enfoncé le clou devant la même commission le 28 février en soulignant que « le différentiel qui a existé en notre faveur s'est monté durant 38 mois à 0,5 centime, soit 17 % de la valeur d'un SMS, et durant dix mois à 0,2 centime, soit 8 % de cette valeur. Ainsi ce différentiel apportait-il à Bouygues 40 centimes par mois et par client en 2008. Mais à l'époque, on envoyait une centaine de SMS par mois, contre mille pour un adolescent d'aujourd'hui». Si la méthode de calcul utilisée par l'Arcep n'est pas la même pour la voix (les coûts incrémentaux) que pour les SMS (les coûts moyens), il sera difficile à l'Arcep de ne pas tenir compte du récent avis de la Commission, à laquelle elle devra également notifier son projet de réglementation du tarif de la « TA SMS. » Donc d'entériner un tel traitement de faveur, un différentiel de 90% pour les SMS du nouvel entrant. Est-ce ainsi le modèle économique de Free Mobile qui risque de s'écrouler ?

Un tiers du business de Free Mobile financé par les SMS
« Notre modèle ne vit, bien sûr, pas de l'asymétrie, qui est transitoire, même si cette dernière est bienvenue » fait-on valoir chez Iliad. En réalité, les analystes financiers n'ont pas intégré dans leurs prévisions une terminaison d'appel SMS aussi élevée que 2,85 centimes, mais plutôt 1,5 centime cette année et 1,1 centime l'an prochain (soit une prime de 50% puis 10%), et l'un d'eux certifie que « les dirigeants d'Iliad n'ont pas mis 2,85 centimes dans leur budget.» En clair, Free a demandé beaucoup dans l'espoir d'obtenir un peu, même si la tendance est à la baisse générale, pour tout le monde, et plutôt plus vite en France qu'ailleurs.

Pour autant, il est vrai que les terminaisons d'appels, les « revenus entrants » issus de l'interconnexion représentent une part importante de l'équation économique de Free : « sur le forfait à 19,99 euros, on estime l'Arpu [le revenu moyen par abonné, NDLR] à 22 euros, dont 4 à 5 euros de revenus entrants - environ 3 euros de SMS et 2 euros d'appels. Or comme c'est de la marge pure, on peut considérer, sur la base d'une hypothèse d'une marge brute de 80%, que cela finance près d'un tiers du business » calcule Stéphane Beyazian, analyste chez Raymond James Equities. Si Free Mobile n'obtient pas 50% d'asymétrie sur les SMS, et très peu sur la voix, le forfait illimité ne sera pas aussi rentable mais devrait le rester. Le consensus des analystes table en moyenne sur 200 millions d'euros de perte de démarrage dans le mobile cette année.
Aux yeux de ces analystes, le moteur du modèle du nouvel opérateur reste la conquête d'abonnés. Or, selon des sources concordantes, Free Mobile aurait séduit au moins 2,5 millions de clients au premier trimestre. « On ne peut pas dire que la couverture médiatique des pannes de réseaux ait freiné les recrutements, la courbe reste forte » se désole un cadre d'Orange qui ajoute « on pensait étrangler Free avec la « TA SMS » et l'itinérance plus chère [le contrat de location signé par Free pour emprunter le réseau d'Orange là où il n'a pas encore déployé le sien NDLR] pour l'obliger à remonter ses tarifs, c'est raté. »

 

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Commentaires
a écrit le 19/04/2012 à 16:04 :
c'est très clair, quand un client abonné à un opérateur un autre client et que l'appel emprunte le réseau d'un autre opérateur, il y a rétribution de l'emprunt du réseau entre opérateurs.
Or, en bon droit commercial et libre concurrence, il devrait y avoir symétrie des rétributions. Mais le régulateur a donné un avantage important à free qui se fait rémunérer l'emprunt de son réseau beaucoup plus cher que les autres opérateurs.
Donc si les prix de free sont plus bas, c'est grâce au fait que ce sont les autres opérateurs qui financent la différence !!!!
l'exemple cité est que sur un forfait à 19e, 10e sont financés par les autres opérateurs

donc on n'est pas dans la concurence, free est subventionné par les autres opérateurs
le pdg de France telecom a déjà expliqué que le fait d'être obligé de louer ses réseaux à prix imposé lui coûte 1 milliard par an, c'est donc une subvention faite aux autres opérateurs non traitée sur le plan fiscal, et ensuite chacun hurle contre celui qui en fait finance ses concurrents, en croyant que la différence vient d'une saine concurrence !!
le régulateur se cantonne à donner des avantages particuliers, on est dans le même principe que ce qu'explique anne lauvergeon dans son livre sur l'énergie et le nucléaire
a écrit le 17/04/2012 à 13:47 :
Quelqu'un a t'il compris quelque chose ? Un schéma explicatif de grâce
a écrit le 17/04/2012 à 12:24 :
On a laissé le temps a bouygue de s'installer ... Pourquoi pas laisser free s installer ?
a écrit le 17/04/2012 à 11:47 :
Loin d?être spécialiste dans ce domaine ... ça sent le lobbying à plein nez !
a écrit le 17/04/2012 à 9:42 :
Téléphoner moins pour économiser plus
Taxer les fautes d'ortografffe sur les SMS
Voilà comment sortir de la crise de la dette
Votez pour moi

