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Orange en 2020 : pleins feux sur les startups et objets connectés

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 14 janvier 2015 à 06:00

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Stéphane Richard a révélé qu’il présenterait le 17 mars son futur projet d’entreprise à cinq ans, qui succède à « Conquêtes 2015. » Il annonce de grandes ambitions dans l’accompagnement des startups et l’univers de la maison connectée, plutôt que l’expansion à l’international, le volet non atteint du précédent plan. Il est aussi revenu sur le flop du cloud souverain.

Adieu « conquêtes », ambitieux plans d'expansion à l'international ; hello, startups et autres objets connectés, plus dans la tendance. C'est en résumé les grandes lignes du futur « plan horizon 2020 qui remplacera Conquêtes 2015 » tracées par le PDG d'Orange, Stéphane Richard, mardi matin, lors de ses vœux à la presse. Ce plan stratégique à cinq ans, en gestation depuis plus d'un an, sera (enfin) dévoilé le 17 mars prochain. En 2010, le projet d'entreprise du successeur de Didier Lombard, au lendemain de la dramatique crise des suicides, était axé sur la construction d'un «nouveau contrat social » et le doublement de taille dans les pays émergents, en passant de 190 millions à 300 millions de clients dans le monde en 2015. Ce volet de « Conquêtes 2015 » n'a clairement pas été atteint, Orange ayant 240 millions de clients à la fin septembre 2014.

« Nous ne serons pas à 300 millions de clients, mais en deçà. Nous avions placé la barre haut, l'objectif était ambitieux. Nous aurons tout de même gagné 60 millions de clients en cinq ans, c'est quand même pas mal », a argué Stéphane Richard.Si Orange va se renforcer en Espagne en acquérant l'opérateur fixe Jazztel, pour 3,8 milliards d'euros, «la plus grosse opération du groupe depuis dix ans», il va sortir du marché britannique en cédant à BT ses parts dans l'opérateur britannique EE qu'il co-détient avec Deutsche Telekom, récupérant au passage plus de 6 milliards d'euros en cash. Du côté des pays émergents, c'est plutôt la prudence qui prévaut désormais, quatre ans après le printemps arabe et dans un contexte géopolitique encore très agité. Orange devrait «devenir courant 2015 l'actionnaire de contrôle de Meditel», l'opérateur marocain, qui sera rebaptisé à la marque Orange. En revanche, en Irak, «il est très peu probable que le groupe augmente son implication et son exposition au risque» a indiqué le PDG.

Participer à une consolidation en France

Il n'y aura « pas de rupture majeure sur le déploiement international » dans le nouveau plan 2020. La « flexibilité financière » obtenue par la vente d'EE au Royaume-Uni pourra en revanche servir à saisir des opportunités pour « participer à une consolidation en France. » En effet, Stéphane Richard ne démord pas de son idée d'un passage de 4 à 3 opérateurs mobiles, six mois après refermé le dossier du rachat de Bouygues Telecom et trois ans après ce que de nombreux acteurs ont appelé le « tsunami Free Mobile. »

« Peut-on vivre de façon durable à 4 opérateurs ? Il n'y a pas de doute sur 3, il y a un vrai doute sur 4. Pourquoi la France serait-elle le seul pays où la question ne se pose pas, alors que l'Allemagne a estimé un passage de 4 à 3 souhaitable, le Royaume-Uni, l'Irlande, l'Espagne aussi. Évidemment, une question se pose sur le nombre d'acteurs, avec la convergence fixe-mobile. Cela supposerait le rapprochement de 2 des 4 acteurs. J'ai essayé de le faire avec Orange, je n'y suis pas arrivé, j'ai refermé le dossier. Vu notre position, nous étions les plus mal placés pour faire accepter [un tel rapprochement] par l'Autorité de la concurrence et Bruxelles. Nous ne voulons pas être le fer de lance d'une consolidation mais y participer. Cela passera par l'association nécessaire de plusieurs acteurs », a-t-il argumenté.

Le patron d'Orange a estimé qu'il ne fallait « pas se laisser intoxiquer par les discours de certains : circulez, il n'y a rien à voir, ça ne se fera pas sans nous, c'est moi qui donne le la, je n'en ai pas besoin, etc. », en référence à Xavier Niel, le fondateur et principal actionnaire d'Iliad Free qui avait déclaré que son groupe n'étant « pas acheteur » de Bouygues Telecom, rien ne pourrait se produire. « Il y a une pression naturelle vers la consolidation du secteur, à cause du niveau d'investissement nécessaire dans les fréquences et la fibre » et en raison du niveau « limite » des marges des opérateurs.

« Très ambitieux » avec les startups

Le futur plan aura « bien sûr une déclinaison financière » mais ne sera pas « purement business», a insisté Stéphane Richard : il inscrira « la place d'Orange dans le monde numérique d'aujourd'hui.»

« Vous verrez, nous aurons dans ce plan 2020 des objectifs très, très ambitieux en nombre de startups que nous accompagnerons, nous allons faire beaucoup plus », a indiqué le PDG d'Orange.

