A Lannion, l’éclaircie Qualcomm après la tempête Nokia

L’arrivée d’un nouveau centre de recherche et développement du géant américain de l’électronique et des technologies mobiles constitue une bulle d’air pour ce fief historique des télécoms françaises, encore sonné par les dernières suppressions de postes de Nokia.
Pierre Manière

4 mn

Qualcomm n'a pas encore indiqué combien de chercheurs il comptait embaucher à Lannion.
Qualcomm n'a pas encore indiqué combien de chercheurs il comptait embaucher à Lannion. (Crédits : Reuters)

Le mercredi 8 juillet dernier, plusieurs milliers de salariés de Nokia France battaient le pavé à Paris. Tous fustigeaient un énième plan de suppression de postes de l'équipementier télécoms finlandais, le troisième en trois ans. De nombreux ingénieurs de l'antenne du groupe à Lannion (Côtes d'Armor) ont fait le déplacement pour crier leur ras-le-bol. A l'époque, 400 postes sont menacés, sachant que la direction a depuis réduit ses coupes d'effectifs de 40%. Devant le cortège, Eric Bothorel, député LREM des Côtes d'Armor, dénonce un « plan inadmissible ». A La Tribune, il confie alors qu'il faut aussi se préparer à un éventuel désengagement de Nokia. Sans en dire davantage.

On sait aujourd'hui de quoi il était question. Vendredi dernier, Qualcomm, le géant américain de l'électronique et des technologies mobiles, a annoncé la création d'un centre de recherche et développement à Lannion. Celui-ci sera dédié à la 5G, la prochaine génération de communication mobile. Qualcomm n'a pas précisé combien de salariés il comptait embaucher. Reste qu'Eric Bothorel a salué l'initiative. « Sous l'impulsion de Bruno Le Maire et d'Agnès Pannier-Runacher [les ministre de l'Economie et de l'Industrie, Ndlr], avec le soutien des acteurs locaux, nous oeuvrons depuis l'été à la concrétisation de ce projet », s'est-il félicité sur Twitter. Le député veut montrer que sa famille politique se préoccupe de l'avenir de Lannion, un haut lieu des télécoms en France, alors que l'exécutif a été très critiqué dans sa gestion du cas Nokia. Chez ce dernier, personne n'a oublié que c'est Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie, qui a donné sa bénédiction au rachat d'Alcatel-Lucent par le groupe finlandais en 2014, alors que son prédécesseur, Arnaud Montebourg, y était opposé.

Agnès Pannier-Runacher a également salué l'arrivée de Qualcomm. Une « excellente nouvelle », a-t-elle commenté. La ministre n'est pas peu fière de la venue du champion américain, qui vient « renforcer l'écosystème français dans le domaine des télécoms, en particulier à Lannion ». Qualcomm, pour sa part, a bien précisé dans son communiqué que son investissement était le fruit d'un travail « avec le gouvernement français », dans le but de « renforcer la position » de la cité bretonne « en tant que pôle d'ingéniérie de premier plan et de retenir les talents ». Pour l'exécutif, la carte Qualcomm a vraisemblablement un triple objectif. Primo : faire oublier le plan social de Nokia. Secundo : défendre le savoir-faire français en matière de recherche dans les télécoms et dans la 5G, alors que l'affaire Huawei a montré l'importance de disposer d'une industrie forte dans ce domaine sensible. Tertio : soutenir Lannion. Depuis les années 1960 et l'implantation du Centre national d'études et des télécommunications (CNET), la petite ville est devenue une place forte des télécoms en France. De la première transmission d'images par satellite, au développement du Minitel, en passant par l'invention de l'écran plat, les ingénieurs de cette mini-Silicon Valley collectionnent les faits d'armes.

La ville constitue un bastion du « made in France » dans le domaine des nouvelles technologies. Son déclin constituerait un rude revers politique pour Emmanuel Macron, qui fait aujourd'hui de la défense de la souveraineté technologique du pays une priorité. Le sujet est également cher à Arnaud Montebourg, qui s'est déplacé dans la cité bretonne lundi dernier pour soutenir les salariés de Nokia. L'ancien ministre socialiste et candidat potentiel à l'élection présidentielle de 2022 estime que l'exécutif doit désormais prendre les choses en main, et « monter » un « nouvel Alcatel »« J'en ai assez de voir mon pays se casser la figure », a-t-il lâché. Ce n'est pas l'arrivée du californien Qualcomm qui le rassurera.

Pierre Manière

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