« Aucune preuve n’a jamais été apportée sur les accusations d’espionnage » (Huawei France)

Nouvelle patronne des affaires publiques de Huawei France, Linda Han revient sur les déboires du géant chinois des télécoms et des smartphones.
Linda Han ambitionne d'ancrer durablement Huawei dans le paysage économique français.
Linda Han ambitionne "d'ancrer durablement Huawei dans le paysage économique français". (Crédits : DR)

Elle n'a que 35 ans, mais a déjà exercé de nombreuses responsabilités chez Huawei. Nouvelle patronne des affaires publiques de Huawei en France, Linda Han a longtemps travaillé en Afrique. Pendant sept ans, jusqu'en 2013, elle était à la direction de plusieurs pays, comme le Burkina Faso ou la Côte d'Ivoire. Elle est ensuite revenue au siège du groupe, à Shenzhen, où elle a enchaîné les responsabilités. Linda Han a, un temps, été en charge de l'activité du géant chinois dans les « petits pays », dont plusieurs pays africains comme le Botswana, le Mali ou le Soudan du Sud. Elle a ensuite changé son fusil d'épaule, en prenant en charge la formation des troupes de Huawei à la 5G, la prochaine génération de communication mobile, sur laquelle le groupe compte pour asseoir son leadership dans les équipements télécoms.

Mais c'est une tout autre casquette que Linda Han va coiffer en France : celle des affaires publiques. Sa nomination intervient dans un contexte électrique. Chassé du marché américain de la 5G, le géant chinois est confronté à une offensive de Washington, qui l'accuse d'espionnage et pousse l'Europe à bannir comme lui le groupe de Shenzhen. De son côté, Huawei cherche à tout prix à préserver ses positions sur le Vieux Continent, un marché sur lequel il compte pour écouler ses équipements télécoms et ses smartphones. Même si elle refuse de le dire explicitement, c'est sans doute ce qui explique la nomination de Linda Han en France.

Comme elle, de nouveaux lobbyistes viennent d'être nommés dans plusieurs pays importants, dont le Japon et le Royaume-Uni. Leur mission : « ancrer durablement » Huawei dans le paysage économique local, dixit Linda Han. Ou plutôt tout faire pour s'assurer les bonnes grâces des différents gouvernements, via des promesses d'investissements, de gros efforts de lobbying, pour que le groupe puisse continuer à vendre en Europe et à l'international.

LA TRIBUNE - Vous venez d'être nommée à la tête des affaires publiques de Huawei France. En quoi consiste votre mission ?

LINDA HAN - Ma mission, c'est d'ancrer durablement Huawei dans le paysage économique français. Aujourd'hui, Huawei songe à élargir ses investissements en Europe, y compris en France. Je ne peux encore vous dire dans quels domaines et avec quels moyens nous pourrions procéder. Mais il s'agit d'une décision stratégique pour le groupe. Ma tâche est de représenter Huawei en France, mais aussi de faire la courroie de transmission avec les différents services du siège, à Shenzhen, où j'ai exercé différentes responsabilités ces dernières années.

Comme vous, de nouveaux responsables des affaires publiques ont été nommés dans différents pays clés. Ces nominations interviennent à un moment critique pour Huawei, qui fait l'objet de soupçons d'espionnage. Votre rôle, et celui des autres responsables, est-il donc de rassurer les différents gouvernements ?

Vous savez bien que Huawei est la cible des États-Unis dans le cadre d'une guerre commerciale avec la Chine. Concernant les accusations d'espionnage, je veux rappeler qu'aujourd'hui, aucune preuve n'a jamais été apportée. Nous sommes présents dans plus de 170 pays, nous avons 30 ans d'expérience dans les télécoms, et cela fait plus de 16 ans que nous sommes en France. Nous travaillons avec les quatre opérateurs français, et nous n'avons jamais eu de problème de cybersécurité. Nous collaborons avec beaucoup d'autres entreprises. À l'instar de PSA avec qui nous coopérons dans la voiture connectée. Nous respectons toujours les réglementations et la législation des pays où nous sommes implantés.

Mais de nouveau : votre nomination constitue-t-elle une réponse de Huawei à certaines craintes gouvernementales ? En France, une loi sur la sécurisation des réseaux 5G vient d'être votée. Elle vise notamment à limiter votre emprise dans la 5G. Êtes-vous là pour calmer le jeu vis-à-vis de l'exécutif ?

Encore une fois, ma tâche est de faire en sorte que Huawei s'inscrive sur le
long terme en France. Concernant la loi sur la 5G, la ministre en charge des télécoms, Agnès Pannier-Runacher,a récemment déclaré que Huawei serait bien traité comme tous les autres équipementiers [c'est-à-dire Nokia et Ericsson, ndlr]. Il faut aussi comprendre que la 5G sera un catalyseur économique majeur pour l'économie dans son ensemble. Et dans cette technologie, nous disposons d'une avance vis-à-vis de la concurrence, grâce à nos investissements en recherche et développement, qui représentent plus de 10% de notre chiffre d'affaires par an.