a écrit le 17/04/2012 à 9:31 :
c'est qui, mlp? Kim Jong-Un?
a écrit le 17/04/2012 à 8:33 :
votez pour qui vous voulez , personnellement je voterai MLP car c'est la seule qui nous sortira des griffes de Bruxelles , les autres sont tous complices.
a écrit le 17/04/2012 à 1:41 :
Pourquoi la commission européenne n'est-elle pas intervenue durant toutes ces années sur la surfacturation des 3 opérateurs historiques?
Réponse de le 17/04/2012 à 8:43 :
méga + 1 , c'est honteux !
Réponse de le 17/04/2012 à 10:45 :
parce qu'il y avait une grosse part de capitaux anglo saxons ??
Réponse de le 17/04/2012 à 11:21 :
France Telecom, Vivendi et Bouygues... Ca fait bcp de capitaux anglo-saxons... Faut arrêter le délire.
Réponse de le 17/04/2012 à 12:49 :
bien sur renseignez vous !!!! il faut arrêter de dormir !
a écrit le 16/04/2012 à 23:57 :
Vive l'europe!!!
a écrit le 16/04/2012 à 22:54 :
C'est pourquoi je voterai jlm ou mlp
Réponse de le 16/04/2012 à 23:40 :
Vote plutôt pr jlm, il semble plus au fait de la réalité économique nationale et européenne. Apres oui, l'ensemble ds commentaires versés sur le sujet me font penser que ns ne sommes plus dupes de ce que trament nos politociens avec leurs amis capitalistes. Paix.
a écrit le 16/04/2012 à 22:42 :
toujours cette idee du complot... faudrait arreter un peu ce genre de commentaires ca devient lassant serieux....
oui bouygues a beneficier d'un avantage mais pas autant que ce que reclame et a obtenu free voila aussi pourquoi la commission rappelle a l'ordre..... certes il est bon d'avoir de mega bas prix pour les consommateurs mais pas au detriment de tout non plus et de tous....
Réponse de le 17/04/2012 à 10:48 :
Disons que l'hypocrisie de Free est maintenant dévoilée : les prix 'bas' sont obtenus grâce aux financements des 'gros' opérateurs qui ont soit disant volés les clients durant des années.
a écrit le 16/04/2012 à 21:26 :
Voilà c'est exactement pour ce type de décisions que les français en ont marre de l'Europe. Sur le fond, la construction européenne c'est beau. Le problème c'est que l'Europe intervient seulement sur ce type d'affaires sans intérêt et le pire c'est que ce sera au détriment des "consommateurs" que l'Europe cherche à soi-disant à défendre....
a écrit le 16/04/2012 à 21:21 :
Valider commentaire ??? donc sensure de sarko , bouygues et autre orange et sfr ici ??
Réponse de le 17/04/2012 à 0:33 :
QI de CM2 Censure pas sensure, retourne etudier tu en as besoin...ignare
a écrit le 16/04/2012 à 21:20 :
c'est Martin bouygues, qui gouine avec sarko le nain, qui a ordonné à ce dernier de faire intervenir la commission pour freiner FREE et que lui (bouyues) face plus de profits
Réponse de le 17/04/2012 à 16:19 :
Pour une fois que ce n'est pas le patron de l'arecp qui gouine avec Niel . ils doivent avoir une drole de relation tout les 2 ..MDR
a écrit le 16/04/2012 à 20:55 :
Cela veut-il dire que les autres opérateurs vont rembourser leurs avantages qu'ils ont eu pendant toutes ces années (terminaison d'appel mobile très élevée, assymétrie pour Bouygues etc.)?
Réponse de le 16/04/2012 à 21:32 :
Rembourser ???? tu plaisantes, Bouygues, meilleur ami de sarko a une dispense de remboursement
Réponse de le 17/04/2012 à 16:22 :
Vous vendez de l'intelligence et vous n'avez pas une echantillon pour vous ... pitoyable . Le cout des equipements en tout IP sur la technologie 4G a été divisé par 4 . Avant de parler je vous invite a voir les investissemlents de bouygues par rapport a free ... free n'a rien investit du pipi de chat
a écrit le 16/04/2012 à 20:55 :
Il me semble que Bouygues avait bénéficié de ce type d'avantage à son lancement
Réponse de le 17/04/2012 à 0:05 :
Bouygues Telecom n'a pas bénéficié d'un accord de roaming et a dû, lui, réellement investir dans l'achat, le déploiement et la maintenance de son réseau mobile.
Réponse de le 17/04/2012 à 11:23 :
@ Arnaud
Personne n'a forcé Orange à conclure un accord de roaming...
Réponse de le 13/07/2012 à 11:20 :
@CPM
Si, l'Arcep
a écrit le 16/04/2012 à 20:39 :
Il est grand temps que les fonctionnaires "non-elus" de la Commission cessent de se comporter comme des dictats economiques. La democratie existe aussi pour les entreprises....
Réponse de le 17/04/2012 à 9:29 :
et les fonctionnaires non elus de l'arcep?
Réponse de le 17/04/2012 à 10:46 :
pour vous un fonctionnaire doit être élu ?? M-d-R ne pas l'avoir été vous a frustré ?
a écrit le 16/04/2012 à 20:29 :
vu que c'est base a priori sur les couts, qqun qui n'a aucun cout et aucun investissement aura du mal a justifier l'asymetrie, sauf bien sur pour se faire du lard gratuit sur le dos de la bete, pudiquement appelee ' pigeon' par certains
Réponse de le 17/04/2012 à 12:55 :
free devait jeter l'eponge
Réponse de le 17/04/2012 à 16:14 :
Chez bouygues on ne vire pas les employés tout les 4 mois . Martin Bouygues c'est 200000 emplois en france alors fermez la un peux. Vous allez pleurer aux élections en parlant d'emplois ....
Vive Martin Bouygues lui au moins il offre des emplois a nos enfants et il ne fait pas comme cet escroc de Niel du profit pour lui seul .
Réponse de le 13/07/2012 à 11:21 :
@raslebol
L'avenir vous a donné finalement raison.

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