Comment BlackBerry espère renaître de ses cendres

Research in Motion, le concepteur canadien du célèbre smartphone à clavier, a dévoilé cette semaine son futur système d'exploitation. Il souhaite notamment revenir vers ses fondamentaux, les professionnels.

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Thorsten Heins, le nouveau patron de RIM, a pris fin janvier les rênes de la société lorsque les deux co-fondateurs ont été mis sur la touche. Copyright Reuters
Thorsten Heins, le nouveau patron de RIM, a pris fin janvier les rênes de la société lorsque les deux co-fondateurs ont été mis sur la touche. Copyright Reuters

Depuis mardi à Orlando, tout le petit monde BlackBerry tente de se convaincre que les jours meilleurs sont proches. Sous le soleil floridien, Research in Motion (RIM), le concepteur canadien du smartphone tient en effet sa conférence annuelle réservée aux développeurs ("BlackBerry World"). Le contexte est particulièrement difficile: les résultats et la part de marché du groupe se sont effondrés ces derniers trimestres - tout autant que son cours boursier, qui a chuté de 70% au cours des douze derniers mois. En ouverture du salon, son nouveau patron, Thorsten Heins, qui a pris fin janvier les rênes de la société de Waterloo, a dévoilé une version béta de BlackBerry 10, le futur système d'exploitation sur lequel tourneront les prochains appareils.

Les premier modèles sous BlackBerry 10 en fin d'année

Le premier d'entre eux sera disponible "en fin d'année", sans plus de précision. RIM reste très prudent alors que les premiers smartphones équipés de BlackBerry 10 étaient initialement attendus pour le début d'année 2012. Le fabricant canadien assure que les modèles à venir  - dont le design n'a pas été dévoilé - seront compétitifs face à la concurrence, sans pour autant se lancer dans une course technologique avec leurs rivaux. "Nous privilégions l'expérience utilisateur", avance Vivek Bhardwaj, responsable du développement logiciel. Plusieurs modèles devraient voir le jour, afin de répondre à l'ensemble des segments du marché.

"BlackBerry 10 ne constitue pas une rupture, explique Christophe Lefort, le directeur général de RIM France. Il s'agit d'offrir une nouvelle expérience aux utilisateurs, tout en s'assurant qu'ils se retrouvent complètement dans l'univers BlackBerry". L'enjeu est de taille pour RIM: se relancer sur le segment des smartphones, désormais dominés par l'iPhone d'Apple et par le système Android de Google. Et plus particulièrement auprès des professionnels, sa clientèle historique qu'il avait par la suite un peu délaissée pour se lancer à l'assaut du grand public. De plus en plus d'entreprises ou d'administrations se détournent désormais du BlackBerry au profit de l'iPhone notamment. "Nous n'avons jamais autant innové que ces 24 derniers mois", se défend Christophe Lefort, citant le lancement du service "Mobile Fusion", qui permet aux entreprises de gérer l'ensemble de leurs terminaux portables, quelle que soit leur plateforme.

Le clavier physique, sa signature, disparaît

Pour réussir son pari, le fabricant canadien n'a pas hésité à se séparer de l'un des symboles de sa réussite passée: le clavier physique, sa signature. Le premier prototype de téléphone embarquant BlackBerry 10 disposait au contraire, comme la majorité des smartphones actuels, d'un clavier tactile, alors même que la première tentative du groupe (le BlackBerry Storm, sorti en 2008) ne s'était pas forcément montrée convaincante. En outre, RIM se retrouvera désormais en confrontation directe avec ses concurrents, quand il attirait encore les réfractaires au tout tactile. "Cela reste un clavier BlackBerry", insiste Vivek Bhardwaj, qui promet une bien meilleure expérience que chez la concurrence. Des modèles équipés qu'un clavier physique seront également lancés plus tard.

Autre nouveauté de la plateforme BlackBerry 10: la gestion du multitâche. "Personne n'a le temps d'entrer et de sortir des applications à chaque fois qu'ils souhaitent en changer", a expliqué Thorsten Heins lors de sa conférence de présentation. L'interface développée par RIM permet de naviguer d'une application à l'autre en faisant glisser son doigt. Simple et rapide, elle se montre particulièrement efficace comparé à celles des autres systèmes d'exploitation. Le logiciel photo se distingue également. Il capture des clichés supplémentaires avant et après que l'utilisateur prenne une photo, lui permettant par la suite de choisir le meilleur cliché. Il peut également modifier une seule partie de la photo, par exemple le visage d'une personne ayant fermé les yeux au mauvais moment.

10.000 dollars de recettes garanties aux développeurs d'applications

Mais le nerf de la guerre est ailleurs. Il s'agit des applications, domaine dans lequel RIM accuse un retard conséquent face à l'App Store et à Google Play, les boutiques en ligne d'Apple et de Google qui comptent chacun plus de 400.000 applications. "Il faudra un nombre suffisant d'applications disponibles au lancement", reconnaît Christophe Lefort, qui ne nie pas le retard pris par sa société dans le domaine tout en mettant en avant l'exigence de qualité plutôt que la quantité. Plusieurs milliers d'exemplaires du prototype dévoilé mardi ont ainsi été distribués aux développeurs présents à Orlando. Les kits logiciels de développement sont déjà disponibles, notamment le kit "Cascades" qui permet, selon RIM, de "créer facilement des applications visuellement époustouflantes sans avoir besoin d'en écrire le code graphique".