Cet accompagnement se fera notamment par le biais du fonds d'investissement Iris de 300 millions d'euros monté avec Publicis, « un des plus importants fonds de Corporate venture en France. » Par ailleurs, le programme d'accélération Orange Fab, actuellement déployé dans six pays, États-Unis, France, Pologne, Espagne, Israël, Côte d'Ivoire, qui a déjà accompagné 70 startups depuis 2013, pourrait être décliné « en province, en France et peut-être dans d'autres pays », a indiqué Stéphane Richard.

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La maison connectée, domaine de légitimité

Enfin, Orange n'exclut pas des « investissements ciblés » dans des entreprises, comme il l'a fait dans Dailymotion et Deezer, « en particulier dans les objets connectés, que nous considérons comme un territoire de développement et de légitimité. »

L'opérateur veut continuer à se positionner sur « la maison connectée, un vrai marché, avec un modèle économique. Nous sommes légitimes puisque nous sommes présents au domicile de nos clients. » Orange va poursuivre son offensive dans la domotique, telle que son offre Homelive, dévoilée en novembre lors du show Hello, et « développée en partenariat avec des startups françaises comme Netatmo et Parrot », dont les produits sont proposés en complément. Cette solution à 10 euros par mois, permettant de piloter depuis son smartphone des objets connectés de la maison (détecteurs de fumée ou de mouvement, caméra, prise intelligente), aurait connu «un excellent démarrage, très prometteur » en fin d'année.

Orange se perçoit comme « un distributeur, un agrégateur, un assemblier : c'est notre vocation de départ » dans les objets connectés, « mais nous pouvons aussi designer et produire » certains objets, « notamment dans la santé. » Le PDG ajoute : « et pourquoi pas une prise de participation dans des sociétés d'objets connectés. » Mais il a jugé « assez peu probable » qu'Orange investisse par exemple dans la startup toulousaine Sigfox, qui prépare une levée de fonds d'une centaine de millions d'euros, dont « le réseau bas débit alternatif, technologiquement intéressant, n'apparaît pas nécessaire à court terme. »

Cap sur l'expérience client

L'autre axe, très complémentaire, du futur projet d'entreprise portera sur le client, un volet déjà présent dans Conquêtes 2015. Le plan 2020 aura « une ambition tout à fait inédite sur l'expérience client, qui n'a pas toujours été au centre de tout dans notre industrie, laquelle a plutôt eu une approche de masse », a reconnu le PDG.

Les télécoms ont longtemps considéré qu'il s'agissait avant tout d'un marché d'offre et que les consommateurs s'adaptaient à ce qui était proposé. La complexité des gammes tarifaires a aussi montré ses limites face à la force d'offres simples, plus lisibles. Ou face à des services gratuits financés par la publicité, proposés par de nouveaux acteurs venus du Web.

Car à l'ère du numérique, le consommateur est au centre de tout. Stéphane Richard avait déjà prévenu ses troupes à l'automne 2013 qu'il allait falloir s'inspirer de « ce qui fait la grande force des acteurs de l'Internet, en particulier, leur obsession de l'expérience client », dans le but de devenir « le premier opérateur télécom de l'ère Internet », une formule pas toujours bien comprise et qu'il faudra expliciter.

Cloud à la française : « la fleur au fusil, trop d'ambition »

Enfin, le PDG d'Orange a répondu sans langue de bois sur le flop du cloud à la française, ou «cloud souverain.» Le dirigeant s'est déclaré confiant d'aboutir à un accord avec Thales et la Caisse des Dépôts afin de prendre le contrôle à 100% de Cloudwatt (voir « Orange bientôt souverain chez Cloudwatt. »)

« Ce n'était pas une mauvaise idée en soi, il y avait peut-être trop d'ambition. Financer deux consortiums concurrents, avec de l'argent public, c'était un peu osé, un seul aurait été plus raisonnable. On est parti la fleur au fusil, sans être sûr qu'il y ait un modèle économique et une demande des entreprises pour une offre de cloud souverain qui ne soit pas seulement sur le critère du prix, par rapport à tout ce qui existe déjà », a reconnu le PDG. « C'était un peu un pari. On ne peut pas dire que les résultats soient à la hauteur des ambitions, tant chez Cloudwatt que chez Numergy. »

Cloudwatt, qu'Orange détient à 44,4%, aurait réalisé un peu moins de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014, contre 500 millions, envisagés à sa création, à l'horizon 2017 ; Numergy, détenue à 47% par SFR (désormais intégré à Numericable), serait à 6 millions d'euros contre 400 millions initialement visés en 2016...

À lire également

  • Passage de 4 à 3 opérateurs : Orange persiste, dénonce "l'intox" de Free
  • Orange bientôt souverain chez Cloudwatt
  • Un Netflix à la française est "tout à fait faisable à court terme" (Stéphane Richard, PDG Orange)

« Il ne faut pas renoncer pour autant. La localisation des données est un sujet important », a-t-il souligné. « Mais il ne faut pas être trop déconnecté de la réalité économique. Ce sera plus facile pour nous en étant seul » maître à bord chez Cloudwatt, qui sera intégré dans Orange Business Services, sa division entreprises, dont il viendra enrichir l'offre de cloud computing...

Delphine Cuny

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