L’affaire Huawei sème la zizanie au Royaume-Uni

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Une partie de la classe politique britannique redoute que les infrastructures 5G de Huawei soient utilisées à des fins d’espionnage ou de cyberattaques pour le compte de Pékin. Ce que le groupe chinois a toujours nié.
Une partie de la classe politique britannique redoute que les infrastructures 5G de Huawei soient utilisées à des fins d’espionnage ou de cyberattaques pour le compte de Pékin. Ce que le groupe chinois a toujours nié. (Crédits : ALY SONG)
Un nouveau locataire est attendu cette semaine au 10 Downing Street. Outre le dossier électrique du Brexit, le successeur de Theresa May devra prendre une décision sur l’avenir de Huawei dans la 5G. Sachant qu’une autorisation du géant chinois pourrait dégrader les relations économiques et diplomatiques entre Londres et Washington.

Huawei, le géant chinois des équipements télécoms, va-t-il rester le bienvenu dans la 5G au Royaume-Uni ? Outre le sujet bouillant du Brexit, le prochain locataire du 10 Downing Street, qui remplacera Theresa May, devra rapidement prendre position à ce sujet. Le secteur des télécoms attend cette décision avec impatience. D'autant que comme l'a indiqué le Financial Times vendredi dernier, les opérateurs EE et Vodafone ont déjà lancé des services 5G dans certaines villes en utilisant notamment des équipements Huawei.

Le devenir de géant chinois fait jaser outre-Manche. Une partie de la classe politique redoute que les infrastructures de Huawei soient utilisées à des fins d'espionnage ou de cyberattaques pour le compte de Pékin. Ce que le groupe chinois a toujours nié. L'exécutif a deux possibilités. Il peut bannir purement et simplement Huawei des réseaux 5G. Il s'alignerait ainsi sur la position des États-Unis, qui poussent Londres à agir en ce sens. Cela permettrait au Royaume-Uni de préserver ses relations avec Washington, mais dégraderait fatalement ses rapports avec Pékin. En outre, sans Huawei, le pays pourrait prendre un retard important dans la 5G, ce qui pourrait plomber l'économie britannique à moyen terme. Londres peut a contrario autoriser Huawei, en mettant notamment en place certaines restrictions pour des raisons de sécurité nationale. Mais dans ce cas, elle risque de se mettre à dos son allié américain, lequel a déjà menacé, dans cette hypothèse, d'interrompre sa coopération en matière de renseignement.

« Le débat dure depuis trop longtemps »

Le dossier est si explosif que l'actuel gouvernement a décidé de ne pas se prononcer tout de suite. Ce lundi, comme l'a annoncé le FT, le secrétaire d'État à la Culture, Jeremy Wright, va lever le voile sur un important rapport sur la chaîne d'approvisionnement du secteur des télécoms. Mais il a annulé une décision très attendue sur l'avenir des fournisseurs estampillés « à haut risque », comme le mastodonte chinois, renvoyant de facto la patate chaude au prochain exécutif. La nouvelle a fait grincer des dents chez les opérateurs télécoms, qui souhaitent enfin connaître les règles du jeu du déploiement de la 5G. Mais aussi chez certains députés, qui appellent déjà le prochain Premier ministre à prendre très rapidement parti.

C'est le cas de membres du comité du Parlement sur le renseignement et la sécurité, qui ont demandé, en fin de semaine dernière et toujours selon le Financial Times, à la prochaine équipe dirigeante de se prononcer aussi vite que possible:

« Le débat sur la question de savoir si Huawei doit - ou non - être autorisé à fournir des équipements de réseaux 5G dure depuis trop longtemps, a déclaré Dominic Grieve, le président du comité. Il porte atteinte aux relations internationales du Royaume-Uni. »

Un ministre de la Défense mis à la porte

Le comité s'est indirectement montré peu favorable envers Huawei. De fait, celui-ci a demandé au gouvernement de ne rien faire qui puisse compromettre la coopération dans le renseignement entre le Royaume-Uni et ses alliés des « Five Eyes » - c'est-à-dire les États-Unis, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

L'affaire a déjà largement semé la zizanie au sein du gouvernement. Fin avril, le Daily Telegraph a révélé que Theresa May avait donné son aval à une participation de Huawei dans la 5G lors d'une réunion confidentielle du Conseil de sécurité national. Cette fuite dans la presse a suscité la colère de l'exécutif, qui a immédiatement lancé une enquête pour savoir qui a vendu la mèche. Quelques jours plus tard, Theresa May limogeait son ministre de la Défense, Gavin Williamson, pour son implication dans la fuite. Sachant que celui-ci n'était depuis le début guère favorable à la présence de Huawei dans la 5G.