"Les premiers retours de la part des développeurs ont été très positifs", assure le patron de RIM France. La facilité du développement sur BlackBerry 10 par rapport aux précédentes plateformes serait particulièrement appréciée. Mais la partie est loin d'être gagnée. Selon un sondage réalisé en mars par IDC et Appcelerator, seulement 16% des développeurs se disent très intéressés pour travailler sur BlackBerry. Ils étaient 40% début 2010. Cette proportion monte à 89% pour le système iOS (Apple). Pour convaincre les développeurs - qui pourraient être incités à se concentrer uniquement sur les deux plateformes dominantes - RIM garantit à certains d'entre eux 10.000 dollars de recettes. Si leur application ne génère pas ce chiffre d'affaires au cours de la première année, le groupe s'engage à payer la différence.  "Au-delà des fans de la marque, l'écosystème plus restreint en matière d'applications et de contenus pourrait limiter l'attractivité du BlackBerry sur le marché grand public", prédit Mark Sue, de RBC Capital Markets.

Les rumeurs de rachat par Nokia, Amazon ou Microsoft fleurissent

La présentation du système d'exploitation BlackBerry 10 n'a pas d'ailleurs suscité un grand enthousiasme auprès des investisseurs. Bien au contraire: l'action RIM a chuté de plus de 10% au cours des deux derniers jours. "L'absence de nouveaux modèles et la présentation de versions béta signifient que les résultats devraient continuer à se détériorer", estime Alex Gauna, de JMP Securities. La présentation du nouvel OS était "quelque peu décevante", renchérit James Faucette de Pacific Crest Securities. "En se basant sur ce que RIM a montré, nous pensons qu'ils sont encore plus loin derrière l'iOS et Android en termes de développement de produits capables de stimuler l'écosystème que Palm l'était quand ils avaient présenté le WebOS en 2009". Dix-huit mois plus tard, l'inventeur du PDA était racheté par Hewlett-Packard, une acquisition qui n'a jamais porté ses fruits.

Nombreux sont ceux qui prédisent d'ailleurs un scénario à la Palm pour Research in Motion. Et les rumeurs de rachat à bas prix fleurissent. Les noms de Nokia et de Microsoft, tous deux à la traine sur le marché des smartphones, reviennent avec insistance. Un intérêt d'Amazon est également évoqué, alors que le numéro un mondial du commerce en ligne étudierait, dit-on, le lancement d'un téléphone après s'être attaqué au marché des tablettes avec le Kindle Fire. Racheter RIM permettrait également à la société de Jeff Bezos de disposer de son propre système d'exploitation et ainsi s'affranchir d'Android et donc de Google. Des discussions auraient aussi eu lieu avec le fonds de private equity Silver Lake en vue d'une sortie de la bourse. D'autre part, la société canadienne aurait approché d'autres fabricants, comme Samsung et HTC, afin de leur proposer d'équiper leurs appareils de son système d'exploitation. Le sud-coréen et le taïwanais aimeraient aussi réduire leur dépendance à Google, notamment après le rachat de leur concurrent Motorola par le moteur de recherche.

Les fondateurs poussés vers la sortie

Après avoir popularisé le smartphone, et plus particulièrement en entreprises, RIM a rencontré les plus grandes difficultés pour s'adapter à l'arrivée de nouveaux concurrents, à commencer par l'iPhone d'Apple alors que le marché s'est rapidement retourné vers les modèles tactiles. Selon le cabinet d'études IDC, la part de marché du groupe canadien a fondu à 6,7% au premier trimestre 2012, moitié moins qu'un an auparavant. Elle est même tombée à 5% aux Etats-Unis, marché nettement dominé par Apple et Samsung. Selon IDC, RIM a écoulé moins de 10 millions d'appareils sur les trois premiers mois de l'année, "un niveau jamais vu depuis 2009". Dans le même temps, la tablette PlayBook peine à décoller. Elle vient tout juste de franchir la barre du million d'exemplaires écoulés, pour l'essentiel auprès des entreprises.

L'an passé, Research in Motion a accusé une forte chute de ses profits, divisés par trois, à 1,1 milliard de dollars. Son chiffre d'affaires a pour sa part reculé de 7%, mais la tendance baissière s'est accélérée en fin d'année. Pour ne rien arranger à sa situation, RIM a été victime en octobre dernier d'une panne majeure de son réseau, affectant grand nombre des utilisateurs de BlackBerry. Tout cela a alors conduit à la mise sur la touche de Mike Lazaridis et Jim Balsillie, les deux cofondateurs de la société.

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Commentaire 1
à écrit le 03/05/2012 à 16:31
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En passant des séries 7000 au large clavier permettant de taper un texte à 2 pouces à la série 8000 ,au clavier minuscule ,Blackberry avait déclanché le signal de fin ,bien sur ils ont surfé sur la mode des smarphones qui ont boosté les ventes mais p...

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