Orange bientôt souverain chez Cloudwatt

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C'est au data center d'Orange à Val-de-Reuil en Normandie que sont hébergées les données des clients de Cloudwatt.
C'est au data center d'Orange à Val-de-Reuil en Normandie que sont hébergées les données des clients de Cloudwatt. (Crédits : Stéphane Foulon)
L’opérateur a engagé des discussions pour reprendre 100% du capital de sa co-entreprise dans le cloud, en vue du rachat des parts de Thales et de la CDC. Cloudwatt est loin des ambitions initiales, pour des problèmes de maturité technologique mais aussi de gouvernance.

La rumeur circulait déjà depuis plusieurs jours et l'opérateur télécoms le confirme ce lundi matin : Orange vient d'engager des discussions en vue de prendre le contrôle à 100% de Cloudwatt, sa co-entreprise de « cloud souverain » créée il y a deux ans en partenariat avec la Caisse des Dépôts et Thales. Selon nos informations, les trois partenaires (Orange 44,4%, CDC 33,3%, Thales 22,2%) ont investi moins de la moitié des 225 millions d'euros prévus sur plusieurs années, dont 75 millions d'euros pour la part de l'Etat dans le cadre du programme des investissements d'avenir. L'Etat devait investir un montant similaire dans Numergy, l'autre « cloud souverain » fondé par SFR et Bull.

« Parmi les options envisagées pour assurer [une] nouvelle phase de développement, Orange pourrait acquérir la totalité des titres de Cloudwatt et reprendrait alors la totalité de ses salariés. Un tel scénario permettrait à Orange de renforcer son offre de services de cloud computing pour les entreprises » indique l'opérateur dans un communiqué.

Les discussions doivent permettre de dégager une évaluation et de trouver un compromis, alors que Cloudwatt est très loin de ses objectifs initiaux. Présenté comme un « producteur souverain d'énergie numérique », Cloudwatt propose des services de cloud computing (informatique à distance), essentiellement d'infrastructures à la demande : des serveurs, du stockage en fonction des besoins, « en garantissant sécurité transparence et localisation des données en France au meilleur coût. » Les données des clients sont hébergées à Val-de-Reuil en Normandie, dans le plus grand centre de données d'Orange.

Problème de gouvernance

La gouvernance avait posé problème dès le départ. Dassault Systèmes avait claqué la porte du projet, avant de se tourner vers SFR puis de renoncer finalement à y participer. L'idée initiale de l'Etat et des entreprises engagées était de faire émerger une solution à la française sur un marché d'avenir, le cloud, dominé par les grands acteurs américains, de Google à Amazon, en passant par Microsoft et autres DropBox. Une idée très critiquée par d'autres acteurs français de l'informatique, certains parlant même de concurrence déloyale et estimant qu'il s'agissait d'un gâchis d'argent public, ces groupes n'ayant pas besoin de subventions de l'Etat.
Cloudwatt a aussi changé de stratégie et de président en avril, Patrick Starck étant remplacé par Didier Renard qui avait reconnu que « cela a été une erreur de créer deux acteurs dans le cloud français. » La piste d'une fusion, poussée par Bercy, a même été envisagée, puis abandonnée, alors que SFR a changé d'actionnaire majoritaire (Numericable) tout comme Bull (racheté par Atos).

Retards à l'allumage

Orange assure qu'il reprendra tous les salariés de Cloudwatt (environ 90 personnes). L'opérateur avait indiqué à l'origine que le projet devrait « créer 1.000 emplois en France. » Or Cloudwatt n'aurait réalisé qu'un chiffre d'affaires de l'ordre de 2 millions d'euros en 2014. Dans le business plan initial avec Dassault, le fameux « projet Andromède » prévoyait un chiffre d'affaires cumulé de 597 millions d'euros en 2015 !

Cloudwatt a connu des retards à l'allumage. Son choix de développer sa propre plateforme Openstack en OpenSource, jugée pertinente techniquement, l'a cependant freinée, ses toutes premières offres commerciales n'ont été lancées qu'en octobre 2013 et son offre complète n'est disponible en ligne que depuis juillet. Numergy s'est montré plus rapide, en s'appuyant sur les offres existantes de SFR, sans pour autant faire d'étincelles. Il restera à Orange à redonner un coup d'accélérateur à l'entreprise en l'intégrant à ses propres offres de cloud au sein d'Orange Business Services, sa division Entreprises, qui réalise près de 150 millions d'euros de chiffre d'affaires dans le cloud.

« L'offre de Cloudwatt, complémentaire à celle d'Orange, représente une opportunité pour accélérer le déploiement d'offres de cloud public souverain en France et en Europe » explique l'opérateur dans un communiqué.

