Communications gratuites : Orange concurrence lui-même les Skype, Viber et WhatsApp

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L'application Libon d'Orange.
L'application Libon d'Orange. (Crédits : DR)
L'opérateur lance une application mobile, Libon, qui permet d'envoyer des messages, de tchatter et d'appeler en voix sur IP, en 3G ou en WiFi, y compris dans les pays où il n'a pas son propre réseau mobile. Il vient concurrencer les services d'acteurs Internet et de start-up qui font florès depuis quelques années.

Des communications offertes sans réseau, une hérésie pour un opérateur télécoms? C'est pourtant ce que fait Orange en lançant une application mobile qui propose des services de messagerie instantanée et d'appels gratuits (ou presque, tout dépend de votre abonnement mobile et de l'endroit où vous vous trouvez), à la manière d'un Skype, Viber ou WhatsApp Messenger, ces services au succès mondial phénoménal qu'on appelle «over-the-top» parce qu'ils interviennent «par-dessus» le réseau des opérateurs. Un chiffre à lui seul résume la croissance exponentielle de ces services: WhatsApp, qui se présente sans détour comme «une fantastique appli remplaçant les SMS», a atteint en août dernier un record de 10 milliards de messages échangés en une journée sur sa plateforme! Classée régulièrement au top des applications payantes les plus téléchargées sur l'App Store d'Apple même en France, WhatsApp (0,89 euro), disponible aussi sur Android et BlackBerry, a surtout explosé dans les pays où les SMS ne sont pas inclus en illimité dans les forfaits, comme en Espagne et aux Pays-Bas. Signal peut-être alarmant: pour la première fois cet été, le nombre de SMS envoyés a chuté aux Etats-Unis et en France.

Orange fait de la téléphonie sans réseau
Avec son application Libon, à télécharger sur l'App Store et début 2013 sur Google Play pour Android, Orange propose «des appels gratuits, du tchat facile, un répondeur surdoué» mais aussi «des messages textes gratuits» et ce dans 80 pays - il n'est opérateur que dans 33. Jean-Louis Constanza, patron d'Orange Vallée, la division d'innovation de rupture de l'opérateur relève que «Orange fait de la téléphonie sans réseau dans certains pays. On devient nous-mêmes «over-the-top». On va dans le champ de Skype et Viber», mais aussi de Google Voice (aux Etats-Unis seulement) et d'Apple avec ses iMessages et son FaceTime. C'est le père de cette application développée d'abord en bêta publique en 2010 sous le nom «On», sorte de répertoire intelligent qui entraînait des communications hors forfait (depuis la messagerie vocale personnalisée), amélioré et rebaptisé ensuite VoiceFeed. Libon, qui est l'acronyme de «life is better on», que l'on pourrait traduire par «la vie est meilleure en mode connecté», existe en version gratuite et en version payante sans publicité, renouvelée automatiquement à raison de 2,69 euros par mois (débité sur le compte iTunes, donc Apple en conserve 30%), avec davantage de fonctionnalités dont 1 heure d'appels vers 30 destinations internationales. Elle s'adresse à tous les clients mobiles, d'Orange ou pas. Comme WhatsApp ou Skype, Libon ne consomme pas de communications GSM mais fonctionne en 3G ou en WiFi: il faut donc un forfait incluant de l'Internet mobile. L'application propose des appels en Voix sur IP (VOIP) en qualité haute définition. «Le répondeur est un vrai média: grâce aux messages d'accueil personnalisés par contact ou par groupe, nos testeurs utilisent 5 à 7 fois plus le service que Skype», affirme Jean-Louis Constanza.

Plus de 20 milliards de dollars perdus en SMS au profit des «messageries sociales»
Pourquoi Orange prend-il le risque de cannibaliser ses propres services, si les utilisateurs de Libon sont des clients? Il préfère le faire lui-même, quitte à récupérer un peu de revenus au passage. Car la tendance est mondiale. Le cabinet Ovum estime que les opérateurs vont perdre cette année 23,2 milliards de dollars de revenus provenant des SMS au profit des services dits «over-the-top » (près de 14 milliards déjà perdus en 2011 selon ses calculs). D'ici à 2016, ce montant va plus que doubler, atteignant 54,4 milliards de dollars. Les SMS ont longtemps constitué une vraie mine d'or pour les opérateurs, rapportant des marges de 90%. Ils représentent encore de l'ordre de 15% du chiffre d'affaires des services mobiles des opérateurs français selon les dernières données de l'Arcep (voir l'observatoire page 29) ; chez Orange en France, le SMS représente 60 euros sur 349 euros de revenu moyen par abonné (ARPU) annuel au troisième trimestre, soit 17%. «Le phénomène de la messagerie sociale n'est pas une tendance de court terme mais relève d'un changement dans les comportements de communication», considère Neha Dharia, analyste chez Ovum, qui voit un tournant dans les années 2012-2014 pour le secteur. Or la menace ne pèse pas que sur le SMS.

Les revenus des opérateurs générés par la voix également menacés
Selon Stephen Sale, d'Analysys Mason, « alors que de plus en plus de gens utilisent la VOIP comme premier service de voix, le danger pour les opérateurs mobiles est d'être relégués au rang de fournisseurs de services vocaux secondaires, collectant les 30% à 40% du trafic correspondant aux appels vers des contacts qui ne font pas partie du cercle des plus proches. Leur rôle serait alors marginalisé.» Cette menace est prise très au sérieux. D'autres opérateurs ont lancé des services similaires à Libon, tels que T-Mobile (Deustche Telekom) sous le nom de Bobsled, et Telefonica avec TU Me. Dans le même temps, Orange et plusieurs opérateurs (Telefonica en Espagne, Deutsche Telekom en Allemagne et Vodafone) sont en train de déployer dans plusieurs pays européens «la messagerie du futur», enrichie, Joyn, une application pré-embarquée sur les téléphones reposant sur un standard commun donc interopérable, permettant en un clic de passer d'un appel à une visioconférence, de tchatter avec les contacts de son répertoire, etc. Un service plus basique que Libon et plutôt destiné à casser les barrières des écosystèmes plus ou moins fermés (Apple, Android). La mobilisation est mondiale, puisque l'américain AT&T et China Mobile font aussi partie de cette démarche, tout comme des constructeurs (Samsung, HTC, Nokia, Sony, LG). En France, Orange commencera à déployer Joyn à partir de juin 2013.
 

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Commentaires
a écrit le 25/11/2012 à 19:45 :
Tout simplement inimitable
a écrit le 24/11/2012 à 13:00 :
Je suis abasourdi, d'abord je croyais Orange vallée liquidée et ses salariés redéployés. Ensuite c'est merveilleux, on paye déjà pour l'abonnement, sans parler du téléphone lui-même et on voudrait nous faire croire qu'avec cette application on téléphone gratuitement? De plus c'est pour se retrouver incapable de téléphoner avec n'importe quel correspondant, un fondamental des télécommunications, mais se retrouver cantonner au faible nombre de clients ayant eux aussi la même application?

Orange qui est plus une collections de PME qu'une grande société, a t-il réfléchi à la mauvaise image que cela va générer chez les pauvres clients qui n'auront pas cherché à comprendre ce qui est réellement offert et qui croiront au père Noël à la suite d'un discours rapide sur le monde merveilleux des applications OTT? Tout ça pour comprendre plus tard que cette application ne sert à rien, et surtout pas à communiquer avec quelqu'un?

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