Vous ne redoutez donc pas d'être écarté, ou freiné, dans le déploiement de la 5G en France ? La loi sur la sécurisation des réseaux, ce n'est pas un secret, vise pourtant bien à limiter Huawei dans ce domaine...

Non. Pas du tout. Je suis très confiante à ce sujet. Un récent rapport de la
GSMA [le lobby des industriels du mobile] a montré que sans Huawei, la compétitivité économique de l'Europe essuierait un préjudice de 55 milliards d'euros. Bref, personne n'a intérêt à interdire Huawei. En outre, Huawei travaille déjà avec de nombreux opérateurs pour la 3G et la 4G. Et il leur sera bien plus facile de coopérer avec nous pour passer à la 5G. Nous ne sommes pas inquiets. Depuis la signature du décret de Donald Trump [en mai dernier, lequel vise à interdire Huawei de se fournir en technologies américaines], nous avons signé dix contrats d'équipements 5G avec différents opérateurs, portant notre total à 50.

Après la signature de ce décret, vous ne craignez donc pas un effondrement
de vos ventes ?

Nous prévoyons que notre croissance ne sera pas aussi forte qu'avant. Mais depuis le début de l'année, nos ventes ont beaucoup augmenté. Fin juillet, Huawei a annoncé un chiffre d'affaires en hausse de 23% au premier semestre, à 52,3 milliards d'euros.

Mais le fait que Google ait pris des dispositions pour vous priver de son système d'exploitation Android  ne va-t-il pas, par exemple, plomber vos ventes de terminaux ? Cela ne va-t-il pas détourner les Européens de vos produits ?

Nous avons un plan B avec l'arrivée d'Harmony, notre propre système d'exploitation. Mais il est vrai que nous préférerions continuer de travailler avec Google et nos partenaires commerciaux américains. L'inverse, d'ailleurs, est aussi vrai. Plus de 130 entreprises américaines ont demandé l'autorisation de poursuivre leurs affaires avec Huawei. La décision reviendra à Donald Trump. Pour rappel, nos achats auprès des entreprises américaines s'élèvent à 11 milliards de dollars par an. Mais si nous ne pouvons plus travailler avec les États-Unis, peut-être allons-nous transférer ces achats en Europe.

À l'université d'été du Medef, Huawei a participé à un débat sur la fracture numérique. Comment pouvez-vous contribuer à réduire ce fossé digital entre les villes et les campagnes ?

En tant qu'équipementier télécoms, nous contribuons déjà à la réduction des zones blanches, où le mobile ne passe pas. Huawei joue aussi un rôle concernant l'accès aux smartphones, avec des terminaux très performants à des prix moins élevés que ceux de la concurrence. En parallèle, nous développons et promouvons des applications permettant l'accès du plus grand nombre au numérique. L'an dernier, nous avons par exemple lancé StorySign, une application à destination des enfants sourds et qui permet de traduire un texte en langue des signes.

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Commentaires 10
à écrit le 24/09/2019 à 16:05
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Faux, et le protocol de test de t-mobile aux US que Huawei a volé?

à écrit le 14/09/2019 à 8:55
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Précisément, sinon ce ne serait pas de l'espionnage.

à écrit le 13/09/2019 à 12:00
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C'est possible, mais tout est affaire de crédibilité. Si Mme Mette Frederiksen, premier ministre du Danemark nous l'affirmait, on la croirait sur parole parce que son pays n'est pas une dictature néolibérale pratiquant la répression des opposants ...

à écrit le 13/09/2019 à 10:23
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Il en va de l'espionnage comme des armes de destruction massive. Si les USA affirme alors la planète est prier de croire. Et ceux qui renâclerait irrémédiablement classés dans le camp du mal. Qu'importe qu'a l'inverse des preuves d'espionnage US s...

à écrit le 12/09/2019 à 14:50
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Il n'y a pas besoin de preuve puisqu'il est écrit noir sur blanc dans la loi chinoise que huawei est obligé de coopérer avec le gouvernement chinois (que ce soit pour la mise en place de porte-dérobées ou pour espionner au nom du PCC). Le danger n...

le 12/09/2019 à 20:51
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Et le fait qu'on soit espionné par les USA aux travers des GAFA, du cloud act, de la NSA... Vous en pensez quoi ?

le 12/09/2019 à 22:03
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Que le mal n'est pas aussi important car les États-Unis partagent notre culture et qu'une guerre avec les américains est impossible dans un futur proche et moyen. Cependant, je considère aussi que les USA sont des opposants économique et qu'une so...

le 13/09/2019 à 16:29
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Et se mettre pieds et mains liés au bas des américains, c'est mieux selon vous ?

à écrit le 12/09/2019 à 14:46
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Heureusement qu'il n'y a aucune preuve d'espionnage. Mais est-ce qu'il y a possibilité d'espionnage? Là est la question et la nécessité d'être d'avoir une réponse claire.

à écrit le 12/09/2019 à 13:46
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Une très mauvaise défense !

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