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Commentaires
a écrit le 13/01/2015 à 10:15 :
L'état persévère dans un nième "plan informatique réactualisé" à soutenir des groupements concurrents de chasseurs de primes qui dilapident les deniers publics.
Ils faussent la concurrence et coupent l'herbe sur sous le pied de nos propres champions qui ont investi sur leurs fonds propres.
Quel mauvais exemple !
Ou plutôt, quel bon exemple de l'entreprise "publique" à la française.
Il mêle nombre de grands principes au mot entreprise utilisé dans une acception fort éloignée du modèle vertueux.
Pour paraphraser dit Octave : A quand, la fin de jeu ?
a écrit le 12/01/2015 à 22:00 :
OVH et Online (Iliad) sont sûrement aussi en mesure de proposer en intra des solutions de cloud souverain.
a écrit le 12/01/2015 à 16:21 :
Bonjour,
Le choix d'Open-Stack est pertinent car il est développé via des langages ouverts et maintenus et rassemble une communauté de plusieurs millions d'acteurs autour de la planète. Choix viable et pérenne donc. De plus OpenStack permet via des plugins l'ajout de technologie de stockage, réseau et/ou serveur hétérogène. Cela protège les actionnaires d'être à la merci d'un seul constructeur ou d'une technologie en particulier.
Ensuite le retard à l'allumage est normal au vu de la morosité du marché franco-français, de la souveraineté des données traditionnellement gérée par les DSI en France bien que les lignes bougent depuis 3 ans et enfin de la maturité du réseau fibre français permettant le stockage distant à très haut débit. Ne nous leurrons pas la majorité des client profiterons de cette offre dans un premier temps pour obtenir une réplication distante à moindre coût quoi que les implications techniques restent une interrogation dans le cadre ou les clients utilisent en général des technologies telles que SRDF chez EMC² ou encore TrueCopy chez Hitachi. Quid de la prise en charge de ces technologies par la plate-forme OpenStack de CloudWatt et à fortiori de Numergy ? Interrogation qui suscite une frilosité des DSI surtout en cas de nécessité de PRA chez des clients qui en général misent toute leur stratégie chez un seul constructeur de baies de stockage SAN et donc fortement dépendant des technologies de réplication et de PRA de ce même constructeur.
La communication doit donc s'améliorer pour cette entreprise qui même si elle a développé et possède la technologie, ne communique pas assez sur ce qu'elle est capable de faire en terme d’interaction avec les technologies déployées par ses clients et en terme de protection des données, de tolérance de panne et de reprise d'activité.
Prochaine étape pour CloudWatt : La Comm !!!!
Réponse de le 12/01/2015 à 16:58 :
Les capacités de réplication dans le cadre de PRA ou de PSI sont fondamentales pour la plupart des grands comptes, de même que la possibilité d'offrir plusieurs sites physiques (distants de Rueil). Les conditions d'adaptation rapide de la capacité de stockage et de traitement, à la hausse comme à la baisse sont parmi les raisons premières, à des conditions tarifaires de marché, pour le choix d'un prestataire ou d'un autre. En plus de la comm, essentielle, la capacité à faire, prouvée, est également fondamentale. Il reste encore un peu de chemin à parcourir à Orange. Est-ce que les clients sont prêts à payer pour voir ?
Réponse de le 13/01/2015 à 10:17 :
Tout à fait d'accord, le seul bémol est que la maturité d'Openstack n'arrive que maintenant et que le SDN Opensource choisi par Cloudwatt n'est pas encore à niveau. Mais je pense sincèrement que construire un cloud public avec des technologies ouvertes et une bonne stratégie, il faut savoir investir dans la durée. C'est qu'Amazon Web Services a su faire il y a 8 ans, puis les autres. En France, on voudrait
Réponse de le 13/01/2015 à 10:18 :
... que cela soit rentable sous 3/4 ans alors que le marché français commence juste à décoller.
a écrit le 12/01/2015 à 16:15 :
Val de Reuil... Combien de temps avant que les jeunes y foutent le feu ?
a écrit le 12/01/2015 à 15:00 :
Ya pas à dire ils sont toujours dans les "bons plans" Orange d'abord chez Cloudwatt (avec ses amis de l'argent public et semi-public de la Caisse des Dépots et de Thales), dont la campagne de pub avec Teddy Riner a du coûter + cher que le chiffre d'affaire de réalisé par Cloudwatt en 2013... C'est un peu comme avec Dailymotion dont on nous disait "la pepite Française de l'internet" qui dépose + de 50 cookies chaque fois qu'on regarde une vidéo (ça s'appelle faire de la "data" en terme marketing), et qui perd bien évidemment beaucoup d'argent mais ce sujet est tabou.
a écrit le 12/01/2015 à 12:39 :
Bonjour,
Le choix d'Open-Stack est pertinent car il est développé via des langages ouverts et maintenus et rassemble une communauté de plusieurs millions d'acteurs autour de la planète. Choix viable et pertinent. De plus OpenStack permet via des plugins l'ajout de technologie de stockage, réseau et/ou serveur hétérogène. Cela protège les actionnaires d'être à la merci d'un seul constructeur ou d'une technologie en particulier.
Ensuite le retard à l'allumage est normal au vu d'une par de la morosité du marché franco-français, de la souveraineté des données traditionnellement gérée par les DSI en FRance bien que les lignes bougent depuis 3 ans et enfin de la maturité du réseau fibre français permettant le stockage distant à très haut débit. Ne nos leurrons pas la majorité des client profiterons de cette offre dans un premier temps pour obtenir une réplication distante à moindre coût quoi que les implication technique restent une interrigation dans le cadre les clients en général utilisent des technologies telles que SRDF chez EMC² ou encore TrueCopy chez Hitachi. Quid de la prise en charge de ces technologies par la plate-forme OpenStack de CloudWatt et à fortiori de Numergy ? Interrogations qui suscitent une frilosité des DSI surtout en cas de nécessité de PRA chez des clients qui en général misent toute leur stratégie chez un seul constructeur de baies de stockage SAN et donc fortement dépendant des technologie de ce même constructeur.
La communication doit donc s'améliorer pour cette entreprise qui même si elle a développé ou possède la technologie, ne communique pas assez sur ce qu'elle est capable de faire en terme d’interaction avec les technologies déployées par ses clients et en terme de protection des données, de tolérance de panne et de reprise d'activité.
Prochaine étape pour CloudWatt : La Comm !!!!

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