Pour Alcatel-Lucent, l'avenir est dans le cloud

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Le basculement vers le cloud définit notre avenir, assure Michel Combes, directeur général d'Alcatel-Lucent / DR
"Le basculement vers le cloud définit notre avenir", assure Michel Combes, directeur général d'Alcatel-Lucent / DR (Crédits : DR.)
L'équipementier ne veut plus se cantonner au seul marché des opérateurs télécoms, à l’heure de la convergence de l’informatique et des réseaux. Un basculement dans le « nuage Internet » qui le conduit à préparer la mutation vers le logiciel.

« Has been » le métier d'équipementier télécom ? Sans aller aussi loin, l'équipe dirigeante d'Alcatel-Lucent n'a plus qu'un mot à la bouche, le cloud, autrement dit « l'informatique dans les nuages », cette révolution du stockage et de l'accès à distance et à la demande des données et des ressources logicielles.

Nous faisons tous du cloud, plus ou moins sans le savoir, en accédant à notre messagerie électronique, à notre liste de chansons préférées ou en partageant nos photos de vacances. Ces changements affectent aussi, forcément, les opérateurs télécoms, qui doivent adapter leurs réseaux à cette demande d'accès au cloud n'importe où, n'importe quand, et ils sont de plus en plus nombreux à proposer leurs propres services de stockage, pour les particuliers et les entreprises.

"Le basculement vers le cloud définit notre avenir"

Plus généralement, la frontière s'estompe entre l'informatique et les réseaux, entre les infrastructures télécoms et les data centers.

« Le basculement vers le cloud définit notre avenir, explique le directeur général d'Alcatel-Lucent, Michel Combes. Nous avons décidé de devenir un spécialiste des réseaux Internet, du cloud et de l'accès très haut débit. »

Or, pour les acteurs comme Alcatel-Lucent, ce bouleversement recèle à la fois des menaces sur l'activité historique de fourniture d'équipements et des opportunités. Notamment celle de s'étendre sur d'autres marchés, en direction des entreprises - les banques et les géants du Web"-, et de diminuer leur dépendance à l'égard des opérateurs télécoms, qui n'investissent pas assez à leurs yeux, surtout en Europe.

L'industriel français s'est lancé dans la « virtualisation » des fonctions réseau, qui consiste à remplacer des infrastructures physiques par des logiciels, avec sa start-up interne CloudBand, qui vient de gagner deux premiers contrats sur le marché américain : elle aide les opérateurs à automatiser le pilotage du réseau, donc à réduire les coûts de gestion. Quitte à cannibaliser son propre business historique, un risque assumé pleinement par Alcatel-Lucent, car d'autres le feront à sa place de toute façon.

En parallèle, une autre start-up interne, Nuage-Networks, propose aux fournisseurs de services cloud et aux acteurs du Web d'automatiser et de « virtualiser » les communications dans le data center et d'interconnecter les centres de données entre eux.

« Alcatel-Lucent n'est pas seul sur ce marché, Ericsson [le premier équipementier mobile mondial] a une certaine avance en la matière », estime un analyste industriel.

Défier Cisco et courtiser Google ou Facebook

« Nous n'avons pas l'ambition d'offrir des services de cloud computing ou de stockage, nous voulons être fournisseur de networking dans le cloud », décrypte Philippe Keryer, le directeur de la stratégie, qui précise :

« Nous ne sommes ni Apple ni Oracle, nous sommes plus proches de Cisco [le français est numéro deux mondial des routeurs, derrière l'américain] et demain peut-être de VMWare, [le pionnier et leader de la virtualisation informatique]. »

D'ailleurs, Michel Combes ne cache pas son ambition : « Nous avons une réelle opportunité de défier Cisco sur le marché des fournisseurs de services », et les géants du Web, comme Google et Facebook, qui seraient déjà clients d'Alcatel-Lucent, mais refusent toute communication sur le sujet.

Il se dit même que l'industriel français serait l'un des fournisseurs de Google Fiber, l'accès à très haut débit en fibre optique déployé par le moteur de recherche dans plusieurs villes américaines.

Clients, mais aussi concurrents :

« Les Google et Amazon iront aussi sur ces marchés, mais ils ne pourront pas tout faire. Et l'on ne remplace pas vingt ans d'expérience dans les réseaux. Nous savons comment traiter des flux différents, fait valoir Philippe Keryer. À l'avenir, nous serons moins télécoms et plus logiciels, nous vendrons moins de hardware, mais nous resterons un équipementier, car il faudra toujours de l'optique, des routeurs, des transmissions fixes et mobiles », prédit-il.

Dans la brèche du Big-Data

Alcatel-Lucent ne va pas pour autant abandonner sa relation privilégiée avec les opérateurs télécoms du monde entier. Il veut aussi leur vendre d'autres services que ceux strictement liés au pilotage du réseau et à la vente des équipements maison.

Outre le cloud, il s'engouffre dans la brèche des big data, l'autre tendance high-tech du moment : il lance une solution d'analyse des données des réseaux, Motive Big Network Analytics.

« Nous pouvons savoir beaucoup plus de choses sur vous que Google"

« Par exemple, si des clients appellent parce qu'ils rencontrent un souci avec la mise à jour iOS7 de leur iPhone, cela permet d'élaborer très rapidement un script de résolution de problème pour le centre d'appels », explique Andrew McDonald, le directeur de la division plates-formes IP de l'équipementier.

Une solution (bâtie sur la plate-forme open source Hadoop), qui sert à détecter en amont les problèmes, identifier les clients prêts à résilier leur contrat en suivant des indicateurs avant-coureurs et leur proposer des offres très personnalisées en fonction de leurs habitudes, sans non plus les effrayer.

« Nous pouvons savoir beaucoup plus de choses sur vous que Google à travers les réseaux », relève Andrew McDonald.

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Commentaires
a écrit le 25/12/2013 à 19:53 :
"L'industriel français s'est lancé dans la « virtualisation » des fonctions réseau, qui consiste à remplacer des infrastructures physiques par des logiciels, avec sa start-up interne CloudBand, qui vient de gagner deux premiers contrats sur le marché américain : elle aide les opérateurs à automatiser le pilotage du réseau, donc à réduire les coûts de gestion. "

Ce n'est pas CloudBand qui fait cela, mais NUAGE, le SDN (Software Defined Network) d'Alcatel-lucent, qui intègre NFV (Network Functions Virtualization).

CloudBand est plutôt un mini-datacenter tout en un avec des capacités de stockage, de machines virtuelles, de fonctions sécurité, et qui permet de "cloudifier" des applications qui s’exécutent sur un ou plusieurs noeuds CloudBand. L'intérêt dans ce cas étant que l'application ainsi "cloudifiée" est élastique (auto-scaling) et s'auto-corrige (auto-healing).
a écrit le 27/11/2013 à 14:30 :
Le Cloud, c'est le Graal à court terme et une ânerie monumentale à long terme ! La moindre interruption de réseau et vous n'avez plus qu'un terminal devant vous (sans compter le piratage facilité).
Réponse de le 27/11/2013 à 21:15 :
N'ayez crainte, la NSA veillera à ce que votre nuage ne disparaisse pas de si tôt...
a écrit le 26/11/2013 à 17:09 :
Le cloud on l'a compris est un processus "mémoire" dépassé pour de multiples raisons. parlons donc de l'externalisation des compétences majeures, ce qui est plus exact et bien la réalité des offres à venir.
a écrit le 26/11/2013 à 14:39 :
Après ça, on dira que cette entreprise a crevé !!!!!!!

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