Aujourd'hui, Londres martèle qu'aucune décision n'a été prise concernant l'équipementier chinois. Certains se demandent le gouvernement n'a pas changé son fusil d'épaule, notamment depuis que les États-Unis ont décidé d'aller au bras de fer avec Pékin en interdisant Huawei de s'approvisionner en technologies américaines. Suite à cette décision, EE et Vodafone ont exclu, fin mai, les smartphones Huawei compatibles 5G de leurs précommandes juste avant le lancement de leurs réseaux 5G. Boris Johnson, s'il coiffe la casquette de Premier ministre, sera attendu au tournant.

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a écrit le 23/07/2019 à 16:59 :
L'ile aux affairistes à un réel problème, d'autant plus qu'elle se projetait (paradis-fiscalement) en hub vers l'EU pour les affaires chinoises (et accessoirement japonaises) avant l'enclenchement de la brexitation
a écrit le 23/07/2019 à 15:21 :
"En outre, sans Huawei, le pays pourrait prendre un retard important dans la 5G"

Vous êtes payé par qui pour dire cela. Huawei ou l'état chinois ?

Nokia et Ericsson sont aussi très bien placés sur la 5G. Et européens de surcroit ...
a écrit le 23/07/2019 à 8:50 :
"Ce que le groupe chinois a toujours nié"

Avons nous déjà entendu un pays affirmer qu'il pratiquait l'espionnage ?
a écrit le 23/07/2019 à 8:46 :
Au-delà de la qualité des systèmes proposés par cette entreprise, c'est tout de même étonnant que certains dirigeants européens ne prennent pas plus conscience que Huawei c'est tout simplement le parti communiste chinois qui dirige de fait cette entreprise. Et qui transmet les infos récoltées. Qui objectivement peut accepter qu'un parti totalitaire et sectaire se mêle de vos affaires privées et contrôle in fine un Etat occidental par le biais de ses télécoms ? Car c'est de cela dont il s'agit. Le dossier politique de Hong Kong actuellement en cours devrait rappeler nos dirigeants à un peu plus de prudence vis à vis de Pekin la dominatrice.
Réponse de le 23/07/2019 à 10:08 :
C'est étonnant de lire des critiques de régimes qui ne sont à l'origine d'aucunes guerres mondiales, et aucun conflit majeur de ces dernières décennies. Les chinois n'ont jamais été aussi belliqueux que nos régimes qui se disent défenseurs des libertés, mais qui subtilement espionnent l'intégralité de nos vie privées, le justifiant par des pratiques commerciales "ciblée". Les finalités "commerciales" de nos régimes justifient ce qu'on qualifie de dérives totalitaires chez les autres.
Réponse de le 23/07/2019 à 14:42 :
A Pafo : Concernant la Chine de Pekin, on fait mieux ailleurs comme démocratie...
a écrit le 23/07/2019 à 8:25 :
Personne ne pourra, en Europe, contrôler le risque juridique, aux USA, auquel s'exposerait un acteur privé qui tenterait de contourner une décision américaine (dans le cas présent, Huawei est pour l'instant banni par les USA): dès lors, il est inutile de prétendre à une décision politique en Europe sur ce sujet, et les politiques qui pensent pouvoir faire quelque chose ne sont pas sérieux.
a écrit le 22/07/2019 à 18:36 :
uncle sam n'a pas envie qu'uncle chang espionne les multinationales europeennes avec huawei plus vite que lui avec le reseau echelon!
c'est de la concurrence deloyale
Réponse de le 23/07/2019 à 8:49 :
"avec le reseau echelon"

Mon pauvre ami, le réseau échelon n'est qu'un cache sexe de plus de l'espionnage américain, croire pouvoir concurrencer la première puissance mondiale en la matière est illusoire mais en effet il vaut mieux ne pas trop déprimer les chinois et leur plus d'un milliard d'habitants par contre.

Laissons les croire...

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